La réunion du FOMC des 18-19 mars a deux enjeux. Le premier concerne le rythme d'achat d'actifs. Tout indique que la Fed va le réduire de 10 Md$ (à 55Md par mois), comme lors des deux réunions précédentes. Le second, plus fondamental, touche à la « Forward Guidance » (FG). Sa forme actuelle, qui inclut des seuils quantitatifs de chômage et d'inflation, est devenue obsolète. Il faut la changer, environ un an après son adoption. On pourrait y voir un échec alors que le principe du guidage des taux futurs avait été présenté comme une avancée majeure pour la conduite de la politique monétaire. Il n'est jamais facile de revoir sa communication. D'une part, la Banque centrale prend le risque d'être mal comprise. D'autre part, elle met en jeu sa crédibilité. À l'évidence, la question va bien au-delà du changement de quelques mots.
Derrière ce débat, la question-clé est de savoir à quoi sert une politique de guidage. Il y a deux manières d'envisager les choses. Pour certains, une FG est une simple extension de l'arsenal de communication, au même titre que les minutes, les votes, les discours, les conférences de presse. La nouveauté est qu'elle vise à clarifier la politique future sur un horizon long, et non à court terme comme c'était l'usage. L'autre interprétation est qu'une FG est un moyen d'assouplissement monétaire quand tous les autres outils sont épuisés. La Banque centrale s'engage en effet, ne fût-ce que de manière conditionnelle, à mener une politique monétaire qui dévie de la trajectoire justifiée par une règle monétaire type Taylor. Ce faisant, la Banque centrale s'engage à être irresponsable... mais pour mieux atteindre ses objectifs, dans le cas de la Fed, le plein-emploi et la stabilité des prix. L'adoption des FG est récente. Un bilan provisoire couvrant la Fed, la BCE, la BoE et la BoJ a été fait cette semaine par la BRI. Il établit qu'une FG réduit la volatilité des taux d'intérêt. Il n'est pas prouvé qu'une FG abaisse le niveau des taux. Enfin, la BRI souligne les risques qui lui sont associés. Risque pour la réputation de la Banque centrale si elle n'atteint pas son but. Risque d'instabilité financière si, craignant la réaction des marchés (exemple du taper tantrum), la Fed en vient à maintenir une politique monétaire qui n'est plus adaptée à la situation économique.
Économie
Guidage monétaire US : place au flou
OLJ / le 15 mars 2014 à 00h31

