Si pour le monde entier il était le colonel T.E. Lawrence surnommé Lawrence d'Arabie (génial d'ailleurs dans ce rôle), pour moi, alors jeune adolescente, il restera d'abord Mr Chips, directeur d'une école conservatrice à l'époque victorienne. Tendre et réservé, dissimulant sous son regard d'un bleu profond un feu incandescent d'émotions troubles, tel était Peter O'Toole, ce comédien shakespearien qui surfait de son allure dégingandée et sa silhouette gracieuse entre les vagues du cinéma et du théâtre sans pourtant récolter la juste consécration à son talent indéniable.
Alcoolique et « moody », selon les personnes qui le connaissaient, cet homme d'excès avait pourtant interprété des rôles inoubliables : Henri II d'Angleterre (dans le Becket de Peter Glenville d'après Anouilh, en 1964, puis dans Un lion en hiver, en 1968, d'Anthony Harvey, aux côtés de Katharine Hepburn) ou le professeur inhibé de Goodbye Mr Chips de Herbert Ross. Après sept nominations à l'oscar et cinquante ans de carrière entre échecs et triomphes sur les planches ainsi que sur grand écran, l'académie hollywoodienne lui remet, en 2003, un oscar pour l'ensemble de sa carrière. Il décroche encore une fois en 2006 une nomination pour Venus, une comédie de Roger Michell écrite par Hanif Kureishi. Mais une fois de plus, l'oscar lui échappe, ce qui lui permet d'obtenir le titre de l'acteur le plus souvent nommé sans avoir jamais gagné. Alors prenez garde, celui qui vient de nous quitter n'est pas seulement Lawrence d'Arabie. Il est une centaine de visages à la fois mais le public n'en a retenu qu'un seul. N'est-ce pas dommage ?


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