L'arrivée de l'hiver, qu'il s'appelle Alexa ou Géraldine, est toujours un moment délicat dans un pays où l'imprévoyance est reine. C'est sans doute parce qu'elles se sentent un peu morveuses que les autorités ont fait tout ce tintouin autour d'un phénomène météorologique somme toute normal pour la saison. La vraie panique, il aurait fallu l'avoir quelques semaines avant la première pluie, mais ça y est, les routes ont été inondées comme de tradition et le gouvernement s'est pris sa première volée d'insultes. Il lui restait à se rattraper avec la neige, d'où les recommandations quasi maternelles que nous avons reçues des gendarmeries la semaine dernière : « Couvre-toi bien, n'oublie pas ta petite laine, ne sors qu'en cas d'urgence, ne conduis pas trop vite, ne prends pas les routes de montagne, fais des provisions, mange ta soupe » etc.
Par delà ces délicates attentions, nous savons bien que la réalité est tout autre. S'« ils » nous demandent de rester chez nous, s'« ils » ferment les écoles, c'est conformément à la stratégie des parents qui envoient les enfants dans leur chambre : pour avoir la paix. Pas de gens sur les routes, pas de bouchons à gérer, pas de gros soucis sécuritaires. Dans les commissariats de quartier, sous le néon qui tremblote, entre la table du chef, le lit de camp du factionnaire et le chauffage électrique que chacun tâte à son tour pour voir s'il chauffe, on pourra enfin s'asseoir sur ces chaises héroïques en simili cuir éventré, et servir le thé avec des biscuits Marie dans des verres Duralex (et le boire avec beaucoup de sucre en levant le petit doigt). Après tout pourquoi pas.
Il est vrai que sous nos latitudes l'hiver est traître. Il se fait attendre mais déboule souvent sans s'annoncer, souvent en grande pompe. En 1983, plus d'une dizaine d'automobilistes, piégés par une neige subite, sont morts du reflux des gaz d'échappement à l'intérieur de leurs habitacles. Les opérations de sauvetage furent héroïques, avec les moyens dérisoires de l'époque. On ne l'a pas oublié. Heureusement, la solidarité chez nous remplace les précautions. Dans l'urgence, on peut toujours compter sur quelqu'un. Et l'hiver rend bon. Cette grande dépression météorologique, avec ses nuits interminables, n'est pas forcément triste. Elle réveille en nous un besoin de nous serrer les coudes, de savoir tout le monde au chaud, nourri, soigné, aimé, sécurisé. On voudrait du confort pour les malades, les réfugiés, les vagabonds, les enfants des rues, les chats errants. On en voudrait pour la Petite fille aux allumettes. On voudrait être là avant que sa grand-mère ne l'emmène en son paradis. Il suffirait de la mettre à l'abri. On voudrait.


Superbe Fifi! Tu nous fais toujours rever avec tes mots magiques....
17 h 09, le 26 décembre 2013