À quelques dizaines de kilomètres de Tokyo, de jeunes Japonais s’adonnent à la vinothérapie, histoire de rappeler que « Dionysos n’était pas seulement le dieu de la vigne mais aussi celui du théâtre ». Toshifumi Kitamura/AFP
De France au mont Fuji où l’on se baigne dedans en passant par le Manneken Pis de Bruxelles qui le « distille » par voie naturelle, le beaujolais nouveau, sorti hier, a coulé à flots même si l’enthousiasme de certains pays s’est amoindri.
« Beaucoup de fruit, du croquant, du gouleyant et de la fraîcheur... » Le millésime 2013 de ce vin qui n’a fermenté que quelques jours est comme à l’habitude du gamay noir à jus blanc venant des 18 000 hectares de vignes implantées dans le centre-est de la France. Considéré par ses détracteurs comme un « vin industriel » de qualité médiocre et sans lien avec les Beaujolais-Villages ou les dix crus recensés dans ce vignoble, le primeur tentait cette année de retrouver quelques lettres de noblesse. « Ce beaujolais nouveau me faisait un petit peu peur parce que la vendange était tardive, et finalement il se révèle très précoce, on le sent robuste, il a des parfums de mûres, de framboises, même un petit peu de cerises », a résumé l’écrivain français Bernard Pivot, spécialiste du vignoble. La sortie du beaujolais nouveau est « plus un événement qu’une boisson », a ironisé de son côté Hugh Johnson, lui aussi écrivain mais britannique, spécialiste réputé en vins.
À Bruxelles, la célèbre petite statuette du Manneken Pis, fontaine surmontée d’un petit garçon urinant, répandait le breuvage rouge et non plus son eau habituelle. Au Japon, le rituel annuel a été respecté dans une station thermale proche du mont Fuji avec la proposition d’un bain de beaujolais nouveau, présumé bon pour la peau, jumelée à une dégustation. Le Japon est de loin le premier marché d’exportation du beaujolais nouveau, avec des ventes trois fois plus importantes qu’aux États-Unis. En Asie, Chine ou Singapour restent aussi friands de ce vignoble. La dégustation chinoise s’est faite dans certains bars sur fond de chants révolutionnaires...
Qu’en sera-t-il pour le beaujolais dans cette contrée dans dix ou vingt ans ? Selon l’anthropologue Boris Petric, les Chinois seront à l’avenir « un acteur-clé de l’économie viticole ». « Ils ont décidé d’être un grand producteur et seront, en superficie et en volume, le premier vignoble au monde d’ici à cinq ans », explique-t-il. En Europe, l’effet beaujolais nouveau semble dans certains pays passé de mode. Au-delà de quelques soirées à thème ici ou là, l’Allemagne, et encore moins la Pologne, ne participent pas ou plus à l’engouement. La Russie maintient son intérêt, « le même qu’il y a dix ans », selon le service de presse des magasins spécialisés dans le vin, Aromatnïï Mir. À Londres, où vit une importante communauté française, le breuvage qui semble là aussi en perte de vitesse fait paradoxalement l’objet de Beaujolais Breakfasts dans certains bars à vin.
(Source : AFP)


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