« L'enjeu principal désormais est de préserver la stabilité économique. » C'est en ces termes que l'ancien ministre des Finances Jihad Azour a résumé ce sur quoi devrait plancher le gouvernement dans les prochains mois à venir. Dans un entretien accordé à l'agence al-Markaziya, M. Azour a tracé un bilan de l'année 2013 en mettant en avant l'urgence d'œuvrer à préserver une stabilité socio-économique l'année prochaine. « 2014 est une année charnière au vu des multiples échéances sur le plan local et des transformations qui ont lieu dans la région », a rappelé le ministre.
Il déplore ainsi que la croissance a continué sa tendance baissière en 2013 et que la crise syrienne prend de plus en plus d'ampleur sur la scène locale, « notamment à cause des conséquences politico-sécuritaires de l'afflux toujours grandissant des réfugiés ». Jihad Azour met en outre en avant le fait que 2013 a été une occasion manquée pour le gouvernement en place. Selon l'ancien ministre, les politiques auraient mieux fait de mettre en œuvre des initiatives ne serait-ce que pour anticiper les débordements de la crise syrienne.
Parallèlement, M. Azour a appelé les politiques à prendre des mesures en amont afin de limiter autant que possible les conséquences de la guerre syrienne et d'anticiper les échéances locales.
Dans les détails, il préconise de systématiser en amont les opérations de financement du Trésor et d'y lever le niveau de liquidités. Il pointe en outre du doigt une augmentation injustifiée des dépenses non indispensables en 2013. Contacté par L'Orient-Le Jour, le ministre Azour s'insurge contre une augmentation des dépenses étatiques à l'heure où il aurait mieux valu se serrer la ceinture. « Il n'y a pas eu d'augmentation du prix du baril du pétrole qui pourrait justifier la hausse des transferts à l'EDL », a-t-il souligné, précisant au passage qu'en regardant de plus près, la hausse concerne surtout des « dépenses politiques », c'est-à-dire des dépenses qui sont exécutées dans le but de « faire plaisir à tel ou tel ministre ». Jihad Azour s'étonne aussi du discours du ministre sortant des Finances Mohammad Safadi qui indique « ne rien pouvoir faire au vu de la situation politique ». « Nous avons tous connu des années difficiles », a-t-il précisé, citant à titre d'exemple la guerre de juillet 2006 et l'embargo qui s'en est suivi, mais aussi la flambée du prix du baril de pétrole en 2007 à 140 dollars. « Nous avons, moi comme mes successeurs, pris des dispositions afin de contrôler les dépenses », a-t-il ajouté en martelant « à quoi sert donc le poste de responsable » ?
L'ancien ministre des Finances a également déploré une hausse record des dépenses d'année en année. « Cette année, les dépenses ont augmenté à tel point que le déficit public s'est creusé de 1,2 milliard de dollars sur les 9 premiers mois de l'année en cours », a-t-il rappelé, appelant le gouvernement à ne pas se contenter d'expédier les affaires courantes mais de gérer, de manière responsable et dans le respect de la Constitution, les finances publiques.
Il a également plaidé auprès des responsables de porter une attention particulière aux secteurs qui sont particulièrement touchés par la crise comme le tourisme ou encore les exportations.
Par ailleurs, revenant sur le dossier des réfugiés syriens, l'ancien ministre des Finances a indiqué que le problème n'était pas simplement humanitaire mais aussi socio-économique. « C'est un dossier qui devrait être traité de manière prioritaire et holistique et non pas comme un sujet secondaire », a-t-il ainsi souligné.
Enfin M. Azour a indiqué que la situation politico-sécuritaire ne devait en aucun cas être une excuse pour ne pas contrôler les finances publiques. « Pour l'instant nous n'avons pas ressenti auprès des responsables une volonté réelle de plancher sur la stabilité économique du pays », a-t-il résumé.
Économie - Bilan
Azour : Le principal enjeu, préserver désormais la stabilité économique
OLJ / le 28 décembre 2013 à 00h00


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