La polémique autour de la loi sur les loyers et la grille des salaires fait rage. La commission parlementaire de l'Administration et de la Justice, en charge de ce dossier, a réussi à faire approuver un projet de loi qui libéralise les anciens loyers, c'est-à-dire les baux signés avant le 23 juillet 1992. Les décrets-lois numéros 159 et 160 avaient vu le jour à la fin de la guerre civile et prévoyaient un gel des contrats conclus avant cette date.
Le Parlement, que certains accusent d'être partagé entre ses responsabilités et ses rapports troubles avec le milieu des affaires, s'obstine à accroître les dépenses publiques en augmentant la masse salariale de ce secteur, tandis que les plus nantis et les plus riches continuent de bénéficier de scandaleux bouclier fiscaux.
Quelles seraient les conséquences de ces mesures?
Les locataires seront les premières victimes directes de la nouvelle loi. 700% supplémentaires sur les loyers associés à une diminution du pouvoir d'achat et à une stagnation des salaires constitueraient une aggravation brutale de la situation, déjà très fragile, d'un nombre de plus en plus grand de locataires. Les impayés de loyers ne pourraient que croître et la charge logement dans le budget des familles, déjà insupportable pour beaucoup, le deviendrait pour tous.
Quant à la promesse de la propriété privée pour tous, mise à mal du fait de la priorité accordée par les sociétés immobilières aux habitations de type «5 étoiles», qui favorisent l'investissement spéculatif, elle sera de moins en moins envisageable pour les familles populaires.
Tous les programmes d'amélioration et d'entretien de l'habitat et des locaux commerciaux seront sacrifiés; les projets de rénovation thermique et solaire seront abandonnés; l'installation de matériaux neufs, conformes aux exigences de développement durable et d'hygiène, sera suspendue. Quant aux fonds propres des organismes d'entretien, ils deviendront inexistants. Sans compter que, selon la loi de l'offre et de la demande, la mise soudaine sur le marché de 180000 logements vacants aura des répercussions négatives sur le marché de la construction.
Sur le plan économique, la baisse terrible du pouvoir d'achat du consommateur, qui devra se contenter du strict minimum, alliée à un déplacement forcé de population – nombreux se verront obligés de chercher ailleurs un emploi – ne peut que ralentir le bon fonctionnement d'une économie atteinte de plein fouet et qui ne devrait pas compter, pour un redémarrage, sur un transfert de richesses vers la minorité possédante.
Comme le dit si bien l'adage populaire libanais: «On ne peut manger plus qu'on ne peut.» Et à l'heure actuelle, la petite minorité possédante, malgré le sentiment d'injustice qu'elle dit éprouver, mange plus qu'à sa faim.
Il y a, en quatrième lieu, la crédibilité de l'État libanais. Même si, avec la création d'un fonds rattaché au ministère des Finances et géré par la direction du Trésor qui servira à soutenir les ménages les plus vulnérables, l'État voudrait prendre en main la gestion de ce dossier épineux, avec un soi-disant engagement financier, la démonstration est faite que l'État renonce à ses promesses, comme le prouve le précédent de la tristement célèbre Caisse pour les réfugiés. Et déjà certains au sein du pouvoir prônent la vente des logements à ancien loyer pour précisément contribuer à constituer les fonds propres de cette caisse.
Face à ces mesures, le Mouvement pour la défense des droits des anciens locataires exprime avec force son indignation. Nous la partageons! Tout comme nous partageons la condamnation et l'inquiétude qu'elle manifeste d'assister à la fin d'un modèle fondé sur le rôle protecteur d'un État garant de la solidarité nationale et de la paix sociale, et son remplacement par un modèle injuste basé sur la déréglementation libérale de la politique du logement et la loi du capitalisme sauvage.
Le Mouvement pour la défense du locataire au Liban condamne fermement ces mesures iniques et demande au président du Parlement de reconsidérer sa position sur la question. Le secteur du logement, et prioritairement celui du logement social, a besoin d'une relance vigoureuse, avec un investissement étatique à hauteur de 25% du PIB et non pas d'une nouvelle vague de réfugiés qui viendraient s'ajouter au million de demandeurs d'emploi et aux mal logés. Les bénéficiaires de la loi sur les anciens loyers ont besoin de logements de qualité, accessibles à tous, sans que la charge logement vienne contribuer à une nouvelle dégradation de leur pouvoir d'achat.
Nous appelons le président de la République et le Conseil des ministres à ne pas signer le projet de loi sur la libéralisation des loyers. Nous appelons les organismes de défense des locataires et les responsables de partis politiques à protester vigoureusement contre ce nouveau désengagement de l'État.
On dit que «quand le bâtiment va, tout va.» Mais quand le bâtiment ne va plus?...
A. IBRAHIM
Membre du comité du Mouvement pour la défense des anciens locataires


Après plus de soixante-dix ans d’occupation illégale il est grand temps de rendre à César ce qui est à César .
07 h 25, le 14 mai 2014