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Faux remèdes

Comment une entreprise gérée à la va-comme-je-te-pousse en vient-elle un jour à déposer son bilan ? En accumulant les dettes ; en négligeant de collecter ses créances ; en recourant à des expédients qui ne font que repousser dérisoirement les échéances tout en creusant plus profond encore le fossé ; en faisant preuve surtout d'une criminelle indulgence envers ses propres (?) et malhonnêtes comptables qui détournent allègrement ses maigres ressources.

Incroyable, surréel dès lors, est le spectacle des commissions parlementaires conjointes suant sang et eau pour tenter de résoudre la quadrature du cercle : comment infliger à ce famélique baudet qu'est l'État une énorme surcharge financière en augmentant substantiellement les traitements des fonctionnaires et enseignants, sans pour autant achever la pauvre bête ? Comment, au contraire, ménager quelque peu celle-ci sans susciter une tout aussi catastrophique cascade de grèves ?

Nul État au monde ne peut survivre éternellement à la médiocrité, la criminelle imprévoyance et l'insolente vénalité de ses dirigeants. Or qu'en serait-il quand la déstabilisation méthodique, planifiée, des institutions vient s'ajouter aux tenaces plaies du Liban (en cherchant un peu, on en trouverait bien davantage sans doute que les sept qui accablent l'Égypte) ? L'art, dit-on, n'a pas de patrie. Et dans la nôtre de patrie, l'art du pillage n'a pas, c'est bien vrai, d'identité politique : à plus d'une occasion, on a même vu des ennemis mortels faire bon ménage lors du partage de quelque butin.

Écrasante demeure néanmoins la responsabilité de ceux qui, par la force des armes ou les artifices de la propagande, se sont octroyé une véritable licence de spolier l'État. Pétrie de bon sens, certes, est la recommandation que faisait hier aux députés le gouverneur de la Banque du Liban et qui consisterait à échelonner sur cinq années l'énorme fardeau financier projeté. Combien plus efficace, plus normale serait toutefois la réhabilitation des mamelles asséchées, taries, du pays ! Un quart de siècle après la fin de la guerre, l'électricité, victime tout à la fois des combines à l'équipement comme à l'entretien, des branchements illicites et des régions exemptées de quittances car promues périmètres de sécurité, continue d'escroquer aussi bien le Trésor que les citoyens. Les douanes, autre exemple parmi tant d'autres, sont court-circuitées, le plus souvent au prétexte d'effort de guerre : l'État et les honnêtes commerçants pâtissant sévèrement du déferlement sur le marché de toutes sortes de marchandises de contrebande.

C'est d'un traitement de cheval, et non de trompeurs calmants, qu'a désespérément besoin l'infortuné canasson.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Comment une entreprise gérée à la va-comme-je-te-pousse en vient-elle un jour à déposer son bilan ? En accumulant les dettes ; en négligeant de collecter ses créances ; en recourant à des expédients qui ne font que repousser dérisoirement les échéances tout en creusant plus profond encore le fossé ; en faisant preuve surtout d'une criminelle indulgence envers ses propres (?) et malhonnêtes comptables qui détournent allègrement ses maigres ressources.
Incroyable, surréel dès lors, est le spectacle des commissions parlementaires conjointes suant sang et eau pour tenter de résoudre la quadrature du cercle : comment infliger à ce famélique baudet qu'est l'État une énorme surcharge financière en augmentant substantiellement les traitements des fonctionnaires et enseignants, sans pour autant achever la pauvre bête ?...