Singulière fonction que celle de vice-ministre des AE, dans la République fédérative de Russie. L'actuel détenteur du poste, qui jouit du rang d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, est un des plus brillants diplomates de son pays, doublé d'un fin spécialiste du Proche et du Moyen-Orient. Mais Mikhaïl Leonidovich Bogdanov est aussi le préposé au lancement de ballons d'essai, ces prises de position s'écartant nettement de la ligne officielle, et que le pouvoir central s'empresse invariablement de démentir, sitôt lâchés.
Plus d'une fois déjà dans le passé, les propos du diplomate ont été désavoués, sans qu'il s'en porte plus mal : après tout, c'est pour cela aussi qu'il est payé. Et c'est ce qui vient de lui arriver encore, après qu'il eut reproché à Bachar el-Assad de souffler sur la braise à quelques semaines de la conférence internationale de Genève, en se déclarant d'ores et déjà partant pour un nouveau mandat présidentiel. Mais en réalité, n'est-ce pas la Russie elle-même qui, entre petites phrases et démentis, attise le feu, en bloquant, par exemple, une condamnation onusienne des jets de bombes incendiaires sur les quartiers populeux d'Alep ?
Les États-Unis ne sont guère en reste de duplicité, qui claironnent chaque jour la chose et puis son contraire : qui vouent Bachar aux gémonies mais ne croient pas trop à son prochain départ ; qui en déniant à l'Armée syrienne libre un armement efficace par crainte de le voir tomber en de mauvaises mains, ont objectivement favorisé la montée en puissance des bandes extrémistes, à la grande satisfaction du tyran de Damas ; et qui, au nom du pragmatisme, en sont maintenant à envisager de nouer des contacts avec les fanatisés de ces groupes, partant du principe que la moins mauvaise des situations est encore la meilleure...
C'est dans un dilemme similaire, un même piège, que d'aucuns cherchent aujourd'hui à enfermer les Libanais, pris en effet entre le marteau d'un odieux terrorisme salafiste et l'enclume d'un Hezbollah aux méthodes non moins contestées. Qui n'est pas avec nous est contre nous, tonnait George W. Bush lors de sa désastreuse expédition en Irak. Assez ironiquement, c'est à la même outrance que sacrifiait, hier, Hassan Nasrallah quand il a qualifié de véritable déclaration de guerre le dernier manifeste du 14 Mars : accusation qui en d'autres circonstances eut prêté à sourire, car émanant d'un parti résolument guerrier par essence, et qui ne cesse de le rappeler d'ailleurs à ceux qui l'auraient oublié.
Ce grossier piège à la Bush, c'est sur ses propres auteurs qu'il faut le laisser se refermer, et cela en persistant à renvoyer dos à dos deux hérésies obscurantistes également dévastatrices. Ce double rejet, c'est désormais dans leur propre intérêt, avant même que celui des chrétiens, que doivent y souscrire, pendant qu'il en est encore temps, les musulmans de ce pays, sunnites et chiites confondus.
Deux dérives violentes se parant de la bénédiction céleste, deux faces d'une même monnaie : laquelle, sous peine de banqueroute générale, ne saurait avoir cours dans un pays tel que le Liban.
Issa GORAIEB
Plus d'une fois déjà dans le passé, les propos du diplomate ont été désavoués, sans qu'il s'en porte plus mal : après tout, c'est pour cela aussi qu'il est payé. Et c'est ce qui vient de lui arriver encore, après qu'il eut reproché à Bachar el-Assad de souffler sur la braise à...


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