Liban

Dégradation sécuritaire et politique en vue...

Éclairage
03/01/2014

Brusquement, la situation s'emballe et les développements à la fois politiques et sécuritaires semblent s'accélérer. 2014 commence sur le chapeau des roues, sur une route malheureusement sanglante. Si l'explosion d'hier dans la rue principale de Haret Hreik semble moins importante que les précédentes du même genre, elle n'en reste pas moins un attentat qui vise la population de la banlieue sud de Beyrouth et donc, indirectement les partisans du Hezbollah, dans un lieu en principe sous son contrôle. Certes, l'idée « du périmètre de sécurité » qui regroupait, jusqu'à la guerre de 2006, les sièges de commandement du Hezbollah, a été abandonnée dans les plans de reconstruction de la zone sévèrement bombardée par l'armée israélienne, mais Haret Hreik continue à être un lieu hautement symbolique pour le Hezbollah et ses partisans, même si elle est devenue un quartier essentiellement résidentiel et commercial.


En dépit des avertissements relayés par les médias, les habitants de la région se sont précipités sur les lieux de l'explosion, alors que les responsables politiques de la région ont gardé un silence prudent. Ils évitent soigneusement de lancer des « accusations politiques », mais tous considèrent que depuis les précédents attentats, le Hezbollah se considère en guerre ouverte contre les takfiristes. L'explosion d'hier n'est donc qu'une nouvelle étape dans cet affrontement qui cherche à noyer dans le sang l'Irak, la Syrie et désormais le Liban. Certains y voient déjà la riposte hâtive à l'arrestation par l'armée libanaise du saoudien Majed el-Majed, soupçonné d'être « l'émir d'el-Qaëda » au Liban et qui aurait été chargé d'organiser et de structurer les forces de ce mouvement au Liban. Des cellules de ce mouvement auraient donc choisi de montrer à l'État libanais, mais surtout au Hezbollah qu'elles accusent de tirer les « ficelles sécuritaires » du pays, qu'elles continuent à être actives et efficaces.

D'autres préfèrent penser que l'attentat n'est pas lié à l'arrestation de Majed el-Majed, mais qu'il s'inscrit dans le cadre de la confrontation ouverte entre le Hezbollah et son public d'un côté et les groupes takfiristes en Syrie et au Liban de l'autre. D'autres encore font le lien entre les propos du président de la Chambre Nabih Berry sur le fait que la prochaine cible des assassins pourrait bien être chiite, pour augmenter encore plus la tension confessionnelle entre les communautés libanaises.

De leur côté, les médias du Hezbollah rappellent que le terrorisme est en train de se déplacer d'une région à l'autre et d'un camp à l'autre, pour bien montrer que les auteurs sont les mêmes et ils ont un objectif clair : plonger le Liban dans la discorde confessionnelle... Les interprétations ne sont pour l'instant pas basées sur des indices concrets, le seul élément de l'enquête étant que les services d'ordre ont pu retrouver une partie du moteur de la voiture, qui porte le numéro de châssis. Il a donc été facile d'en identifier le propriétaire, une dame de la famille Osman ? Mais comme c'était à prévoir, il s'agit d'une voiture volée dont il faudra donc tenter de retracer le parcours... Il est toutefois certain que le Liban est désormais en pleine période de turbulence accentuée par les divisions politiques.


