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Nos lecteurs ont la parole - Michel Gourd

À Sotchi, les olympiades de l’espionnage ?

Tous ceux qui iront aux Jeux olympiques d'hiver de 2014 pourraient bien en avoir pour leur argent. Ils pourraient même être propulsés en plein milieu d'un roman d'espionnage. Sotchi est au centre d'un immense système de sécurité qui a le potentiel de permettre aux Russes de glaner une quantité industrielle de renseignements utiles sur le reste du monde pendant les olympiades. En fait, la structure actuelle pour épier tous les étrangers est telle qu'on peut déjà dire que ce sera, du 7 au 23 février, les Jeux olympiques de l'espionnage en Russie.
Beaucoup se sont demandés pourquoi la ville proposée par Poutine se situe non loin d'une des régions les plus dangereuses au monde. Les groupes terroristes séparatistes du Caucase tout proche ont basculé dans l'islamisme dans les années 1990, après les guerres de Tchétchénie. Le groupe islamiste du Daguestan, qui a revendiqué les attentats de Volgograd dans une vidéo mise en ligne, est bien connu des renseignements russes. Le fait que les Jeux olympiques ont été victimes à plusieurs reprises d'attentats terroristes aide aussi à créer cet effet de panique. Sous prétexte de se protéger, les Russes ont mis sur pied pour l'occasion la plus importante mission d'espionnage depuis la fin de l'URSS. Affirmant rechercher des kamikazes, les services de renseignements russes ont transformé la ville en une forteresse où tout équipement informatique est systématiquement espionné. Moscou contrôlera non seulement les communications des athlètes, mais aussi celles des journalistes et, finalement, de toute la population. Cette cybersurveillance sera la plus vaste jamais enregistrée pour des JO.
Tout cela se fait à la face du monde et en conformité avec les règles en vigueur dans le pays. Une loi fédérale russe permet au service de renseignements d'enregistrer toutes les données qui circulent sur les réseaux de communication russes, y compris tout ce qu'il y a sur l'Internet et les téléphones, y compris les fax. La loi stipule d'ailleurs que les appareils de communication des visiteurs doivent être « totalement transparents » pour les services de sécurité. En novembre, le Premier ministre Dmitri Medvedev a signé une loi qui permet aux autorités de créer une base de données qui inclura tous les visiteurs à Sotchi. Tout renseignement porté par une personne ou ses outils informatiques dans le « cercle d'acier » autour de Sotchi peut donc être récolté et analysé. Toute information privée ou non sur tout équipement électronique branché ou non à l'Internet risque d'être dupliquée, détruite ou modifiée pendant les Jeux. Le filtrage des renseignements ne sera quand même pas titanesque puisque le comité de Sotchi a précisé que 70 % des billets sont réservés aux Russes. Le nombre d'étrangers attendus sera donc minime. Compte tenu du coût important du déplacement, ce sera les citoyens les plus riches qui y assisteront. Moscou sera d'ailleurs le gestionnaire unique de toute l'information produite, déclarant ne pas vouloir trop d'agents de sécurité américaine et laissant entendre que le nombre de policiers du FBI dans la ville olympique sera limité. Les Russes ont peut-être de très bonnes raisons de laisser les renseignements américains dans le noir.
Les Jeux olympiques d'hiver à Sotchi sont un projet personnel de Poutine qui a été membre des services de renseignements et d'action du KGB, avant de devenir un des plus proches conseillers du président Boris Eltsine qu'il a finalement remplacé. Il s'est rendu personnellement à Guatemala City en 2007 pour faire du lobbying auprès du Comité international olympique afin qu'il choisisse cette région située sur la mer Noire. Il prévoit d'ailleurs d'importantes retombées de ces jeux, qui devraient par ailleurs coûter 51 milliards de dollars. Selon le ministère russe du Développement économique, ils devraient amener une croissance de 2,5 % du PIB du pays au cours de cette année, ce qui est beaucoup plus élevé que les 1,9 % prévus par l'agence de notation Moody. Où donc les Russes trouveront-ils ce 0,6 % supplémentaire ? Peut-on inclure dans le calcul une exploitation massive des renseignements collectés à Sotchi ?
Côté politique, la participation du président chinois Xi Jinping à la cérémonie d'ouverture est supposée donner un nouvel élan aux relations entre les deux pays. Vladimir Poutine a d'ailleurs déjà planifié d'aller visiter l'Iran, un de ses alliés-clés au Moyen-Orient, juste après les Jeux. Les informations recueillies pourraient servir de cadeau pour promouvoir les liens économiques avec Téhéran. À court terme, un approvisionnement quotidien supplémentaire de 500 barils de pétrole iranien est en jeu. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, vient d'ailleurs de se rendre à Moscou pour rencontrer le président russe. Comme le montre son implication dans le conflit syrien, Vladimir Poutine est un acteur hyperactif au Moyen-Orient et il tente de contourner l'embargo américain contre l'Iran qui a besoin d'argent, de marchandises et de renseignements technologiques. Tout ce que Moscou possédera en abondance après Sotchi.
Que tout cela ne soit que des coïncidences ou la partie visible de l'iceberg, il reste de recommander aux athlètes, visiteurs et toutes les personnes qui iront à Sotchi de n'avoir aucun renseignement privé ou sensible dans tous leurs équipements informatiques. Il serait aussi plus sûr de changer tous les mots de passe avant le départ et juste après le retour. Les personnes qui travaillent à des postes sensibles pourraient même déjà planifier d'acheter un nouvel ordinateur portable à leur retour et donner leur vieux modèle à leurs enfants qui en feront une console de jeux. Cela pourrait sûrement amuser les cyberespions russes et chinois qui font un travail plutôt routinier.

Michel GOURD
Québec, Canada

Tous ceux qui iront aux Jeux olympiques d'hiver de 2014 pourraient bien en avoir pour leur argent. Ils pourraient même être propulsés en plein milieu d'un roman d'espionnage. Sotchi est au centre d'un immense système de sécurité qui a le potentiel de permettre aux Russes de glaner une quantité industrielle de renseignements utiles sur le reste du monde pendant les olympiades. En fait, la structure actuelle pour épier tous les étrangers est telle qu'on peut déjà dire que ce sera, du 7 au 23 février, les Jeux olympiques de l'espionnage en Russie.Beaucoup se sont demandés pourquoi la ville proposée par Poutine se situe non loin d'une des régions les plus dangereuses au monde. Les groupes terroristes séparatistes du Caucase tout proche ont basculé dans l'islamisme dans les années 1990, après les guerres de Tchétchénie....
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