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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Un truc à deux lignes

Je crois que je vais suivre le conseil avisé d'un ami qui à chaque parution d'un de mes articles m'envoie un courriel élogieux pour la forme et le fond, et qui se termine toujours par : « Dommage ! S'ils te lisent ils ne comprennent rien. Vaut mieux parler d'autre chose que de politique. »


Il a tout à fait raison. Je me souviens qu'il n'y a pas longtemps je discutais avec l'un de mes collègues d'un article récemment paru, en présence d'un éternel ministre du 14 Mars, issu de la même cathédrale jamhourienne que nous, qui me lança à brûle-pourpoint : « Tes articles sont longs, tu devrais faire des trucs en deux lignes au grand maximum. »


Il aurait pu utiliser le terme « barbants », ça m'aurait moins choqué, compte tenu du fait que je croyais que mes « trucs » étaient lisibles, pensant à ces éditorialistes et autres signatures de la presse, qui chaque jour s'essorent les méninges pour élaborer conseils, analyses, messages et critiques constructives, sur deux colonnes à la une, à l'adresse des gens qui nous gouvernent.


Sans doute est-ce pour cela que notre pays ressemble à une vieille guimbarde qui a perdu sa boîte de vitesses dont seule la marche arrière reste enclenchée. Et nous reculons. Et nous reculons. Nous voguons comme un bateau ivre dans une mer démontée.


1948. Un flot de Palestiniens débarque ; les politiciens d'alors se croyant futés se rendent aux injonctions de leurs pairs arabes qui, pour faire pression sur les puissances génitrices d'Israël, les parquent dans des camps à proximité de leur terre spoliée, en attente d'un hypothétique retour, leur refusant de surcroît tout laissez-passer ou document de voyage.


L'on ne connaît que trop bien la suite : le plan Kissinger, le 13 avril 1975, la descente aux enfers de ce coin de paradis nommé Liban.


2010. Le sublime printemps arabe bourgeonne, la Syrie déstabilisée. Alors qu'il était porté aux nues, quelqu'un a sorti un carton rouge à l'adresse du despote de Damas. Une fois encore le Liban, terre d'accueil, reçoit les vagues de déracinés. Officiellement un million, officieusement, qui oserait se prononcer ?


Qui peut discerner le bon grain de l'ivraie ? N'empêche que la situation de ces réfugiés du XXIe siècle est poignante, la plupart paient le prix d'un conflit auquel ils ne sont nullement partie. Je ne crois pas que la femme en pleurs, le mari miséreux, leurs enfants en bas age, qui à part les étoiles n'ont plus de toit, aient eu leur mot à dire dans cette terrible guerre qui déborde sur nous.


À moins que le bébé à naître, encore fœtus dans le ventre de sa mère, ne soit un terroriste en puissance. Raisonnement mafieux, s'il en est. Nous Libanais, en savons beaucoup sur ce chapitre dégoulinant de sang innocent, mais nous n'avons rien retenu.


Nous persistons à courir derrière les chimères, l'un pour, l'autre contre, gardant cet esprit de mauvais garnements. Rien à envier aux petits enfants qui ne parviennent pas à s'entendre pour jouer ensemble ou partager un jouet, quitte à le briser en mille morceaux.


Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on. Pourtant, nous continuons d'ouvrir nos frontières à tout venant, comme si nos finances publiques, déjà mal en point, pouvaient supporter le poids démographique et économique de ces hôtes. Leur nombre croît à chaque instant, concomitamment à l'entendue des combats dans leur pauvre pays.


Bien sûr je compatis à leur sort, je n'aime pas le sang, encore moins les destructions, je prie pour la fin de leur calvaire. La déchéance humaine n'est pas un tableau agréable à contempler. Je ne suis pas de ceux qui se complaisent dans la misère des autres. Sans pour autant me voiler la face, je dénonce à celle des responsables leur suffisance et leur inculture.


Le passé est un trésor, au même titre que l'histoire. Je ne comprends donc pas pourquoi le Liban n'a pas agi comme les autres pays d'hébergement. La Turquie et la Jordanie ont imposé de strictes règles d'accueil et amené les pays donateurs à honorer leurs engagements, autrement qu'en belles paroles.
Nul doute que si nos dirigeants s'étaient donné la peine de lire des trucs de plus d'une ligne ou deux, il en aurait été tout autrement.

 

Je crois que je vais suivre le conseil avisé d'un ami qui à chaque parution d'un de mes articles m'envoie un courriel élogieux pour la forme et le fond, et qui se termine toujours par : « Dommage ! S'ils te lisent ils ne comprennent rien. Vaut mieux parler d'autre chose que de politique. »
Il a tout à fait raison. Je me souviens qu'il n'y a pas longtemps je discutais avec l'un de mes collègues d'un article récemment paru, en présence d'un éternel ministre du 14 Mars, issu de la même cathédrale jamhourienne que nous, qui me lança à brûle-pourpoint : « Tes articles sont longs, tu devrais faire des trucs en deux lignes au grand maximum. »
Il aurait pu utiliser le terme « barbants », ça m'aurait moins choqué, compte tenu du fait que je croyais que mes « trucs » étaient lisibles, pensant à ces...
commentaires (1)

Seul le Qalamoun peut contenir largement et héberger "le million" de déplacés syriens au Liban. Maintenant que cette région "est pacifiée et calme" selon le pouvoir de Damas et son allié le Hezbollah, à la bonne heure ! Alors que ces deux, qui portent la responsabilité de ce déplacement massif de citoyens syriens, se chargent de les y rapatrier, les héberger et s'occuper de leurs besoins. C'est l'unique et la bonne solution.

Halim Abou Chacra

11 h 24, le 10 avril 2014

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Commentaires (1)

  • Seul le Qalamoun peut contenir largement et héberger "le million" de déplacés syriens au Liban. Maintenant que cette région "est pacifiée et calme" selon le pouvoir de Damas et son allié le Hezbollah, à la bonne heure ! Alors que ces deux, qui portent la responsabilité de ce déplacement massif de citoyens syriens, se chargent de les y rapatrier, les héberger et s'occuper de leurs besoins. C'est l'unique et la bonne solution.

    Halim Abou Chacra

    11 h 24, le 10 avril 2014

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