La violence domestique semble être monnaie courante dans un pays qui va à vau-l'eau. Fatmé al-Nachar est la nouvelle victime en date de cette violence. Âgée de 28 ans, la jeune femme enceinte de neuf semaines a failli perdre la vie, n'était la Providence...
Dans les faits, Fatmé al-Nachar est mariée depuis cinq ans à B.S., soldat à la onzième brigade de l'armée. Jeudi, son épouse lui annonce qu'elle attend un enfant. C'est le quatrième, le couple ayant déjà une fille et deux garçons. « Depuis quelque temps, l'eau à la maison était coupée, le couple n'ayant pas payé les factures, explique à L'Orient-Le Jour l'avocat de Fatmé al-Nachar, Moustapha Akari. L'épouse propose au mari d'en parler au propriétaire, qui lui explique qu'il n'est pas responsable de cette situation et qu'il fallait se plaindre à l'Office des eaux. Elle lui fait part de la réponse du propriétaire, mais le mari la traite de menteuse. Il sort en lui disant qu'il va voir le propriétaire. » Mais lorsqu'il remonte, il est accompagné de sa mère qui n'a pas tardé à se répandre en injures. « Elle répétait à son fils que l'enfant n'était pas le sien, mais celui d'un des adjudants de l'armée », poursuit Me Akari. Pris d'une colère bestiale, le mari se mit à battre son épouse, lui assénant des coups à la tête et au visage. Entre-temps, sa mère lui frappe le ventre en criant « je vais te priver de ton enfant, je vais te le tuer », dans une tentative de la faire avorter.
La femme réussit à s'échapper vers la chambre à coucher. Le mari la suit et essaie de la calmer. Mais la mère s'immisce de nouveau dans le couple et réussit à envenimer encore plus la situation. Entre deux coups, Fatmé al-Nachar court vers la fenêtre et crie à l'aide. Mais sa belle-mère la rejoint et essaie de la jeter du troisième étage. « C'est à ce moment que la jeune femme fait une hémorragie, explique Me Akari. Mais elle réussit une fois de plus à échapper à son mari et à sa belle-mère. Elle sort de l'appartement tout en continuant à crier au secours. Arrive alors son beau-frère qui, enragé par ses appels à l'aide, la frappe à son tour pour la faire taire, question d'éviter "la honte". Ils se mettent à la battre à tour de rôle. » La jeune femme ne tarde pas à s'évanouir.
Alerté, son père Mohammad al-Nachar accourt au domicile conjugal. La belle-mère et le beau-frère s'étaient déjà enfuis. « Le mari ne tarde pas à prendre la fuite à son tour, emportant avec lui la carte de santé de ma fille, déplore-t-il. Il ne voulait pas qu'elle reçoive une aide médicale. »
Une violence récurrente
Issu d'un milieu pauvre, le père de la jeune femme ne savait pas quoi faire. Il la porte évanouie chez lui et fait ses contacts. « Grâce au ministre Fayçal Karamé, elle a été admise aux soins intensifs de l'hôpital islamique de Tripoli où elle a reçu les soins nécessaires, confie-t-il. Hier, elle était réveillée, mais elle sombre dans une vive dépression. Je suis très inquiet. Heureusement qu'on a pu la sauver, ainsi que le fœtus. »
Mohammad al-Nachar confie que ce n'est pas la première fois que sa fille subit l'ire de son mari. « Tous les voisins le savent », affirme-t-il. Plusieurs plaintes ont déjà été déposées contre lui. « À chaque fois, il promettait de ne plus recommencer, mais il recommençait, note-t-il. Je n'ai pas voulu qu'elle divorce pour ne pas briser la famille. Mais maintenant, je n'accepterai plus qu'elle lui revienne. Lorsqu'elle l'a choisi, j'ai consenti parce qu'il était militaire. N'est-il pas supposé agir conformément au slogan de l'armée "honneur, sacrifice, fidélité" ? Je n'ai jamais imaginé qu'il la maltraiterait. Depuis plusieurs mois, il ne lui donnait plus d'argent. C'est moi qui subvient à ses besoins et à ceux de ses enfants. Ils sont maintenant chez moi. Je ne sais pas quoi faire. Mes revenus sont limités. Ma situation est pire que celle des réfugiés syriens. »
Mohammad al-Nachar indique que la belle-mère de Fatmé « ne l'a jamais aimée ». « Elle l'accuse de leur donner des enfants malades », ajoute-t-il, soulignant que sa petite-fille souffre d'une leucémie et ses petits-fils de thalassémie. « Comment peut-on proférer de telles horreurs ? s'insurge-t-il. Ce n'est pas de sa faute si les enfants sont malades. Comme si leur état ne la faisait pas souffrir. »
Et d'insister : « La femme est victime d'injustice dans notre pays. Je ne comprends pas comment un homme peut lever la main sur elle. C'est elle qui enfante et qui s'occupe des enfants... En tant que citoyen et père, je rejette la violence. Je ne vais pas me taire. Je vais leur intenter un procès pour tentative de meurtre. D'ailleurs ils ont menacé de me tuer si l'un des trois malfaiteurs est arrêté. J'ai notifié les services de renseignements de l'armée. »
Soutien de Kafa
Alertée de l'affaire, l'ONG Kafa s'est chargée du dossier. « Nous avons désigné à Fatmé al-Nachar un avocat et nous sommes en contact avec la famille, affirme Leila Awada, avocate et membre de l'ONG. Nous les soutenons et leur offrons toute aide possible pour éviter qu'ils ne se résignent à d'éventuelles pressions, d'autant que leur situation financière est précaire. »
« J'espère que les hommes politiques n'interviendront pas dans le dossier, ajoute Me Awada. Bien au contraire, l'institution militaire à laquelle appartient le mari doit être ferme et émettre des sanctions sévères à son encontre. Ce dernier a pour devoir de défendre sa patrie et ses concitoyens. Comment est-il supposé le faire, alors qu'il se comporte de cette manière bestiale avec sa femme ? Comment peut-on lui faire confiance ? Comme le mari est un soldat, le dossier sera transféré au tribunal militaire. Or un civil ne peut pas se constituer partie civile devant le tribunal militaire. Seule une action publique est recevable. Nous espérons donc que le jugement ne sera pas retardé. Kafa suivra le dossier de près. Nous n'accepterons pas qu'il soit étouffé sous la pression. »
Affaire à suivre...
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QUEL AVIS DONNER ? SINON QUE CES GENS SORTENT TOUT DROIT DE LA JUNGLE !
15 h 36, le 11 janvier 2014