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Deux hommes du Liban

Une messe de requiem célébrée dimanche dernier, un magnifique recueil de portraits et de témoignages présenté hier par Dar an-Nahar : ce n'est peut-être pas par pur hasard, veut-on croire en ces temps d'exceptionnelle infortune, qu'est évoqué, presque simultanément, l'impérissable souvenir de deux hommes, eux aussi d'exception.

Dans leur carrière professionnelle autant qu'en politique ou en diplomatie, Nassib Lahoud et Ghassan Tuéni se sont tous deux brillamment distingués. Mais surtout, et chacun à sa manière, ils ont incarné ce qui nous fait le plus cruellement défaut aujourd'hui : une idée certaine du Liban dans sa spécificité plurielle et son inévitable corollaire, la passion de la démocratie.

Dans un pays où la pourriture du gros de la classe politique et de l'administration dépasse désormais l'entendement ; où maints responsables ne craignent pas d'étaler avec insolence le fruit de leurs rapines ; où l'attribution à tel ou tel camp des ministères les plus juteux, c'est-à-dire porteurs d'adjudications, commissions et ristournes de dessous de table, prolonge une crise gouvernementale vieille déjà de près de dix mois ; où enfin le contrôle des ressources énergétiques est présenté par d'aucuns comme une assurance-vie pour les chrétiens (comme si après le pillage de maintes caisses de secours aux sinistrés et déplacés le tour était venu pour ces derniers de se remplir les poches !) ; oui, dans un tel pays, Nassib Lahoud restera dans les mémoires comme un des rares entrepreneurs à exclure le Liban de son champ d'activités à l'instant même où il entrait en politique : comme un président de rêve trahi par une conjoncture scélérate, avant que d'être terrassé par la maladie.

Parmi les diverses facettes du géant de la presse que fut Ghassan Tuéni, la conscience collective, en proie à l'angoisse du lendemain, retiendra souvent l'image du représentant du Liban à l'ONU, lunettes à grosse monture en bataille, adjurant la communauté internationale de laisser vivre son pays ravagé par une interminable guerre : et qui plus est, une guerre des autres. Interminable car ayant sévi quinze ans durant, la voilà qui pointe à nouveau son vilain museau. Au choc islamo-chrétien d'antan a succédé un sanglant schisme sunnito-chiite brutalement ressorti des temps moyen-âgeux sur fond de bras de fer irano-saoudien. Après la libanisation d'un Irak livré à l'anarchie après le déboulonnage de Saddam Hussein, c'est en voie d'irakisation accélérée qu'est le Liban, où les attentats-suicide aux explosifs sont devenus un phénomène courant de la vie – et de la mort – quotidiennes. Et comme si tout cela n'était pas encore assez, c'est chez le voisin, sur le terrain syrien, que se déroule imperturbablement notre nouvelle guerre des autres.

Intégrité et transparence, intelligence et clairvoyance : notre pays est-il donc condamné à en faire son deuil ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Une messe de requiem célébrée dimanche dernier, un magnifique recueil de portraits et de témoignages présenté hier par Dar an-Nahar : ce n'est peut-être pas par pur hasard, veut-on croire en ces temps d'exceptionnelle infortune, qu'est évoqué, presque simultanément, l'impérissable souvenir de deux hommes, eux aussi d'exception.
Dans leur carrière professionnelle autant qu'en politique ou en diplomatie, Nassib Lahoud et Ghassan Tuéni se sont tous deux brillamment distingués. Mais surtout, et chacun à sa manière, ils ont incarné ce qui nous fait le plus cruellement défaut aujourd'hui : une idée certaine du Liban dans sa spécificité plurielle et son inévitable corollaire, la passion de la démocratie.
Dans un pays où la pourriture du gros de la classe politique et de l'administration dépasse désormais...