Pour Mahmoud Hojeij, on ne peut pas dissocier les disciplines artistiques l'une de l'autre. Le cinéma, la peinture, la musique ou les installations contemporaines sont autant de langages différents au service de l'art. « Pour moi l'essentiel, confie-t-il, c'est l'image non le visuel, car l'image peut être véhiculée par la musique, le son ou la photo. » C'est donc au service de cette image-là que travaillent ses comédiens. En effet, le repérage du casting (assez volumineux) de Stable Unstable était justifié et adéquat. Pour Hojeij, un comédien est un instrument, voire un « passeur d'images ». « Je n'interromps jamais un acteur durant son travail, par contre je prends soin de lui expliquer auparavant tout ce que je demande de lui, dit-il. Il m'est donc essentiel de lui assurer un confort autant moral que physique afin qu'il puisse donner ce qu'il y a de mieux en lui. Ainsi, au départ, mon souci était de réaliser un film avec des acteurs disponibles, mais dont je pourrai assurer aussi les moyens (choix de l'intérieur...) » Chez le cinéaste, la caméra reste fixe et les comédiens font le reste en créant des émotions.
Dans cet immeuble où les personnages viennent visiter un psychiatre (on ne voit jamais la ville de l'extérieur), l'ascenseur qui les mène à l'étage est le premier huis clos où ils se regardent dans le miroir et se sondent eux-mêmes. S'articulant autour de deux personnages principaux : le psychiatre et le concierge « qui ne font finalement qu'un seul et unique caractère », dit Hojeij, « Stable Unstable parle de solitude des êtres. Chacun est seul, mais est destiné à vivre avec les autres dans cette ville », souligne le cinéaste. Si chacun prenait conscience de l'influence de sa vie sur l'autre, il serait plus solidaire avec lui. Et de conclure : « Il faut arrêter de blâmer l'autre, mais se regarder d'abord soi-même et sonder ses défauts, pour reconstruire avec l'autre. » C'est ce que nous apprend le personnage de Diamand Bou Habib dans son regard caméra qu'elle lance à la fin du film.

