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Liban - Portrait

« J’ai planté des millions d’arbres, je peux dormir tranquille la nuit »

Anne Hallum est cette année l'une des lauréates de l'initiative « Momentum for Change », mise en place par l'UNFCCC*. Son expérience pourrait être précieuse pour les agriculteurs libanais. Voilà pourquoi.

Anne Hallum : « Nous avons fait notre part, que chacun fasse la sienne. Si une petite ONG peut planter quatre millions d’arbres, alors chacun peut agir. »

Une histoire fascinante que celle d'Anne Hallum, une Américaine tombée un jour amoureuse du Guatemala, assez pour y créer une ONG, AIR (Alliance internationale pour la reforestation). Pour cette experte et professeure en sciences politiques basée en Floride, rencontrée à Varsovie lors du dernier sommet sur le changement climatique clôturé la semaine dernière, un voyage au Guatemala en 1992 avec ses étudiants a constitué un tournant dans sa vie. Pour aider les fermiers locaux, elle a tenté – et réussi – une expérience d'un reboisement bien particulier dans un pays qui a, comme le Liban, une agriculture problématique et un déboisement dramatique.


« Au Guatemala, j'ai été frappée par deux faits en particulier : d'une part, les montagnes déboisées et les coulées de boue, et, d'autre part, la pauvreté rurale et la faim, raconte-t-elle. Je me souviens de mon sentiment quand j'ai tenu dans mes bras une fillette victime de malnutrition. C'est là que j'ai fait le lien entre le déboisement, l'érosion et le manque de nourriture. »


Taraudée par le sentiment de devoir agir, Anne Hallum, revenue chez elle, décide de créer une ONG au nom ambitieux. Avec un de ses étudiants, elle adopte un concept qui va s'avérer très efficace : le reboisement en parallèle avec l'éducation.
AIR se fonde sur l'idée d'agroforesterie, c'est-à-dire celle de planter des arbres dans le cadre de projets agricoles. « Nous craignons que les efforts globaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne négligent les fermiers, souvent accusés de déboiser pour planter leurs champs, dit-elle. Nous voulions introduire les arbres dans l'agriculture et avons créé de nombreuses pépinières pour cela. » L'ONG propose aux fermiers un programme de reboisement sur leurs terres qui dure cinq ans, au cours desquels elle leur organise des sessions de formation régulières.


Anne Hallum explique que les arbres présentent de nombreux avantages dans ce contexte. « Par exemple,
planter certaines espèces d'arbres dans des champs de maïs ou de haricots peut aider à fertiliser les cultures, explique-t-elle. D'autres éloignent les insectes ravageurs. D'autres encore constituent des barrages naturels contre le vent et protègent contre l'érosion. Certains arbres conservent l'eau ou ont des feuilles à haute teneur en protéines pour le fourrage des animaux, ou encore grandissent à très grande vitesse, etc. »
Le résultat de plus de vingt ans d'action est remarquable : grâce à AIR, plus de quatre millions d'arbres ont été plantés. Vu le programme éducatif de cinq ans qui accompagne la plantation, le taux de survie de ces arbres est de plus de 90 % et ils améliorent les cultures. Un programme très durable en somme. « Notre petite ONG est active dans 130 communautés de deux États du Guatemala, elle est présente dans 10 écoles », ajoute-t-elle.

 

(Lire aussi : Comment préserver et promouvoir la forêt méditerranéenne)

 

Quatre millions d'arbres, un million de tonnes de CO2 absorbé
Quels impacts du changement climatique a-t-elle constatés sur le terrain ? « Il y a davantage de coulées de boue très graves au Guatemala, souligne Anne Hallum. L'une des raisons est le déboisement, et pour cela nous plantons des arbres aussi vite que nous pouvons. Et l'autre est une profonde modification du régime de précipitations, qui compte davantage d'averses. Des études scientifiques ont montré que le changement climatique en est responsable. » Elle ajoute cependant que son action représente un intérêt certain dans la lutte contre ces événements extrêmes. « Les arbres peuvent arrêter les coulées de boue, ce qui rend notre action significative, dit-elle. Il faut savoir aussi que quatre millions d'arbres représentent une économie d'un million de tonnes de carbone émis dans l'atmosphère (NDLR : les arbres absorbent le carbone). »


Anna Hallum assure que la spécialiste des sciences politiques qu'elle est se félicite de cet honneur que lui fait l'UNFCCC en lui remettant un prix dans le cadre de son programme « Light House Activity ». « Il est encore plus important pour moi de constater qu'une petite organisation comme AIR peut faire partie d'une manifestation aussi importante, dit-elle. Cela veut dire que même une petite structure peut planter quatre millions d'arbres... Le message que l'on transmet est le suivant : c'est faisable. »