La détermination du président Michel Sleiman d'annoncer en principe la semaine prochaine la naissance d'un nouveau gouvernement n'est visiblement pas pour arranger les choses. Des sources bien informées précisent que le chef de l'État a informé le chef du bloc parlementaire de la Résistance, Mohammad Raad, ainsi que le président de la Chambre Nabih Berry que sa décision est prise et qu'il juge indispensable dans cette période cruciale de doter le Liban d'un nouveau gouvernement pour reprendre plus ou moins en main les rênes du pouvoir. Sleiman aurait ainsi défendu l'idée selon laquelle rien n'indique que seul un gouvernement politique peut réaliser une entente nationale. Au contraire, dans cette période de tension, les personnalités moins ouvertement engagées et donc plus acceptables pourraient mieux servir l'intérêt national. Les mêmes sources révèlent que le président aurait déjà sa formule en poche, concoctée en collaboration avec le Premier ministre désigné Tammam Salam. Il s'agirait d'une équipe de 14 ministres (7 chrétiens et 7 musulmans). Les trois maronites pourraient être Marwan Charbel qui serait maintenu à son poste, d'autant que toutes les parties s'accordent à dire qu'il fait (autant que possible) du bon travail. Mais il y aurait aussi Jean Obeid et/ou Joseph Tarabay et Ziad Baroud. Les sunnites seraient Tammam Salam, Mohammad Machnouk et Adnane Kassar. Le druze serait Abbas Halabi. Un des deux grecs-orthodoxes serait Samir Mokbel et pour le grec-catholique, on parle de Fayez Hajj Chahine. Le nom du ministre arménien n'a pas été révélé et concernant les trois ministres chiites, des noms circulent, comme celui de l'ancien ministre Ibrahim Chamseddine, mais rien de déterminant n'a été avancé pour deux raisons : d'abord le chef de l'État a été échaudé par un choix précédent de ministre chiite et il ne veut pas rééditer l'expérience de Adnane Sayed Hussein et ensuite, avec le Premier ministre Tammam Salam, il souhaiterait ne pas soumettre les ministrables chiites à d'éventuelles pressions. Selon ses proches, le chef de l'État est convaincu qu'une telle décision est dans l'intêret du Liban et permettrait de préserver l'État au moins à un degré minimal.

Mais le Hezbollah et ses alliés ne partagent pas ce point de vue et considèrent qu'un tel gouvernement est de nature à augmenter encore plus les divisions et les problèmes dans le pays. Si ce gouvernement devait voir le jour, il devrait commencer par élaborer sa déclaration ministérielle avant de se présenter au Parlement pour un vote de confiance qu'il n'obtiendrait probablement pas. Il se transformerait ainsi en gouvernement chargé des affaires courantes jusqu'à l'échéance présidentielle... Un problème qui s'ajouterait ainsi à ceux qui existent déjà alors que le Liban plonge de plus en plus dans l'insécurité.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Toujours la même "Petite" histoire !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE TITRE AURAIT DÛ LIRE ET L'ARTICLE ÉCRIRE : VUE SUR LA DÉGRADATION SÉCURITAIRE ET POLITIQUE... PUISQUE ON Y NAGE ET ON Y EST PLONGÉ JUSQU'AU COU DÉJÀ !

FAKHOURI

Croire au Père Noël à notre age est une débilité sans aucun autre qualificatif. Cet article lu entre les lignes ne nous apprend rien du devenir du Liban
Les hypothèses sont irréalisables qu'à travers la bonne volonté du Hezbollah et de l'Iran.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVEC CE QUI SE PASSE LA DIVISION N'EST PLUS PERMISE. UNE RENCONTRE AU SOMMET DE TOUS LES CHEFS DES PARTIS EST URGEMMENT NÉCESSAIRE POUR DÉBATTRE UNIQUEMENT COMMENT PRÉSERVER LE PAYS DES CRISES DE LA RÉGION ET DU TERRORISME... ET NON PAS POUR S'ENTRE DEMANDER DES COMPTES !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ANALYSE DE LA LOGIQUE. MAIS LA DÉGRADATION EST ANCIENNE DÉJÀ ET BAT SON PLEIN AUJOURD'HUI... ELLE EST LÀ... C'EST LE POURRISSEMENT COMPLET QUI VIENT DE COMMENCER... COMPLOT DE CENTRES COALISÉS À CET EFFET, BIEN CONNUS, QUI ONT INTÉRÊT À FOMENTER UNE GUERRE CIVILE DANS LE PAYS. LE DIALOGUE IMMÉDIAT ET L'ENTENTE PEUVENT ENCORE SAUVER LE PAYS !

Michele Aoun

Le gouvernement - tel que concu par l'Occident et l'Arabie Saoudite - va etre forme la semaine prochaine, par MM. Sleiman et Salam. Moment-cle: ce qui va se passer est grave. On peut s'attendre a tout...

GEDEON Christian

A-normal...il y a quelque chose d'anormal dans ce dernier attentat,un truc qui colle pas.La pluralité des hypothèses avancées par Scarlett Haddad, avec une "neutralité" qui n'est pas sa caractéristique première,me conforte dans ce point de vue.Pour le reste ,il faut souhaiter bon courage et longue vie au Président de la République Libanaise,si on veut que ce titre et cette république aient encore un sens.Il s'engage sur le chemin difficile de l'honneur.

CBG

Oui bof, la partition du Liban est en route...chacun son Liban....chacun son bilan...

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