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Nos lecteurs ont la parole - Lina Sleiman

Ceci n’est pas une lettre...

Messieurs les dirigeants,
Ceci n'est pas une lettre puisque, tout simplement, vous n'allez pas la lire. Et si quelqu'un vous la lira, il tentera de vous expliquer son implicite alors qu'elle n'en contient aucun.
Messieurs,
Je vous regarde à la tête d'un pays. Mais quel pays? Un pays disloqué par les confessions, déchiré par les bombes, blessé au cœur par ses propres dirigeants. Entre un Tripoli chaque jour fusillé, un Saïda qu'un quidam de Assir a gouvernée, une banlieue cible d'attentats-suicide et un Beyrouth qui festoie chaque jour jusqu'à l'aube, quel pays gouvernez-vous? Ce même pays dont les immeubles s'écroulent un à un, pour céder la place à des gratte-ciel qu'aucun Libanais n'habiterait, et – gloire à notre capitale classée fièrement la 37e la plus chère mondialement – quel pays gouvernez-vous? Un pays dont les citoyens meurent de faim, ou mendient, ou s'entre-tuent; un pays qui compte plus d'étrangers que ses propres citoyens à qui aucune garantie n'est offerte et à qui on demande lâchement d'être patriotes. Quel pays gouvernez-vous? Un pays où la loi du plus fort est toujours la meilleure.
Vous faites votre apparition à la télévision, endimanchés tous pour un jour de fête alors qu'il faut porter le noir. Protocole exige? Vous prônez les plus hautes valeurs et condamnez les actions que ce sont toujours d'autres qui font, alors que vous êtes tous rongés par les vers de la corruption. Vous apprenez à nos enfants l'hypocrisie et vous vous demandez pourquoi le pays court à sa perte. La réponse est simple: vous êtes tous l'exemple que nos jeunes suivent; c'est vous qu'ils voient et imitent et – nous le savons tous – le chemin du mal est beaucoup plus facile à emprunter et au diable les bonnes intentions.
Vous avez tous peur pour votre vie. Vous bloquez les routes à votre passage, des routes qui sont déjà, comme ce pays, maintes fois crevassées, maintes fois refermées, et maintes fois crevassées encore. Votre vie serait-elle plus chère que celle de mille autres citoyens qui meurent sans avoir été assassins? Ou bien s'agit-il de votre figure et du rôle que vous jouez dans ce pays? Oui, il s'agit bel et bien d'un rôle parce que vous êtes tous des acteurs, des figurants qui regardent le drame sans réagir, sans même s'émouvoir de cette plaie qui saigne à mort. Néanmoins, la fonction d'une pièce de théâtre est cathartique, mais nos citoyens – spectateurs léthargiques – n'ont jamais appris de leurs erreurs. Cette amnésie nationale, ce phénix qui renaît de ses cendres, est une malédiction, une tare transmise de père en fils. L'histoire ne sera plus jamais écrite. Cheikh Béchara el-Khoury et Riad el-Solh se retournent dans leurs tombes et pleurent. Ils pleurent ces lambeaux de pays qui, un jour pourtant, formaient un cœur, une âme, un pays.
Messieurs les dirigeants,
C'est un cri du cœur qui vous est lancé et que vous n'entendrez jamais.

Lina SLEIMAN

 

Messieurs les dirigeants,Ceci n'est pas une lettre puisque, tout simplement, vous n'allez pas la lire. Et si quelqu'un vous la lira, il tentera de vous expliquer son implicite alors qu'elle n'en contient aucun.Messieurs,Je vous regarde à la tête d'un pays. Mais quel pays? Un pays disloqué par les confessions, déchiré par les bombes, blessé au cœur par ses propres dirigeants. Entre un Tripoli chaque jour fusillé, un Saïda qu'un quidam de Assir a gouvernée, une banlieue cible d'attentats-suicide et un Beyrouth qui festoie chaque jour jusqu'à l'aube, quel pays gouvernez-vous? Ce même pays dont les immeubles s'écroulent un à un, pour céder la place à des gratte-ciel qu'aucun Libanais n'habiterait, et – gloire à notre capitale classée fièrement la 37e la plus chère mondialement – quel pays gouvernez-vous? Un pays dont...
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