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Nos lecteurs ont la parole - Chloé Kattar

Sur les pas de Jean-Paul II

Quand le Vatican protestait jadis, Hitler puis Staline se moquaient en demandant de combien de divisions (blindées) disposait le pape. Qui se souviendra dans un futur lointain d'Hitler ou de Staline? Depuis deux millénaires, ils seront toujours de plus en plus nombreux, comme ces deux milliards d'êtres dont les yeux étaient rivés sur le successeur de saint Pierre en ce dimanche béni du 27 avril dernier pour assister à la canonisation de deux papes.
En ces temps de graves et lourdes divisions interlibanaises, où les sombres nuages s'amoncellent dans nos cieux, et dans le sillage de ces deux saints papes, nous revient en mémoire le parcours exceptionnel de deux hommes de milieu et de religion différents, mais dont l'action exemplaire pourra servir et éclairer nos dirigeants inconciliables.
Le premier, issu d'une famille de notables chiites de Zahrani, au sud-est de Saïda, fut conquis par une phrase du Christ aussi simple que difficile : Aimez vos ennemis. Ces trois mots, qui résument tout le génie du christianisme, allaient bouleverser sa vie. Malgré les réticences familiales et religieuses de l'époque, Afif Osseiran trouvait que Dieu est là, dans cette phrase. Plus que le pardon à l'ennemi, toujours possible et envisageable, l'amour de l'ennemi, c'est rendre possible ce qui a priori ne peut l'être. Celui qui a tué ou tente de tuer vos proches, vos enfants, qui a détruit votre pays, vos biens, le fruit de votre labeur, comment l'aimer? D'où vient cette force qui anime ce messie ? Ça ne peut être que Dieu lui-même.
L'impossible devint alors possible. À 25 ans, en 1945, ce chiite de bonne famille fut baptisé, puis partit à Louvain obtenir un doctorat en philosophie, avant de rejoindre en 1954 la confrérie des Petits Frères de Jésus, de Charles de Foucauld, pour entrer en 1962 dans les ordres comme prêtre au diocèse maronite de Beyrouth. Jusqu'à sa mort en 1988, suite à une tentative d'assassinat, cet illustre personnage fut à tant d'égards l'Abbé Pierre du Liban.
À Zahlé, sur les bords du Berdawni, un autodidacte issu d'un milieu modeste, Fouad Turk, fut un des rares diplômés de Sciences Po (première promotion de la jeune Université libanaise) à reussir sans piston le concours du ministère des Affaires étrangères. Avec un zèle quasi sacerdocal (il resta fidèle jusqu'au bout à son célibat), il consacra sa vie à la cause d'un Liban uni, tolérant et rayonnant, celui qui nous a été légué par Cadmos le Phénicien, quand le monde entier était encore païen.
Au ministère des Affaires étrangères ou comme ambassadeur à Buenos Aires, Bogota, Paris, Berne ou Téhéran, l'homme incarnait le message de Jean-Paul II. Le Liban ne sera jamais un pays comme un autre. Il est investi d'une mission, d'un message : celui du dialogue planétaire, impossible à réaliser ailleurs
Fouad Turk répétait souvent que la diplomatie n'aurait aucun mérite si elle se cantonnait dans l'art du possible (fann el-moumken). À l'instar du Christ sur la colline, aimez donc vos ennemis, c'est dans l'impossible que se trouve la solution.
À l'imam Khomeyni qui s'étonnait officieusement que le Liban maintienne en poste à Téhéran Fouad Turk, un diplomate chrétien, l'intéressé répondit en citant l'imam Ali : Le peuple qui vient à Dieu par la crainte est un peuple d'esclaves. Celui qui vient par intérêt est un peuple de commerçants. Mais celui qui y vient par conviction et amour est un peuple libre. Or, entre le Liban et l'Iran, depuis toujours, la relation est et doit rester celle des peuples libres. Tout est dans cette citation.
Devenu président du Cercle des ambassadeurs du Liban, il proposa un projet de loi prévoyant que l'ONU choisisse le Liban comme siège officiel permanent et définitif du dialogue des cultures et des religions, doté d'un bâtiment et de fonctionnaires onusiens, et auquel tout différend devait être soumis pour arbitrage avant d'en arriver au conflit armé. En compagnie d'un autre grand ambassadeur, Ghassan Tuéni, il devait se rendre à Bruxelles, siège de la Commission européenne, pour plaider cette cause. La mort, à un mois d'intervalle, devait les en empêcher.

Chloé KATTAR

Quand le Vatican protestait jadis, Hitler puis Staline se moquaient en demandant de combien de divisions (blindées) disposait le pape. Qui se souviendra dans un futur lointain d'Hitler ou de Staline? Depuis deux millénaires, ils seront toujours de plus en plus nombreux, comme ces deux milliards d'êtres dont les yeux étaient rivés sur le successeur de saint Pierre en ce dimanche béni du 27 avril dernier pour assister à la canonisation de deux papes.En ces temps de graves et lourdes divisions interlibanaises, où les sombres nuages s'amoncellent dans nos cieux, et dans le sillage de ces deux saints papes, nous revient en mémoire le parcours exceptionnel de deux hommes de milieu et de religion différents, mais dont l'action exemplaire pourra servir et éclairer nos dirigeants inconciliables.Le premier, issu d'une famille de...
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