Il n'y avait pas de clair de lune le soir où la comédienne Amalia Abi Saleh, alias Sitt Bdour (baptisée ainsi pour avoir un visage rond tout comme la lune – voir article Béchara Maroun dans le numéro du samedi 18 janvier), a enfin tiré sa révérence après de longues souffrances. Et des révérences, cette petite coquine savait en faire sur les planches du théâtre. Telle une petite fille, si elle n'avait pas les cheveux coupés bien court, elle les retenait en couettes par deux petits rubans de côté, ce qui lui donnait un air plus espiègle. Elle portait aussi des robes à jupons, façon fillettes de la Comtesse de Ségur. Oui, elle aurait pu naître à cette époque, cette rondelette qui n'était nullement gênée par ses formes. Elle aurait pu naître à toutes les époques et surtout là où on respectait les vrais artistes et on les adulait. Mais peu importe. Amalia Abi Saleh était trop bonne pour être rancunière. Elle partirait tôt pour ne plus souffrir de toutes ces injustices. Au moins, ses amis, ceux qui la chérissaient, de Chouchou à Ibrahim al-Maraachli, en passant par Fehman ou Firyal Karim, sont devenus plus nombreux... là bas. Et ils l'accueilleraient, eux, à bras ouverts.
C.K.


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