Fatmé al-Nachar, enceinte de 9 semaines et sauvagement battue par son mari, sa belle-mère et son beau-frère jeudi dernier, est sortie de l'hôpital islamique de Tripoli (voir L'Orient-Le Jour du 11 janvier 2014). Si le fœtus a pu être sauvé, la jeune femme, âgée de 28 ans, n'a pas la forme. Elle est déprimée et « n'arrive pas à parler sans bégayer », confie à L'Orient-Le Jour son avocat, Moustapha Akari. « Il semblerait qu'elle souffre de commotions cérébrales, note-t-il. La jeune femme a besoin de médicaments pour pouvoir continuer son traitement, mais elle ne peut pas se les procurer, vu la situation financière précaire de son père. » En effet, Mohammad al-Nachar (qui était injoignable hier) vend du « kaak » (galette orientale) à Tripoli. Le peu d'argent qu'il gagne doit suffire à ses quatre autres enfants, mais aussi à Fatmé et à ses enfants également malades : la fille souffre d'un cancer et les garçons de thalassémie.
Depuis cinq ans qu'elle est mariée, Fatmé al-Nachar subit l'ire de son mari, un soldat affecté à la onzième brigade de l'armée. Jeudi dernier, il avait réussi à s'enfuir après l'avoir rouée de coups avec l'aide de sa mère et de son frère, laissant derrière lui une femme évanouie. La belle-mère et le beau-frère de la victime ont également pris la fuite.
Le mari a été arrêté samedi et il est actuellement interrogé par les autorités compétentes. Sa mère et son frère ont eux aussi été arrêtés, puis libérés « sous caution d'élection de domicile ». « Comme le mari est un soldat, son dossier sera transféré au tribunal militaire, rappelle Me Akari. Donc, nous ne pouvons pas le consulter ni suivre les détails de la procédure, puisqu'un civil ne peut pas se constituer partie civile devant le tribunal militaire. De plus, les enquêteurs vont sûrement essayer de protéger le mari avant que le dossier n'arrive devant le tribunal. D'ailleurs Fatmé m'a raconté que deux soldats de la police militaire sont venus la voir et lui ont demandé de retirer sa plainte pour éviter que sa belle-famille ne porte plainte contre elle à son tour. Ils essaient de la menacer et de l'intimider. Son père également reçoit des menaces de mort ! »
L'avocat et l'ONG Kafa, qui suit le dossier de près, ne comptent pas pour autant baisser les bras et sont déterminés à défendre la jeune femme jusqu'au bout. « J'ai déjà engagé une action en justice pour obtenir une pension alimentaire au profit de Fatmé et de ses enfants, explique Me Akari. Je vais également lancer une procédure pour lui obtenir le divorce et une troisième pour qu'elle puisse récupérer de la maison conjugale ses affaires et celles de ses enfants. » Me Akari précise dans ce cadre que la belle-mère de Fatmé al-Nachar « lui a interdit l'accès à la maison ». « Selon Fatmé, c'est la belle-mère qui tire les ficelles et le mari qui exécute ses ordres à l'aveugle », constate l'avocat. Il assure qu'il n'entend pas laisser la belle-mère et le beau-frère échapper à la sanction et engagera des poursuites contre eux devant le parquet.
En ce qui concerne l'ONG Kafa, elle réitère son appel en faveur de « sanctions sévères à l'encontre du mari, un militaire qui est supposé défendre sa patrie et ses concitoyens et non les attaquer ».


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