Le président ukrainien en face à face avec les trois chefs de file de l’opposition, l’ex-boxeur Vitali Klitschko, Arseni Iatséniouk, du parti de l’ex-Première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko, et le nationaliste Oleg Tiagnybok. Andrei Mosienko/Reuters
Une réunion sur la grave crise que traverse l'Ukraine a eu lieu hier entre les trois principaux chefs de l'opposition – l'ex-boxeur Vitali Klitschko, Arseni Iatséniouk, du parti de l'ex-Première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko, et le nationaliste Oleg Tiagnybok – et le président Viktor Ianoukovitch. Ce dernier avait fait samedi une série de concessions, proposant les postes les plus élevés du gouvernement à l'opposition, tout en se disant prêt à discuter d'une révision de la Constitution destinée à céder une partie de ses pouvoirs au gouvernement.
Résultats de ces pourparlers : Arseni Iatséniouk, l'un des chefs de file de l'opposition, a rejeté la proposition du président de diriger le gouvernement, a annoncé la présidence. Pouvoir et opposition se sont en revanche mis d'accord pour abolir les lois anticontestation controversées votées le 16 janvier et qui ont conduit à une radicalisation du mouvement, a ajouté la présidence dans un communiqué publié à l'issue de pourparlers entre le chef de l'État et les leaders de l'opposition. Ils se sont accordés également sur l'adoption d'une loi d'amnistie pour les manifestants arrêtés, mais à condition que soient libérés les bâtiments publics occupés, a précisé la même source à la veille d'une session extraordinaire du Parlement consacrée à la crise politique et d'un sommet entre l'Union européenne et la Russie, qui s'accusent mutuellement d'ingérence dans les affaires ukrainiennes.
Après avoir rencontré à Bruxelles le président russe Vladimir Poutine, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie de l'UE, effectuera à cet égard une visite à partir de ce soir à Kiev, soit 48 heures avant la date initialement prévue. Avant de partir jeudi pour la Lettonie, elle s'y entretiendra avec M. Ianoukovitch et les leaders de l'opposition.
De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Léonid Kojara, a affirmé que les autorités n'ont « pas l'intention aujourd'hui de décréter l'état d'urgence », avant de souhaiter que les députés votent aujourd'hui des lois susceptibles de permettre de régler la situation.
Dans le même temps, les contestataires ont évacué le ministère de la Justice, situé en plein centre de Kiev et qu'ils occupaient depuis dimanche soir, a constaté l'AFP. Les autorités avaient menacé de décréter l'état d'urgence et de mettre fin aux pourparlers si cette occupation perdurait, tandis que Vitali Klitschko avait invité les manifestants à quitter les lieux. Les opposants ont toutefois érigé à proximité des barricades, étendant un peu plus encore la zone qu'ils contrôlent autour de la place de l'Indépendance, haut lieu du mouvement de contestation.
Radicalisation dans les régions
Le mouvement de protestation s'était brusquement radicalisé la semaine dernière, donnant lieu à des actions de guérilla urbaine qui ont fait au moins trois morts dans la capitale, et il s'étend désormais à pratiquement toute l'Ukraine. Les sièges des administrations de la presque-totalité des provinces de l'Ouest, nationalistes, davantage tournées vers l'UE et fermement opposées à M. Ianoukovitch, sont ainsi depuis plusieurs jours aux mains des manifestants qui veulent le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'État. L'administration régionale est désormais bloquée dans 10 des 25 provinces (contre 14 dimanche) par les contestataires. Ceux-ci ont investi les immeubles abritant les bureaux des gouverneurs dans huit villes et en contrôlent les abords dans deux autres. Même si ces actions se déroulent essentiellement en Ukraine occidentale, les autres régions, y compris russophones, sont à leur tour touchées. Cependant, les forces de sécurité paraissent reprendre l'initiative dans l'Est, recourant à la force contre les manifestants à Dnipropetrovsk, Tcherkassy et Soumy, d'après les médias locaux. Et des témoins ont fait état de blessés à Zaporijjia, dans le Sud, où 3 000 manifestants lancés à l'assaut de l'administration du gouverneur ont été dispersés par la police. Trente-sept contestataires ont au total été arrêtés dans ces quatre villes, d'après des informations locales.
(Source : AFP)


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