Le fait d'être une femme a compté dans le succès de son projet, bien que ça lui ait rendu la vie difficile au début de son action. Anne Hallum se souvient des premières années de son activité, au cours desquelles il lui a fallu s'imposer dans un monde agricole machiste. Mais son activité a beaucoup aidé les femmes, assure-t-elle, dans plus de trois mille familles. « Nous n'avons pas commencé en tant qu'organisation féminine, mais nous nous rendons compte que 75 % des personnes qui choisissent de travailler avec nous sont des femmes, n'est-ce pas fascinant ? affirme-t-elle. C'est peut-être parce qu'elles sont plus proches de la terre, qu'elles se soucient davantage de l'avenir de leurs enfants, qu'elles ressentent plus de responsabilité sociale... »
Pourtant, le projet de Hallum a suscité des oppositions farouches de fermiers qui ne voulaient pas modifier leurs méthodes de travail, consistant à déboiser tout simplement. « Nous leur rétorquions que cette méthode pouvait convenir à une population de quatre millions, pas de quatorze, que ce n'est plus durable », nous
explique-t-elle.

 

(Lire aussi : La forêt méditerranéenne dans tous ses états)

 

« Frustrée et effrayée »
Interrogée sur le financement de son organisation, Anne Hallum lance, avec beaucoup d'humour, qu'il lui faut « taper des portes pour demander de l'argent ». Elle espère avoir des dons plus importants pour mettre ce modèle de cinq ans en application dans d'autres régions.


Mais la militante se dit « frustrée et effrayée » par l'immobilisme qui caractérise actuellement les négociations mondiales sur le changement climatique. « Comme beaucoup d'autres, j'ai transformé cette frustration et cette peur en une action sur le terrain, poursuit-elle, luttant difficilement pour contenir ses larmes. Une des raisons pour lesquelles j'ai fondé AIR, c'est que je voulais pouvoir dormir la nuit, la conscience tranquille. »
Elle ajoute : « Au moins, nous aurons planté ces quatre millions d'arbres. Imaginez-vous ce sentiment ? Nous avons fait ce que nous pouvions, que chacun joue le rôle qu'il lui est donné de jouer. »

*La Convention cadre des Nations unies pour le changement climatique (UNFCCC) a créé le programme « Momentum for Change » en vue de récompenser les initiatives personnelles dans la lutte contre le changement climatique. Des prix ont été distribués cette année à Varsovie à plusieurs femmes pionnières dans leurs communautés.

 

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Une histoire fascinante que celle d'Anne Hallum, une Américaine tombée un jour amoureuse du Guatemala, assez pour y créer une ONG, AIR (Alliance internationale pour la reforestation). Pour cette experte et professeure en sciences politiques basée en Floride, rencontrée à Varsovie lors du dernier sommet sur le changement climatique clôturé la semaine dernière, un voyage au Guatemala en 1992 avec ses étudiants a constitué un tournant dans sa vie. Pour aider les fermiers locaux, elle a tenté – et réussi – une expérience d'un reboisement bien particulier dans un pays qui a, comme le Liban, une agriculture problématique et un déboisement dramatique.
« Au Guatemala, j'ai été frappée par deux faits en particulier : d'une part, les montagnes déboisées et les coulées de boue, et, d'autre part, la pauvreté rurale et...
commentaires (4)

E X C E L L E N T E INITIATIVE A SALUER TRÈS TRÈS FORT.... !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

16 h 38, le 26 novembre 2013

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Commentaires (4)

  • E X C E L L E N T E INITIATIVE A SALUER TRÈS TRÈS FORT.... !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    16 h 38, le 26 novembre 2013

  • JE CORRIGE. IL Y A POUR, DONC CONDITIONNEL : POUR QUE NOUS VIENDRIONS FRÉQUEMMENT VISITER ETC... MERCI.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    15 h 05, le 26 novembre 2013

  • Félicitation Madame..., mais dans notre pays ,c'est les arbres à cames qui nous bouffent l'oxygène...!

    M.V.

    12 h 43, le 26 novembre 2013

  • BRAVO À CETTE ONG PLANTEUSE D'ARBRES ! MAIS JE ME DEMANDE SI C'EST POUR çA QUE LE MINISTRE ABBOUD APPELLE LES LIBANAIS EXPATRIÉS À VISITER LE LIBAN POUR CONTRER LE TERRORISME. JE LUI DIRAI PLUTÔT : C'EST À L'ETAT DE CONTRER TOUTE FORME DE TERRORISME, DE QUI QUE CE SOIT, CHER MINISTRE, ET D'IMPOSER L'ORDRE ET LA SÉCURITÉ POUR QUE NOUS VENIONS FRÉQUEMMENT VISITER NOTRE PAYS, SANS RISQUER D'ÊTRE ENLEVÉS OU DE VOYAGER AD PATRES !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 10, le 26 novembre 2013

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