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Liban

La France aide à mettre en place un « consensus vivable » au Liban

Diplomatie

L'émissaire présidentiel français a quitté hier Beyrouth au terme d'une visite de plusieurs jours.

Élie FAYAD | OLJ
22/01/2014

Emmanuel Bonne, conseiller diplomatique du président François Hollande pour l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les Nations unies, a achevé hier une mission de plusieurs jours à Beyrouth au cours de laquelle il a eu d'importants entretiens avec les principaux responsables officiels et politiques libanais de tous bords.

Comme il en avait été question la semaine dernière dans ces colonnes, M. Bonne était accompagné au Liban de l'amiral Édouard Guillaud, chef d'état-major (sortant) des armées françaises. La présence de ce dernier, qui s'est entretenu avec le ministre sortant de la Défense au sein du gouvernement démissionnaire, Fayez Ghosn, et le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, illustrait l'état d'avancement des discussions entre responsables militaires des deux pays sur le dossier des trois milliards de dollars offerts par l'Arabie saoudite à l'armée libanaise via la France.
Rappelons que le général Kahwagi s'était lui-même rendu à Paris il y a un peu plus d'une semaine avec dans ses bagages une liste des besoins de la troupe en armes et matériel.

Selon une source autorisée, les entretiens de M. Bonne au Liban on été « encourageants », en ce sens qu'il a décelé chez l'ensemble des protagonistes une volonté de trouver « un consensus opérationnel et vivable » pour tout le monde, à la mise en place duquel Paris s'efforce de contribuer.

Il convient de signaler que parmi les interlocuteurs que l'émissaire du président français a rencontrés à Beyrouth figure Ammar Moussaoui, responsable des relations internationales au sein du Hezbollah. Cette entrevue n'est pas en contradiction avec la décision de l'Union européenne d'inscrire la « branche armée » du Hezb sur sa liste des organisations terroristes, M. Moussaoui étant censé représenter la « branche politique » du parti.

Cette affaire de « branche armée » et de « branche politique » est un « truc de diplomates » pour sanctionner le Hezbollah tout en continuant à lui parler, admet la source autorisée, selon laquelle la discussion a été « franche » entre l'émissaire français et le responsable de la formation chiite.

Certes, les désaccords persistent et il n'y a pas lieu, à partir de cet entretien, de s'attendre à un changement quelconque à court terme de la politique du Hezbollah en Syrie. En revanche, note cette source, une évolution est claire sur le plan local libanais, notamment au sujet du dossier gouvernemental. « Chacun a fait des concessions », souligne-t-elle. Le chef du courant du Futur, Saad Hariri, au sortir du tribunal de La Haye, mais aussi le parti de Dieu, qui a abandonné l'exigence du tiers de blocage et accepté le principe de la rotation des ministères, et qui pourrait encore faire passer à la trappe le triptyque « armée-peuple-résistance », si essentiel jusqu'ici à ses yeux.

Les efforts de la France entrent dans le cadre d'une volonté de mobiliser les partenaires internationaux et régionaux autour de l'exigence de préservation du Liban des tensions régionales, cette fameuse « distanciation », ou « dissociation », de la scène libanaise, affirme la source autorisée.
Il s'agit de « permettre un consensus régional et international sur l'essentiel », c'est-à-dire sur le maintien de la stabilité du Liban et la consolidation des institutions du pays. « Cela passe par la formation d'un nouveau gouvernement », souligne cette source, qui rappelle aussi les engagements pris l'été dernier dans le cadre du groupe de soutien international au Liban. Ces engagements vont dans trois directions : renforcement des moyens de l'armée libanaise, aide aux réfugiés syriens au Liban et soutien à l'économie de ce pays.

Naturellement, admet-elle, personne ne sous-estime les risques de déstabilisation, ni l'ampleur des différences politiques entre les protagonistes libanais. Sauf que, dans le même temps, il y a une prise de conscience de la nécessité de ne pas laisser les problèmes de la région s'étendre au Liban et un souci d'être « opérationnels ».

Pour cette même source, l'ouverture constatée ces dernières semaines au Liban a été rendue possible tout d'abord par le « nouveau ton » de la diplomatie iranienne, qui reste bien sûr encore à confirmer, depuis l'arrivée au pouvoir à Téhéran du président Hassan Rohani et l'accord avec la communauté internationale sur le dossier nucléaire.
Et puis, ajoute la source, il faut aussi noter le « réengagement » des États du Golfe, et en particulier de l'Arabie saoudite, à l'égard du Liban, après plus de deux ans de désengagement.

Ce qui nous ramène aux trois milliards offerts à l'armée. Non, assure la source autorisée, « ce n'est pas une grande offensive de l'Arabie saoudite au Liban », pas plus qu'un « complot franco-saoudien » contre quiconque dans ce pays, comme certains médias ont tenté de le suggérer. L'objectif est simplement de contribuer au renforcement de l'armée libanaise.

Après tout, n'est-elle pas « l'armée de tous les Libanais » ?


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