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Nos lecteurs ont la parole - Jean-Paul Moubarak

Et la cantatrice chauve ?...

Catulle Mendés, écrivain du XIXe siècle, affirmait que l'œuvre d'Alfred Jarry est une « dénonciation de l'éternelle imbécilité humaine, de l'éternelle luxure, de l'éternelle goinfrerie, de la bassesse de l'instinct érigé en tyrannie, des pudeurs, des vertus, du patriotisme et de l'idéal des gens qui ont bien dîné... ».
Alfred Jarry, auteur à succès de pièces de théâtre, avait fait de son personnage fétiche, Ubu, un mythe. Ubu n'est rien qu'un type qui a voulu être roi et, une fois qu'il l'est devenu, a marqué son règne par un despotisme et une tyrannie sans pareil, conséquences de sa bêtise sans limites.
Évidemment, nous ne ferons pas ici l'éloge de son œuvre. Mais le malheureux constat est le suivant de nos jours, soit une centaine d'années plus tard : les situations ubuesques (car l'adjectif est bien installé dans la langue) se sont perpétrées au fil des ans. Beaucoup de situations liées à la cupidité humaine et à la volonté de régner sans partage sont nées à partir de rien.
Mais, de nos jours, il y a bien pire.
La mort de Mandela a remis en avant ses faits d'armes, notamment la fin de la situation ubuesque de l'apartheid. Mais cela n'est rien à côté de ce qui se passe dans d'autres pays où de nombreuses violences ont eu lieu pour mieux assouvir des envies irrépressibles de pouvoir (Laos, Cambodge, République centrafricaine , Zaïre, etc.). Mais de telles situations peuvent se manifester aussi, masquées par un calme apparent dans un pays qui se veut serein, un pays qui se cherche dans la communauté internationale, un pays souvent utilisé comme bouée de sauvetage et qui se noie peu à peu dans les affres de situations qu'il ne peut plus contrôler.
Trop de problèmes ! Comment les résoudre ? On ne sait pas. On colmate les brèches qui aussitôt se rouvrent et restent béantes. Tout cela aux dépens de la population.
Et le peuple attend que ça s'arrange. Car il espère. C'est tout ce qui lui reste. Il n'a plus la force de parler devant l'absurdité d'une attente qui se révèle vaine. Les manques se font sentir et deviennent poignants. Que deviendra ce pays dans quelques années ? Doit-on encore espérer ?
C'est cette absurdité qu'a voulu mettre en exergue Eugène Ionesco, en jetant un regard ironique sur son pays, quand il a écrit La Cantatrice chauve. La Roumanie de l'époque serait-elle le miroir du Liban d'aujourd'hui (toutes proportions gardées évidemment) ? Qu'attendons-nous exactement de nos dirigeants ?
À cette question, Ionesco a répondu : « Et la cantatrice chauve ? »
Pas de cantatrice dans la pièce, mais un silence de mort en guise de réponse.

Jean-Paul MOUBARAK

Catulle Mendés, écrivain du XIXe siècle, affirmait que l'œuvre d'Alfred Jarry est une « dénonciation de l'éternelle imbécilité humaine, de l'éternelle luxure, de l'éternelle goinfrerie, de la bassesse de l'instinct érigé en tyrannie, des pudeurs, des vertus, du patriotisme et de l'idéal des gens qui ont bien dîné... ».Alfred Jarry, auteur à succès de pièces de théâtre, avait fait de son personnage fétiche, Ubu, un mythe. Ubu n'est rien qu'un type qui a voulu être roi et, une fois qu'il l'est devenu, a marqué son règne par un despotisme et une tyrannie sans pareil, conséquences de sa bêtise sans limites.Évidemment, nous ne ferons pas ici l'éloge de son œuvre. Mais le malheureux constat est le suivant de nos jours, soit une centaine d'années plus tard : les situations ubuesques (car l'adjectif est bien...
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