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Liban - Sécurité

Sawiri : déploiement militaire massif pour contenir un antagonisme latent

  La famille Janbein pointe du doigt les Brigades de la résistance, relevant du Hezbollah.

Les deux frères Ahmad et Khaled Janbein, tués lors du second round des accrochages, dimanche, ont été inhumés hier. Photos Danielle Khayat

Le village de Sawiri dans la Békaa-Ouest a été le théâtre hier d'un large déploiement militaire, avec des renforts d'une trentaine de blindés et l'établissement de barrages routiers qui ont fouillé chaque voiture, par crainte de nouvelles violences.


Un différend sur une priorité de passage avait dégénéré samedi en batailles rangées entre les deux familles Janbein (sunnite) et Chouman (chiite), faisant six tués et plusieurs blessés. Une dizaine de maisons ont d'autre part été incendiées. Ces violences avaient repris de plus belle dimanche lors de l'enterrement de Mohammad Saïd Janbein, dont le frère Farah a succombé également à ses blessures. Les deux frères étaient des soldats de l'armée. Cette nouvelle flambée de violence avait fait également deux tués de la famille Janbein, les deux frères Ahmad et Khaled, dont l'un était également soldat, tandis que Youssef Chouman et son fils étaient tués parallèlement par des tirs.


C'est à l'ombre d'un calme précaire que Ahmad et Khaled Janbein ont été enterrés hier, tandis que des membres de la famille Chouman évacuaient le village, sous le contrôle de l'armée. Des membres de la famille Janbein n'ont pas manqué de réclamer l'arrestation des meurtriers, pointant du doigt les Brigades de la résistance, relevant du Hezbollah, et des parties politiques qui fourniraient à la famille Chouman des armes.


Sur le plan judiciaire, le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, a chargé la police judiciaire de mener l'enquête, en coopération avec les services de renseignements de l'armée. Sept arrestations ont été effectuées depuis samedi, incluant Ali Abbas Chouman, dont le fils Charif est en fuite.


La tension entre les deux clans était toujours perceptible hier : l'enterrement de Youssef et William Chouman a été ajourné à aujourd'hui, à cause du refus exprimé par la famille Janbein de permettre d'enterrer les deux victimes dans le village. Mais ce refus a rapidement été géré par les dignitaires et notables sunnites, qui n'ont cessé de répéter hier que « le village appartient à tous ». « Tous veulent le retour des habitants au village », a déclaré le mufti de Zahlé et de la Békaa-Ouest, cheikh Khalil Meiss, devant les membres de la famille Janbein réunis au siège d'al-Azhar dans la Békaa.


De nombreux contacts ont été d'ailleurs effectués depuis samedi entre des responsables politiques et spirituels, faisant intervenir, aux côtés de cheikh Khalil Meiss, des députés de la région, dont Ziad Kadri. Le président de la Chambre Nabih Berry et l'ancien Premier ministre Fouad Siniora ont également veillé à maintenir le calme, après ces heurts révélateurs de l'antagonisme entre les deux clans.


« La situation s'est calmée aujourd'hui. Je souhaite que cela se confirme et que les habitants surmontent la discorde par le courage et la force, non par les menaces », a déclaré Ziad Kadri dans une entrevue télévisée. Le député du bloc du Futur a rappelé l'influence de la crise syrienne sur la situation sécuritaire du pays, jugeant néanmoins « inadmissible qu'un litige dégénère quasiment en guerre ».


Néanmoins, le député du même bloc Jamal Jarrah est allé plus loin, dénoncant « l'incitation à la discorde confessionnelle suscitée par les discours du Hezbollah, qui ont pour résultat que des litiges à caractère personnel dégénèrent en crime impliquant l'usage des armes, en l'occurrence celles des Brigades de la résistance ». « Les Chouman font partie des Brigades de la résistance, qui les arment, les entraînent et les soutiennent, a déclaré Jamal Jarrah. Ils lèvent les drapeaux du Hezbollah sur les balcons de leurs maisons d'une manière flagrante. »


De son côté, le député Robert Ghanem a appelé tous les habitants du village à « préserver leur traditionnelle convivialité ». L'incident « entre frères » a d'ailleurs été vivement stigmatisé par le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan. Un communiqué conjoint doit être publié sous peu au nom des habitants pour tourner la page de ces violences.

 

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