Dans un périmètre de plusieurs centaines de mètres, les dégâts sont considérables.
Ce n'est qu'hier matin que les habitants de Hermel et les autorités concernées ont pu prendre conscience de l'ampleur des dégâts laissés par l'attentat-suicide nocturne de samedi qui a fait trois tués, dont un officier et un soldat de l'armée. La charge est estimée à 125 kilos d'explosifs.
Comme on le sait, le kamikaze qui n'a toujours pas été identifié s'est fait exploser lorsque l'officier, le capitaine Élie Khoury, lui a demandé d'éteindre le moteur de sa Jeep de type Grand Cherokee et de mettre pied à terre.
L'histoire du capitaine est celle d'un officier qui a préféré sacrifier sa vie plutôt que de mettre celle de ses soldats en danger. Avec en main une liste de véhicules soupçonnés d'être piégés, le capitaine en charge du barrage à l'entrée de Hermel, près des restaurants de l'Oronte, a demandé aux soldats de rester sur place avant de s'approcher lui-même du Grand Cherokee qui avançait lentement vers le check-point. Il a demandé à son conducteur de se garer de côté et d'allumer le plafonnier. Il semble que le conducteur ait mis du temps à obtempérer. Le capitaine lui a demandé de mettre pied à terre. Entre-temps, le soldat Hamzé Faytarouni avait rejoint l'officier et c'est à ce moment que le kamikaze a actionné la charge.
Les deux militaires sont morts sur le coup, en même temps qu'un chauffeur de taxi, Mohammad Ayoub, qui passait par là. Dix-sept autres personnes ont été blessées dont cinq militaires qui étaient restés en poste au barrage. La charge a été évaluée à 125 kilos d'explosifs, selon un artificier de l'armée, cité par l'Agence nationale d'information (ANI).
Quant aux dégâts provoqués par l'explosion, ils sont énormes, dans un périmètre de plusieurs centaines de mètres, notamment dans les cafés bordant l'Oronte. Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, a chargé la police militaire de mener l'enquête. Les forces de l'ordre ont immédiatement établi un cordon de sécurité. Secondés par les secouristes de la Croix-Rouge libanaise, les services spécialisés de l'armée ont procédé à la collecte des restes humains afin que des tests ADN puissent être effectués dans le but d'identifier le kamikaze, pendant que le service anthropométrique relevait des indices du lieu de l'attentat, où une fausse carte d'identité, brûlée en partie, a été trouvée.
L'attentat, le troisième qui secoue le Hermel, a été revendiqué par le « Front al-Nosra au Liban », une branche d'un groupe lié à el-Qaëda, qui avait revendiqué d'autres attentats, dont celui de Bir Hassan, le mercredi 20 février, contre le Centre culturel iranien. Onze personnes y avaient péri.
Condamnations en série
Au lendemain de l'attentat, les condamnations ont fusé de toutes parts, de même que les appels à éradiquer le terrorisme. Le chef de l'État Michel Sleiman a ainsi assuré que « le Liban vaincra le terrorisme tant qu'il y aura des soldats qui se sacrifient et meurent pour leur pays ». Le président a appelé les forces militaires à faire montre de plus de détermination pour lutter contre le terrorisme « afin de préserver le pays et la paix civile ».
Soulignant le fait que les soldats « paient de leur sang le prix de la lutte contre le terrorisme », le commandement de l'armée a de son côté rappelé dans un communiqué que les forces régulières ont « depuis longtemps mis en garde contre les risques d'actes terroristes et renforcé leur vigilance pour arrêter ceux qui essaient de frapper l'institution militaire et enfoncer le Liban dans un cycle de violence ». « Rien n'empêchera l'armée de poursuivre sa lutte contre le terrorisme », selon le texte qui appelle les Libanais à soutenir l'institution militaire.
Le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, qui a pris contact hier avec son collègue de la Défense, Samir Mokbel, et le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, a de nouveau appelé à « la fermeture des couloirs de la mort dans les deux sens, du Liban vers la Syrie et de ce pays vers le Liban ». Il a invité « les parties politiques concernées à contribuer politiquement à cela et à reconsidérer leur position concernant la guerre en Syrie ».
Dénonçant « un crime lâche et rejeté aux niveaux humain, national et politique », il a affirmé : « Nous formons avec l'armée une seule entité et nous ferons face par tous les moyens légitimes à cette maladie qu'est le terrorisme, quels que soient les prétextes. » Après avoir assuré que le gouvernement va poursuivre ses efforts « en vue d'éradiquer le terrorisme et les terroristes qui veulent semer la discorde au Liban », M. Machnouk a plaidé en faveur d'une coopération avec la communauté internationale et les experts pour faire face au takfirisme aveugle qui ne sait que tuer.
Siniora : « Un entêtement inutile »
Le même appel à un retrait du Hezbollah de Syrie a été lancé par plusieurs personnalités du 14 Mars, notamment le chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, qui a pris contact hier avec le Premier ministre Tammam Salam et le général Kahwagi. M. Siniora a estimé qu'un règlement du problème que posent les kamikazes « commence par un retrait du Hezbollah de Syrie, et un déploiement de l'armée, soutenue par une force internationale, tout le long de la frontière » avec ce pays. S'adressant au Hezbollah, il a déclaré : « L'entêtement face à l'erreur est inutile. Il faut sortir de ce guêpier pour permettre l'application de mesures utiles. »
M. Siniora a rappelé que l'armée avait réussi à vaincre le terrorisme à Nahr el-Bared et qu'elle peut le faire de nouveau « si un plan réaliste est appliqué ». « Mais plus nous tardons, plus les coûts et les dégâts seront importants. L'Iran et le Hezbollah doivent être réalistes. Il faut qu'ils adoptent une décision courageuse et inévitable, et sortir de Syrie », a-t-il insisté.
Le ministre de la Défense, Samir Mokbel, a pour sa part affirmé que rien n'empêchera l'armée de poursuivre sa mission de lutter contre le terrorisme et les criminels. « Ceux qui se sont consacrés au service du pays lui resteront fidèles comme le pays restera fidèle à leurs sacrifices », a-t-il dit.
Le chef du courant du Futur a également dénoncé un acte terroriste, tout comme le coordinateur spécial des Nations unies pour le Liban, Derek Plumbly. « La récurrence des actes de terrorisme doit renforcer le soutien de tous les Libanais aux institutions, particulièrement à l'armée et aux forces de sécurité, qui travaillent à assurer la sécurité et la stabilité du Liban », a affirmé M. Plumbly dans un communiqué.
L'ambassade des États-Unis a considéré dans un communiqué que l'attentat de Hermel est une attaque « contre tout le Liban », en soulignant que « les actes terroristes renforcent la détermination américaine à œuvrer avec les institutions libanaises, notamment l'armée et les FSI ». « Notre soutien à l'armée est ferme et nous invitons toutes les parties à s'abstenir de toute opération vindicative », ajoute le texte.
Le mufti de la République, Mohammad Rachid Kabbani, a lui aussi vu dans l'attentat de Hermel « un crime odieux à l'encontre de tous les Libanais ».
Samedi, le Premier ministre Tammam Salam avait dénoncé un « acte de terrorisme » et les Libanais à « se rallier autour de l'armée et des forces de sécurité, qui ont toujours été et continueront à être une forteresse pour la nation ».


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