Treize nonnes du couvent syrien de Maaloula que séquestraient des islamistes en Syrie échangées contre un groupe de prisonnières politiques croupissant dans les geôles baassistes : singulière manière tout de même de célébrer la Journée mondiale de la femme, que ce troc intervenu samedi dernier.
On s'en réjouit, bien sûr, pour les infortunées captives. Mais on constate aussi que ce happy end a fait par ailleurs beaucoup trop d'heureux, qui ne mériteraient pas tous de l'être. Frétillant d'aise est ainsi le sanguinaire régime baassiste qui, en rendant généreusement la liberté à des citoyennes accusées de sympathies terroristes pour sauver les bonnes sœurs de Maaloula, s'affirme comme le protecteur des minorités. Et s'attire donc les remerciements émus et les louanges empressées des hiérarchies religieuses. Comblés sont, de même, les islamistes d'al-Nosra. Non seulement en effet ils se débarrassent d'otages risquant un jour de devenir encombrants et qui, par pieuse reconnaissance et à la grande colère des autorités syriennes, appellent sur eux la bénédiction du Créateur ; non seulement ils arrachent épouses et sœurs aux griffes du tyran de Damas ; mais en prime, et c'est bien le cas de le dire, ils ramassent des millions de dollars fastueusement offerts par le charitable, le chevaleresque négociateur qui a proposé ses services.
Le voilà bien le troisième larron de la fable. Car si le royaume du Qatar a pu faire entendre raison à al-Nosra, se gagnant à son tour la gratitude des otages, c'est seulement parce qu'il en est notoirement, ouvertement, le bailleur de fonds. Voilà qui fait assumer à ce minuscule mais richissime État, maladivement en quête d'influence régionale, une bonne part de responsabilité morale dans les agissements de ses sulfureux protégés. Et cela d'autant que les Qataris se disent tout disposés – ah les bonnes âmes ! – à payer de leur personne et de leur poche pour obtenir la libération de deux évêques prisonniers des islamistes.
Puisqu'il est question d'otages, c'est un peu les mêmes réflexions qu'inspirent le rapt, la semaine dernière, puis la prompte et miraculeuse libération du petit Michel Sakr, 9 ans, qu'avaient enlevé, sur son chemin de l'école, des malfaiteurs avides de rançon. La bonne nouvelle est que grâce, comme on sait, à l'intervention du président de l'Assemblée et chef du parti Amal, les ravisseurs ont accepté de se dessaisir de leur jeune prise. La mauvaise nouvelle, c'est que ces malfrats ne s'en portent pas plus mal, qu'ils ne risquent pas d'être le moins du monde inquiétés bien que leur identité, de même que leurs sanctuaires de la Békaa regorgeant de voitures de luxe volées et autres trophées, soient forcément connus de tous : y compris des aimables médiateurs.
Les traditions criminelles ont la vie dure. Dans les années 70 et 80, fleurissaient les enlèvements d'Occidentaux dans le Liban en guerre. C'est à Damas, et à la faveur d'interventions syriennes, qu'avec un peu de chance ils finissaient par refaire surface. Et c'est à Damas que se pressaient ensuite les ambassadeurs pour dire poliment merci...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
On s'en réjouit, bien sûr, pour les infortunées captives. Mais on constate aussi que ce happy end a fait par ailleurs beaucoup trop d'heureux, qui ne mériteraient pas tous de l'être. Frétillant d'aise est ainsi le sanguinaire régime baassiste qui, en rendant généreusement la liberté à des citoyennes accusées de sympathies terroristes pour sauver les bonnes sœurs de Maaloula, s'affirme comme le protecteur des minorités. Et s'attire donc les remerciements émus et les louanges empressées des hiérarchies religieuses....


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