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Nos lecteurs ont la parole - Molly Selwan

Les analystes s’enlisent

À plonger dans les méandres des complots et des guerres qui envahissent le Proche-Orient, à se perdre dans les dédales de la politique libanaise et des raisonnements par l'absurde, l'esprit se noie en conjonctures inutiles et en hypothèses malheureuses sans résultat. Rien que d'observer la mouvance de notre société actuelle, les mutations ethniques et communautaires qui la hantent, nous sommes déjà comme transportés dans un monde parallèle. Doit-on ignorer les insécurités quotidiennes et vivre dans nos bulles respectives alors que le pays se morcelle et s'en va à vau-l'eau ? Doit-on continuer à adopter des attitudes complaisantes sous couvert de mots et de phrases conciliantes couvrant la peur et le malentendu ? D'année en année, la situation évolue de mal en pis. Ainsi, après s'être, longtemps, opposés au danger de l'État dans l'État, nous avons ouvert la porte au concept de mini-États et de ghettos... Il ne s'agit plus, pour notre gouvernement, de gérer, seulement, les problèmes d'une population pluriculturelle et multicommunautaire, il lui faut actuellement (aux dernières nouvelles) veiller à la protection des camps palestiniens face à l'intrusion des takfiristes et surveiller les campements syriens pour empêcher que des cellules de combattants ne s'y constituent. C'est de nouveau
la lutte contre des groupuscules terroristes, ceux-là ayant l'embarras du choix du lieu pour établir leurs assises.
Dans le chaos qui s'étend autour de nous, notre Liban est le réceptacle d'un cancer inguérissable. « Ce mal puisqu'il faut l'appeler par son nom », n'en déplaise à Monsieur Jean de La Fontaine, est la discorde, notre peste à nous. Pour le combattre, le pays a produit ses propres anticorps, ses « monuments men ». À défaut de pouvoir gérer les crises dans un contexte difficile, l'État a donc installé une démocratie consensuelle, marginalisant les institutions traditionnelles (en l'occurrence l'exécutif et le législatif). En vertu de ce principe, on réunit donc, pour décider du destin de la population et de sa politique, les chefs de file et entre autres les responsables d'une guerre fratricide qui a duré plus de quinze ans. Ces seigneurs de la guerre, marqués par les stigmates du temps, ne s'avouent toujours pas vaincus. Ils veulent tous « mourir sur scène » et s'accrochent désespérément au pouvoir, alors que le vrai pouvoir est utopique depuis des lustres. Plus de quarante ans ont déjà passé...
Ces mêmes hommes qui voient défiler les cercueils, l'un après l'autre, n'ont pas encore compris que pour sauver le Liban, il faut s'unir car l'union fait la force. S'unir pour dire non aux divisions, non au clientélisme ; s'unir comme de vrais mousquetaires au service de l'État. S'unir pour dire non aux guerres de villages et de rues et oui à l'avenir d'une jeune génération fière d'appartenir à cette patrie tant de fois maltraitée, fière d'appartenir à un peuple aussi talentueux.
Les querelles internes, et l'engagement du Hezbollah en Syrie, ont fini par occulter les problèmes importants. S'il fallait tirer des leçons de cette guerre, nous pourrions conclure que Bachar el-Assad a sacrifié son peuple pour demeurer au pouvoir. Car si, au départ, il avait été à l'écoute de ce peuple, de ses revendications, et accepté d'établir le dialogue avec l'opposition, il n'y aurait pas eu tant de massacres et ensuite tant d'interférences étrangères. Je me pose la question de savoir jusqu'où iraient les dirigeants des blocs politiques libanais pour accéder au pouvoir. Ne se font-ils pas déjà la guerre, chaque communauté défendant son fief ? Le Nord, le Sud et les proches banlieues de la capitale sont sur le qui-vive. Les querelles se poursuivent sur la Toile et à travers les médias. Mais veulent-ils donc la destruction du Liban, nos Bachar en puissance ?
En marge de la situation explosive et à l'approche de l'élection présidentielle, il serait bon de soulever un point important. J'écoute souvent des députés affirmer représenter une majorité chrétienne à la Chambre. Par conséquent, le futur président de la République devrait être issu de leurs rangs. N'oublions pas qu'il n'y a pas eu d'élections législatives, les députés ayant reconduit, eux-mêmes, leur mandat, faisant fi de la Constitution et de l'avis des citoyens. À supposer que les Libanais aient voté, comme la loi les y autorise, le vote aurait été différent, vu la grogne populaire, et par conséquent nous ferions face, à l'heure actuelle, à d'autres résultats de scrutin, en représailles. Comme exemple : qui aurait cru que le premier tour des élections françaises déboucherait sur une telle avancée du Front national ? Les voies (voix) du peuple sont impénétrables !
En tant que citoyenne libanaise, j'aimerais proposer quelques noms de personnalités émérites, présidentiables, bons patriotes, dont l'honnêteté ne fait pas de doute, au parcours transparent et n'ayant pas participé à la guerre civile libanaise. Je veux parler de MM. Boutros Harb, Dory Chamoun et Salah Honein, auxquels s'applique cette phrase, dont je me souviens, de notre patriarche, Mgr Nasrallah Sfeir : « Un futur président ne doit pas avoir à rougir de son passé. »

Molly SELWAN

À plonger dans les méandres des complots et des guerres qui envahissent le Proche-Orient, à se perdre dans les dédales de la politique libanaise et des raisonnements par l'absurde, l'esprit se noie en conjonctures inutiles et en hypothèses malheureuses sans résultat. Rien que d'observer la mouvance de notre société actuelle, les mutations ethniques et communautaires qui la hantent, nous sommes déjà comme transportés dans un monde parallèle. Doit-on ignorer les insécurités quotidiennes et vivre dans nos bulles respectives alors que le pays se morcelle et s'en va à vau-l'eau ? Doit-on continuer à adopter des attitudes complaisantes sous couvert de mots et de phrases conciliantes couvrant la peur et le malentendu ? D'année en année, la situation évolue de mal en pis. Ainsi, après s'être, longtemps, opposés au danger de...
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