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L'angoisse d'une maman niçoise pour son fils, candidat au jihad en Syrie

France

Ces derniers jours, deux adolescents partis en Syrie ont été rapatriés en France.

OLJ/AFP
29/01/2014

"Mon fils a eu 18 ans le 22 décembre. (...) Au repas de Noël en famille, il a bu du champagne et mangé de la pintade farcie au porc."

Aujourd'hui, Michèle, une Française qui préfère ne pas donner son nom, raconte à la presse qu'elle aimerait aller chercher à la frontière syrienne son fils de 18 ans, candidat au jihad. Se sentant isolée, elle a sollicité, mardi, une rencontre avec le maire de Nice.

 

Le lendemain de Noël, son fils est parti dormir chez un ami. C'est un jeune livreur de pizzas du quartier qui a appris à Michèle le départ de son fils.  "+Madame vous n'êtes pas au courant. Les jeunes m'ont dit que votre fils est parti en Syrie", lui a-t-il dit, a raconté Michèle à la presse mardi. Frédéric est parti avec ses chèques de Noël, environ 130 euros, pas de quoi acheter lui-même un billet d'avion..., a-t-elle précisé.

 

Depuis, Michèle a parlé à plusieurs reprises sur Skype ou par téléphone, en apercevant une fois en arrière-plan un homme barbu bras croisés. "Hier, il m'a appelée une minute, il m'a dit qu'il était en Syrie, mais sur mon téléphone apparaissait Turquie", a indiqué Michèle, qui a proposé de venir le chercher, suscitant une réponse évasive de son fils. "Il m'a dit +je travaille+", mais "il travaille au maniement des armes?", s'interroge-t-elle.

"Je lui dis +rentre, c'est pas ta place, c'est pas le bon choix+, relate-t-elle. Il me dit +non je rentre pas+. Il me dit qu'il a vu des vidéos, qu'il est parti pour défendre des femmes et des enfants qui souffrent". Désormais, elle trouve son fils "différent". Un jour, elle l'appelle par son nom de baptême, Frédéric. "Il m'a dit +ne m'appelle pas Frédéric+, pas gentiment".

Dans son quartier populaire de Saint Roch, dans l'est de Nice, 7 ou 8 jeunes sont partis comme son fils en septembre et décembre, selon elle. On lui a appris, dans son quartier, que son fils s'appelle désormais Abou Issa.

Pour autant la maman n'avait vu aucun signe avant-coureur chez son fils très aimant : "Sa chambre était comme d'habitude, je ne l'ai jamais vu prier, il n'avait aucun copain qui avait des signes religieux".

 

Le député-maire UMP de Nice Christian Estrosi a indiqué mardi avoir alerté le ministre de l'Intérieur Manuel Valls. "Le problème est en train de prendre une proportion non négligeable" dans plusieurs quartiers de Nice, a-t-il souligné, en brandissant des photos confiées par des parents. Le maire veut désormais "mobiliser une équipe spécialisée". "Certains peuvent revenir et devenir des Mohamed Merah en puissance", a-t-il commenté. "Les services de renseignement le savent, sans agir pour autant. La situation est grave. Mon devoir est de protéger ma ville".

 

Embrigadement

Ces derniers jours, deux adolescents partis en Syrie pour faire le jihad ont été rapatriés en France. L'un est rentré dimanche, l'autre, a pris le chemin du retour à Toulouse mardi. Le retour en France de l'adolescent, et de son père qui était allé le chercher à Istanbul, a été retardé lundi soir parce que le jeune homme aurait réussi au cours de son séjour à passer en Syrie comme lui et son copain le projetaient, sans toutefois participer aux combats, a indiqué une source proche du dossier.

 

Les deux adolescents, âgés de 15 et 16 ans, devront affronter les questions des policiers sur leur embrigadement.

Les policiers ont beaucoup de questions à poser aux deux jeunes. Ils voudront savoir comment des lycéens en viennent à laisser tomber l'école pour un projet qui interpelle les autorités par l'âge de ses auteurs et qui a conduit le président François Hollande à affirmer la nécessité de "protéger nos jeunes de France" pour qu'aucun d'entre eux "ne se laisse entraîner" dans un tel combat.

 

Au cours des toutes dernières années, 600 ou 700 Français ou étrangers vivant en France seraient allés se battre en Syrie, en seraient revenus ou auraient été plus ou moins engagés dans un tel projet. Un phénomène sans précédent qui va s'accélérant et qui constitue "le plus grand danger auquel nous devons faire face dans les prochaines années" selon le ministre Valls.

Parmi eux, une douzaine de mineurs ont mené à bien le voyage syrien, dont au moins un des deux jeunes Toulousains.

 

Autoradicalisation

En ce qui concerne le plus jeune des deux ados de Toulouse, ni sa famille ni son école n'ont rien vu venir. Elevé au sein d'une famille musulmane dans le respect des autres selon son père, il est décrit comme un lycéen sans histoires. Sa famille n'aurait jamais eu maille à partir avec la police.

Le second, âgé de 16 ans, serait, au contraire, connu des services de police. Des membres de sa famille auraient des convictions religieuses assez dures et le plus jeune lui-même aurait fréquenté occasionnellement la mosquée d'un quartier sensible de Toulouse. C'était un élève au parcours tortueux, qui ne s'était pourtant pas signalé défavorablement depuis la rentrée.

 

Les deux jeunes de retour en France pourraient bien s'être autoradicalisés seuls et ne seraient pas tombés dans les mains d'une filière à proprement parler, estime toutefois une source proche du dossier. C'est à ce processus d'autoradicalisation que devraient s'intéresser les enquêteurs, aux sites qu'ils ont consultés, sans négliger la piste d'individus qui les auraient renforcés dans leur détermination.

Les magistrats en charge des investigations menées pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme devront, eux, décider des suites qu'ils donnent à l'affaire à l'encontre des deux jeunes Toulousains et de leur éventuelle mise en examen.

Le proviseur de leur établissement, Denis Demersseman, s'est, quant à lui, dit prêt à les accueillir à nouveau et à préparé les autres élèves à cette perspective car "ce sont des victimes plus que des coupables".

 

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