Une vue de l’assistance, hier, à l’hôtel Phoenicia. Photo Ibrahim Tawil
À première vue, le groupe de pression Civic Influence Hub (ou CIH), fondé en 2012 par trente-trois éminents hommes et femmes d'affaires, ressemble à une liaison souple entre la société civile et les décideurs : les acteurs civils sont affranchis du sentiment d'impossible et les responsables sont incités à mettre en œuvre les plans de réforme proposés.
Autrement dit, aucun prétexte ne devrait contrer la mise en application du premier plan de réforme élaboré dans ce sens par le CIH, à savoir le plan quinquennal Blue Gold pour le redressement du secteur de l'eau.
C'est en tout cas ce message qui aura imprégné la cérémonie officielle de lancement de Blue Gold et de la campagne pour sa mise en œuvre.
« Éveiller la conscience »
Le cadre solennel de la cérémonie, qui a regroupé à l'hôtel Phoenicia quelques centaines de figures de tout bord, aura surtout été marqué par la présence haute en symbole du président de la République, Michel Sleiman.
C'est que l'enjeu de « l'éveil de la conscience nationale » a rythmé les discours des intervenants, tous issus du CIH, en même temps que se succédaient les chiffres et les descriptions des principaux points du plan Blue Gold, diffusés sur quatre écrans géants, alors que se faisait entendre, comme une apaisante musique de fond, un ruissellement d'eau. « L'eau ravive et unifie le corps malade », selon la métaphore de Wafaa Saab.
Invoquant comme « une constante » la perception « fédératrice » de l'économie, le CIH vise à « unifier les Libanais autour de projets économiques » minutieusement exposés, selon les propos du directeur exécutif du CIH, Ziad Sayegh, dans son discours d'ouverture.
L'enjeu est d'inciter d'une part la société civile à prendre action pour leur mise en œuvre, l'une des priorités étant « d'engager cette société civile à assumer des responsabilités », et d'autre part à « renforcer la notion de partenariat public-privé, en l'écartant de toute forme de politisation ou de parti pris », a-t-il ajouté.
Alors que l'expert Assaad Rizk a appelé à « une coopération créatrice, seule capable de produire un choc objectif et positif », Hachem Koussa a déclaré le lancement du réseau « CIH Network, ouvert à tous ceux qui désirent participer à la réforme en tant que collaborateurs, sponsors ou ambassadeurs ».
Vote nécessaire
Le plan Blue Gold est à même d'illustrer cette contribution, puisque sa mise en œuvre ne sera entamée qu'avec la création d'un Conseil national de l'eau, en vertu d'une loi. « L'élaboration du projet de loi est presque achevée », a précisé l'ingénieur Élie Gebrayel, insistant sur « la nouveauté de ce modèle, dont la première moitié est formée d'experts et la seconde de représentants des ministères concernés ».
Mais cette démarche ne trouvera sa légitimité, et donc son outil de pression, qu'à travers « le vote de chaque Libanais en faveur du projet, sur le site bluegoldlebanon.com, ou sur Facebook, ou par SMS au 1329 », comme l'a rappelé Naïla Kettaneh-Kunigk.
L'enjeu est de mettre sur pied le plan Blue Gold en 2015, afin d'aboutir en 2020 à un surplus d'eau de 500 millions de mètres cubes par an (le pays souffre d'un déficit annuel d'environ 73 millions de mètres cubes, chiffre de 2011).
Une campagne publicitaire meublera toute l'année prochaine afin d'informer le public des principaux points de ce plan, à savoir : la construction de quinze barrages sur tout le territoire selon la méthode de vases communicants, « à l'heure où le pays ne compte que deux barrages partiellement fonctionnels » ; une collecte efficace de l'eau de pluies au niveau des immeubles ; le reboisement afin de favoriser la rétention de l'eau par les racines ; l'adoption de techniques d'irrigation plus efficace ; la réhabilitation des canalisations d'eau de manière à en réduire le gaspillage, ce dernier atteignant aujourd'hui un taux record de près de 50 % (la moitié du volume d'eau à la source est perdue en chemin) ; la réhabilitation des canalisations devrait également rendre l'eau entièrement salubre, sous la supervision d'un centre national de contrôle de qualité, relié à des centres régionaux, que le plan prévoit d'établir ; le plan prévoit ainsi, par un calcul mathématique, une réduction des factures d'eau.
Si ces points se rapprochent de la stratégie nationale existante (mise à jour il y a deux ans sous le ministre Gebrane Bassil, qui était d'ailleurs présent à la cérémonie hier), le CIH revient sur la collaboration qu'il entretient et juge nécessaire avec le secteur public. « Loin de nous l'idée d'une privatisation du secteur : notre concept se base sur le principe de l'opérateur responsable – ou fournisseur de service – qui refuse toute monopolisation », a insisté l'ingénieur Fahd Sakkal. C'est seulement dans cette perspective que le CIH se dit disposé à financer intégralement le plan évalué à cinq milliards de dollars US, près de 2,4 milliards de moins que le coût de la stratégie nationale.
« Nous sommes une équipe sans leader ni intérêt personnel, nous sommes entièrement indépendants et jugeons que le détenteur d'un droit, en l'occurrence l'eau, est souverain », a conclu Farid Chéhab.
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18 h 44, le 11 décembre 2013