Chaque fois que le taux de chômage (chômeurs/population active) baisse en parallèle au taux de participation (population active/population de plus de 16 ans), certains jugent que ce recul est factice et dû à de mauvaises raisons. Il traduirait avant tout le découragement de personnes qui abandonnent l'espoir de retrouver un poste et sortent de la force de travail. Cette conclusion ne résiste pas à l'examen des flux croisés entre les trois grandes catégories de la population : employés, chômeurs et inactifs. Trois points sont notables dans ces statistiques de flux.
– Les embauches de chômeurs s'accélèrent depuis la fin 2013. Leur rythme s'était stabilisé entre la mi-2012 et la mi-2013 mais, désormais, il approche des niveaux habituels constatés en milieu de cycle.
– Les départs à la retraite des baby-boomers représentent plus des deux tiers de la baisse du taux de participation depuis le début 2011. Quasiment tout le reste est expliqué par la hausse du taux d'invalidité médicale. La démographie est un domaine où les tendances ne s'inversent pas vite. Les départs à la retraite se poursuivront au même rythme pendant au moins une quinzaine d'années.
– L'emploi des jeunes n'est pas encore reparti. Seul ce phénomène peut vraiment ralentir (ou ponctuellement inverser) la baisse du taux de participation. Le taux d'emploi des 16-19 ans est passé de 36 % avant la crise à 26 % aujourd'hui et ne se redresse que très lentement. Toutefois dans le même temps, la proportion de ces jeunes n'étant ni salariés ni étudiants a aussi baissé. L'âge d'entrée sur le marché du travail a ainsi reculé, au profit du temps d'éducation. Il ne faut donc pas s'attendre forcément à un retour rapide à la situation d'avant la crise.
Avec ces éléments en tête, deux conclusions s'imposent. La première est que la baisse du taux de participation est un phénomène largement structurel, qui a peu de chance de se corriger à court terme. La seconde est que, si les créations d'emploi se maintiennent sur le rythme récent d'environ 200 000 par mois, le taux de chômage va poursuivre sa baisse. Le prochain seuil-clé (6 %) sera atteint cet été.

