Rechercher
Rechercher

Liban - Assassinat Hariri

TSL : la défense tente d’éroder le témoignage de l’experte en images vidéo

Un véritable travail de fourmi, d'accumulation de preuves et d'informations que la défense s'est chargée, comme il se doit, de contester en cours de journée.

Des images passées au crible et analysées dans leurs plus infimes détails, des plans de coupe des ruelles menant à la scène du crime, des questions d'une précision désarmante, le déploiement d'information effectué par l'accusation par le truchement de témoins s'est poursuivi hier pour la cinquième journée consécutive au Tribunal spécial pour le Liban. La défense, elle, a riposté lors d'un contre-interrogatoire mené avec brio et humour par l'avocat principal de Moustapha Badreddine.
Soucieux de ne laisser aucun élément dans le vague, le premier substitut du procureur Alex Milne a complété hier l'interrogatoire de l'experte en images vidéo, Robin Fraiser, des heures durant, cherchant à démontrer à travers sa prestation la rigueur du travail d'enquête effectué par son bureau des années durant.

 

10 fois moins vite
Comme prévu, l'audience matinale a été consacrée à l'expertise d'images et photos recueillies dans le périmètre de la scène du crime.
Mme Fraiser a répondu aux questions posées par l'accusation, expliquant la teneur de certaines parties d'un rapport qu'elle avait remis au procureur dans le cadre d'un mandat qui lui avait confié entre 2009 et 2011.
Objectif : l'analyse des images vidéo croisées et recueillies par les caméras placées au niveau du tunnel Sleimane Frangié, dans les environs de l'hôtel Phoenicia et de la banque HSBC, située plus près du lieu de l'attentat.
Des images dont l'analyse composée montrent le passage du véhicule conduit par le kamikaze présumé une première fois, sous le tunnel, et une seconde fois (50 minutes plus tard) du côté de la marina, précédant de près d'une minute (12h 52 min 36 sec) le convoi des voitures noires de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri. Arrêt final sur l'une des bandes vidéo de la HSBC, 2,5 minutes plus tard (à 12h 55 min 03 sec), qui montre une image figée obscurcie par la poussière et les débris dans ce qui semble être les effets de l'explosion qui venait vraisemblablement d'avoir lieu.


Commentant le défilé des images cadre par cadre, le témoin relève ainsi le ralentissement, peu avant l'hôtel Saint-Georges, du véhicule supposé avoir transporté les explosifs au niveau de la route conduisant vers le lieu du crime.
« Nous constatons clairement que le déplacement du camion est plus lent que le reste de la circulation », dit Mme Fraiser. « Nous avons calculé que le véhicule se déplace à concurrence de 30 images, alors que les autres voitures en motion font l'objet de 3 à 4 images seulement », ajoute la témoin. « On peut conclure que le camion roulait 10 fois moins vite », dit-elle, se gardant d'en expliquer la raison, qui est vraisemblablement d'attendre l'arrivée du convoi de Rafic Hariri au même niveau, quelques instants avant l'attentat.
Près de 24 photos ont été passées en revue par l'accusation pour montrer le mouvement du véhicule, notamment lorsqu'il apparaît bifurquer vers la droite en direction de l'hôtel Monroe avant de reprendre, près de 50 minutes plus tard, le chemin de l'hôtel Saint-Georges.
Un détour sur lequel les juges s'attarderont, posant question sur question à la témoin, pour comprendre exactement la trajectoire du véhicule et le moment enregistré de chacun de ses déplacements.

 

« Apparentes » vs « génériques »
L'experte a en outre relevé que le camion, équipé d'une bâche et vu par les caméras du tunnel et de l'hôtel Phoenicia, est « similaire » en plusieurs points à celui que l'on voit un peu plus loin à l'aide des caméras de la HSBC, quelques minutes avant l'explosion. Pour le procureur, l'objectif était de prouver le lien qui existe entre l'ensemble de ces images. « C'est à la chambre de première instance de tirer les conclusions qui s'imposent », commente M. Milne.


C'est sur cette question précise que la défense demande alors d'intervenir pour contre-interroger la témoin. L'un des conseils de Moustapha Baddreddine prend la parole à cette fin.
« Je vous demanderai de freiner vos ardeurs et de prendre des pauses à chaque phrase pour faciliter la tâche de la traduction », dit le juge Re, arrêtant d'un coup l'avocat Ian Edwards parti sur sa lancée. Ce dernier ne sera pour autant pas intimidé. Pendant près d'une heure et demie, l'avocat interroge l'experte sur la différence entre ce qu'il appelle des « similitudes apparentes » et des « similitudes génériques », essayant de démontrer, photos à l'appui, qu'il est impossible de reconnaître sur les photos les caractéristiques d'un véhicule et de s'assurer notamment qu'il s'agit du même camion saisi par les différentes caméras.
« On ne peut donc pas dire que c'est le même véhicule », soutient Ian Edwards. « Non, répond la témoin, je ne suis pas une experte en voitures. »


L'avocat demande alors à Mme Fraiser si, dans le cadre de son travail d'enquête, elle avait effectué à un moment ou un autre « une analyse de la dimension du véhicule ». « Non plus », répond Mme Fraiser, soulignant qu'elle ignorait si le bureau du procureur avait par la suite entrepris lui-même cette analyse.
« Vous ne savez pas non plus si le camion transportait des explosifs ou si c'est le même qui a été utilisé durant l'explosion ? » reprend Ian Edwards.
Deux interrogations auxquelles la témoin répond par la négative, avant que le juge Re ne lève la séance.

 

Pour mémoire

"Je l'ai reconnu à sa chevelure. Il n'avait plus de bras ni de jambes" : au TSL, les proches des victimes témoignent

La défense passe au crible devant le TSL les « failles » de l'accusation

La défense contre-attaque : « L'accusation avance des hypothèses, pas des preuves »

TSL : L'accusation avance lentement et sûrement ses pions

Des images passées au crible et analysées dans leurs plus infimes détails, des plans de coupe des ruelles menant à la scène du crime, des questions d'une précision désarmante, le déploiement d'information effectué par l'accusation par le truchement de témoins s'est poursuivi hier pour la cinquième journée consécutive au Tribunal spécial pour le Liban. La défense, elle, a riposté lors d'un contre-interrogatoire mené avec brio et humour par l'avocat principal de Moustapha Badreddine.Soucieux de ne laisser aucun élément dans le vague, le premier substitut du procureur Alex Milne a complété hier l'interrogatoire de l'experte en images vidéo, Robin Fraiser, des heures durant, cherchant à démontrer à travers sa prestation la rigueur du travail d'enquête effectué par son bureau des années durant.
 
10 fois moins...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut