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Les couleurs du rêve

Que de matière à songes dans cette épopée Mandela que saluait hier, d'une même voix, l'univers tout entier !

Ni grand conquérant ni archange tout droit sorti d'un conte de fées, le leader sud-africain et icône du continent noir alliait en son exceptionnelle personne les plus contradictoires des traits. C'est ainsi un homme assoiffé de revanche, ou même de vengeance, qui, en toute logique, devait émerger de 27 ans d'emprisonnement ; c'est au contraire un philanthrope qui a cligné des yeux à l'aveuglant soleil de la liberté.

Irréductible révolutionnaire, c'est par le dialogue, la négociation, la réconciliation – et inévitablement aussi le pardon – qu'il aura finalement atteint son but : l'édification d'un État biracial rompant avec trois siècles et demi d'apartheid et au sein duquel tous les citoyens sont politiquement égaux, même si la justice économique reste encore à faire.

Ce qui devrait surtout frapper les Libanais, et plus généralement les Arabes, ce sont les qualités de courage et d'humanité qui, solidairement et conjointement, marquaient de leur empreinte l'action de Nelson Mandela. Le courage brut ne manque guère, certes, sous nos tropiques, mais on pourrait déplorer sa fâcheuse propension à se transformer en délirante, brutale, impitoyable témérité. Or le courage ne saurait se mesurer à l'aune de la haine sectaire, de l'oppression, de la pathologique nostalgie des temps moyenâgeux, du culte du martyre, pour ne pas dire du suicide. Le courage, le vrai, consiste, comme ce fut le cas pour Mandela, à gagner son pari de vie, de développement et de progrès dans le respect de l'autre et le rejet de tout esprit de domination, de toute effusion de sang.

En rassemblant sous le même toit étatique des populations noires et blanches, cet alchimiste de génie a donné une coloration unique au concept de démocratie. Du noir brut, du noir de deuil, c'est tout ce qu'ont à proposer les faux prophètes, les prophètes de malheur.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Que de matière à songes dans cette épopée Mandela que saluait hier, d'une même voix, l'univers tout entier !
Ni grand conquérant ni archange tout droit sorti d'un conte de fées, le leader sud-africain et icône du continent noir alliait en son exceptionnelle personne les plus contradictoires des traits. C'est ainsi un homme assoiffé de revanche, ou même de vengeance, qui, en toute logique, devait émerger de 27 ans d'emprisonnement ; c'est au contraire un philanthrope qui a cligné des yeux à l'aveuglant soleil de la liberté.
Irréductible révolutionnaire, c'est par le dialogue, la négociation, la réconciliation – et inévitablement aussi le pardon – qu'il aura finalement atteint son but : l'édification d'un État biracial rompant avec trois siècles et demi d'apartheid et au sein duquel tous les citoyens sont...