D.R.
Né à Amman, de père saoudien et de mère irakienne, Abdul Rahman Mounif (1933-2004) compte parmi les plus grands auteurs arabes contemporains. Ses études de droit entre Bagdad, Le Caire et Paris sont couronnées à Belgrade par un doctorat en sciences économiques et une spécialisation dans les marchés pétroliers.
De retour à Bagdad où il travaille au ministère du Pétrole, il se passionne pour la politique et son activisme lui vaut d'être emprisonné sous le régime de Saddam Hussein. À sa sortie, il s'installe à Damas où il se consacre à l'écriture. Dès le début des années 80, il choisit de vivre à Paris pour terminer Villes de sel, son monumental roman, mais c'est à Beyrouth qu'il meurt, en 2004. En 1998, son œuvre littéraire est couronnée par le prestigieux Grand prix du roman arabe qui lui vaut une renommée internationale.
Villes de sel devait être au départ une trilogie, mais cette épopée qui relate l'histoire romancée de l'Arabie Saoudite, de 1891 à 1958, se compose, à l'arrivée, d'une pentalogie de quatre à six cents pages par volume. Plusieurs tomes de Villes de sel ont été traduits dans la plupart des langues européennes. L'errance en est le premier volume, et le seul jusqu'à présent à avoir été traduit en français. Il couvre la période de la fondation du royaume saoudien par le roi Abdul Aziz, les premiers forages de pétrole, l'installation des compagnies pétrolières américaines dans la péninsule Arabique et les transformations sociales forcément dramatiques qui s'ensuivent.
La traduction élégante et fluide de France Meyer transmet au lecteur francophone un texte vibrant, de bout en bout meurtri d'amertume et de nostalgie. Dès le début de L'errance, il faut imaginer le désert. À perte de vue, des étendues à peine habitées, traversées de caravanes dont chaque passage est, pour les habitant des oasis, une invitation au départ. Il faut aussi imaginer les oasis.
Des miracles de verdure au milieu de l'immensité désertique. Des îles sous les dunes, que seules relient entre elles les longues files de marchands avec leurs chameaux. Les Bédouins sont attachés à leurs coutumes et à leurs traditions. Depuis des siècles, leur mode de vie est surtout un mode de survie. Certes, ils ne mangent ni ne boivent à leur faim. Certes, ils sont continuellement sur leurs gardes, exposés aux attaques des brigands et des animaux sauvages.
Mais ils ont un code d'honneur et de déshonneur qui les structure et organise leurs relations entre eux. Ils ont leur éthique et leurs lois. Ils ont leur foi qui rend suspect quiconque la pratique avec trop d'ostentation. Ils se font fort de protéger leurs femmes dans ce milieu hostile et les gardent à l'abri des regards. Quand les jeunes s'impatientent, ils attendent le prochain passage des marchands et embarquent avec eux. Ils peuvent ne pas revenir avant plusieurs mois, mais la tribu l'admet. C'est ainsi, les caravanes passent d'une oasis à l'autre comme un long train dont les stations sont familières même si on ne les a jamais vues.
Telle est l'Arabie Saoudite que décrit Abdul Rahman Mounif. Jusqu'aux années 30 du siècle dernier, avant le premier coup de pioche de la première compagnie pétrolière américaine, c'est encore ce paradis vierge, à la fois rude et somptueusement poétique, un lieu qui appelle à l'ascèse, à la prière, à la fidélité et à la solidarité. Un univers fruste, âpre, dont on peut facilement se lasser pour peu que le passage d'un étranger excite l'imagination des autochtones. C'est d'ailleurs le péché originel des Bédouins de se laisser séduire par les fantaisies des gens de passage.
Pour l'Arabie Saoudite telle que posée dans L'errance, les sirènes du pétrole et des Américains seront fatales tant à la virginité du désert qu'à l'identité des natifs et à leurs valeurs sacrées. Bientôt, les prospecteurs détruiront et dépeupleront des villages entiers, enrôleront les Bédouins dans leurs plateformes, les confronteront à une civilisation qui les trouble et les perturbe, les monte les uns contre les autres, les met en conflit avec leurs convictions et leurs traditions. Des bateaux passent où des femmes à moitié nues se prélassent sur les ponts. Des radios, des voitures apparaissent. Tout un vocabulaire inédit s'infiltre dans la langue. Comme souvent dans ces situations périlleuses, les purs entrent en résistance. Ce sera le cas de Mut'ib qui quitte le village dès qu'il comprend que ses congénères vont faire le jeu de l'étranger. Avec son fusil et sa chamelle, il va barrer la route à l'envahisseur. On a cru parfois apercevoir sa silhouette fantomatique, mais il est déjà un personnage de mythologie.
Villes de sel, et notamment L'errance, a été censuré par les autorités saoudiennes. Il est difficile, une fois que le mal est fait, d'accepter l'idée qu'il est irréversible. Il est tout aussi difficile de se regarder dans un miroir aussi grossissant. Il n'y a pas d'invasions douces. Aurait-il pu en être autrement ?
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De retour à Bagdad où il travaille au ministère du Pétrole, il se passionne pour la politique et son activisme lui vaut d'être emprisonné sous le régime de Saddam Hussein. À sa sortie, il s'installe à Damas où il se consacre à l'écriture. Dès le début des années 80, il choisit de vivre à Paris pour terminer Villes de sel, son monumental roman, mais c'est à Beyrouth qu'il meurt, en 2004. En 1998, son œuvre littéraire est couronnée par le prestigieux Grand prix du roman arabe qui lui vaut une renommée...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
"Les Bédouins sont attachés à leurs coutumes et à leurs traditions. Ils sont continuellement sur leurs gardes, exposés aux attaques des brigands." ! C'est quoi ce monde Imaginaire, Merveilleux et si idyllique ci-décrit, alors qu'eux s'adonnaient aussi à des razzias de brigandages ! Pour venir après nous moraliser avec un "code d'honneur et de déshonneur et de valeurs sacrées." ! Pour finir avec des "Purs entrant en résistance" contre cette nouvelle situation de "femmes à moitié nues se prélassent sur les ponts."! Mais heureusement que la Modernité finira enfin par enrôler ces "Bédouins" dans la civilisation, quitte à "les troubler et à les perturber." ! Tant mieux, ce n'était que pour leur bien.
16 h 23, le 15 février 2014