Moyen Orient et Monde

Municipales en France : Une non-campagne, des enjeux locaux et des répercussions nationales...

Entretien

Le vote FN, « un simple exutoire des frustrations des Français » ; Juppé grand gagnant à droite.

24/03/2014

Détournements de fonds publics, trafic d'influence, blanchiment de fraude fiscale, achats de voix, révélations de presse retentissantes, attaques personnelles virulentes, écoutes téléphoniques controversées... Les affaires et autres scandales n'en finissent plus de ternir l'image de la classe politique française, à tous les échelons de la hiérarchie, gênant la gauche et embarrassant la droite. C'est dans ce climat délétère de déballage public de linge sale que s'est tenu hier le premier tour des élections municipales en France et que se prépare déjà la campagne présidentielle de 2017.
Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l'Institut Thomas More, a effectué pour L'Orient-Le Jour (L'OLJ) un petit tour d'horizon sur le sujet.

 

L'OLJ - Le Parti socialiste (PS – gauche) s'est très peu investi dans la campagne, alors que l'Union pour un mouvement populaire (UMP – droite) et le Front national (FN – extrême droite) y ont mis tout leur poids. Comment justifier cette stratégie singulière du PS ?
Jean-Thomas Lesueur - L'exécutif est tellement impopulaire et peu « vendeur » que les responsables nationaux de gauche ont préféré ne pas intervenir dans la campagne pour ne pas incommoder les candidats par leurs apparitions aux meetings. Les élus locaux eux-mêmes, candidats à leur propre succession, se sont démarqués du PS : beaucoup n'ont pas utilisé les marqueurs et signes distinctifs du parti sur leurs affiches électorales, jouant la carte de la « neutralité ». Ils tablent plutôt sur les résultats de leur mandat pour être réélus. Les dirigeants nationaux du PS, conscients de la très probable défaite du parti au scrutin, se sont donc tenus à l'écart en se disant : « Puisque, de toute façon, on va perdre... »
J'ajouterais, personnellement, que l'UMP ne s'est pas investi non plus dans la campagne. Le parti de droite étant, lui aussi, conscient de son impopularité au vu des multiples « affaires » entachant ses dirigeants.
En réalité, la campagne s'est faite très discrète. À l'échelle nationale, il n'y a pas vraiment eu de campagne à proprement parler. Elle s'est confinée aux enjeux locaux. C'est une campagne qui n'a pas eu lieu.

 

(Lire aussi : « Un cru exceptionnel ! » s'exclame Marine Le Pen)

 

Selon un récent sondage, près de trois Français sur dix n'étaient pas hostiles à voter pour une liste présentée par le FN. Dans un contexte de montée en puissance des populismes en Europe, l'extrême droite serait-elle vue comme une alternative aux « échecs » des socialistes et de la droite ?
Hélas, oui ! Il y a une telle défiance des Français vis-à-vis de la gauche et de la droite que l'extrême droite est perçue comme une solution possible et acceptable. Malgré une longue alternance politique entre le PS et l'UMP, le déclin français se poursuit. Marine Le Pen a pour sa part réussi à repositionner le FN. Bien entendu, il ne faut pas croire pour autant que les Français se radicalisent et deviennent extrémistes. Si une large part des électeurs se dit prête à voter pour le FN, ce sera bien plus afin de sanctionner les différents dirigeants qui ont « failli » à leur mission. De plus, les Français sont écœurés par les multiples affaires qui ébranlent la classe politique. Mais ce vote FN, s'il a bien lieu, sera une « fausse bonne réponse » aux déficiences des socialistes et de l'UMP – il ne représentera qu'un simple exutoire des frustrations des Français.

 

Nicolas Sarkozy comptait prendre sa revanche lors de la présidentielle de 2017. Son avenir politique se retrouve-t-il irrémédiablement compromis par les affaires dans lesquelles il est mis en cause ?
Irrémédiablement, non... Nous avons déjà vu des Phénix renaître de leurs cendres. Bien sûr, les « affaires » sont un mauvais coup qui lui a été porté. Et n'oublions pas que Nicolas Sarkozy n'est pas très aimé des Français. Néanmoins, actuellement, il apparaît comme l'unique solution à droite. Nicolas Sarkozy reviendrait sur le devant de la scène politique car il n'y a pas d'autre choix crédible. Mais les électeurs de sa base en sont à se demander s'ils peuvent encore lui faire confiance et compter sur lui. Lui-même, dans sa tribune publiée vendredi par Le Figaro et dans laquelle il a farouchement contre-attaqué ses accusateurs, a affirmé ne pas vouloir briguer un autre mandat de chef d'État et désirer vivre « comme un citoyen normal ».
Toutefois, dans la bataille pour la mairie de Bordeaux, Alain Juppé sera très vraisemblablement réélu dès le premier tour. Auquel cas il sera le seul dirigeant de droite à sortir vainqueur du scrutin dans une grande ville. Aucun autre responsable de son camp n'aura cette chance et tous devront sûrement aller au second tour pour être départagés. Alain Juppé est la deuxième personnalité la plus aimée par les sympathisants de droite, et sa plausible victoire au premier tour verra indubitablement sa cote de popularité monter auprès des électeurs en vue de la présidentielle.

 

(Lire aussi : « NKM la tueuse » ou la fille d'exilés espagnols ?)

 

Historiquement, tout succès à la présidentielle passe par une solide implantation locale – municipales, cantonales, régionales. Des résultats en demi-teinte de l'UMP lors de ces scrutins pourraient-ils fragiliser son président, Jean-François Copé, et relancer la bataille interne pour le leadership de la droite en vue de 2017 ?
Jean-François Copé est déjà en mauvaise posture, étant lui-même impliqué dans des « affaires ». Rappelons également qu'il est la personnalité de droite la moins aimée. Personnellement, je ne vois pas, avec les difficultés que la droite endure, se dessiner une bataille pour le leadership interne en vue de la présidentielle. Au contraire, je pense que l'UMP optera plutôt pour la cohésion des rangs. Il y aura peut-être un combat, toutefois celui-ci ne se fera pas ouvertement, mais dans la discrétion en coulisses.

 

 

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M.V.

Le dernier gouvernement entièrement socialiste en Europe ,ramasse une claque historique ...! espérons que F.Hollande démissionne avec sa Nomenklatura...

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