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Un toit, des murs

Nul pays au monde, aussi organisé et policé soit-il, n’est totalement à l’abri du terrorisme, surtout quand celui-ci est l’œuvre d’illuminés suicidaires qui ne donnent pas plus cher de leur propre vie que de celle de leurs victimes. Il est des pays cependant que tout désigne implacablement aux coups du terrorisme ; en perdant leur unité nationale, c’est de déficience immunitaire, ce sida des États faillis, qu’ils souffrent en effet. En l’absence d’une autorité réellement fédératrice, leurs peuples sont livrés aux divisions, sinon à l’éparpillement. De paille et de brindilles sont de tels édifices ; sans toit, sans murs, ils sont ouverts à toutes les tempêtes soufflant du dehors.

Pour épouvantable qu’il fut, notamment par le recours à des kamikazes, l’attentat meurtrier contre l’ambassade d’Iran ne constituait pas exactement une surprise. Alimenté en direct par la guerre civile de Syrie, le cycle de violence criminelle n’a épargné en effet ni la banlieue chiite de Beyrouth ni Tripoli la sunnite. Et ni le lymphatique déploiement de l’armée dans la capitale du Nord ni le dispositif bâtard (mi-force publique et mi-force milicienne) mis en place dans la banlieue ne permettent d’espérer que la série noire tire à sa fin. Pour cette raison devrait enfin s’imposer aux protagonistes de la crise cet élémentaire constat : avant même que de s’attaquer à ses inextricables problèmes, c’est désormais de sa simple survie qu’est tenu de se soucier, de s’inquiéter en priorité, le Liban.

L’hécatombe de Jnah est venue endeuiller une fête de l’Indépendance qu’en tout état de cause nous nous obstinons à célébrer, moins par conviction que par une sorte de superstition. La notion de citoyenneté, d’appartenance exclusive au pays du Cèdre, se perd à son tour dans la clameur des factions se réclamant ouvertement d’alliances et protections étrangères. Renfloué un moment par l’accord de Taëf, le pacte national bat à nouveau de l’aile et l’irruption des armes sur la scène politique a paralysé les institutions étatiques. Pire encore, ces mêmes armes, fourvoyées dans la mêlée syrienne, auront attiré les plus grandes calamités sur le pays tout entier, déjà submergé par un flot continu de réfugiés.

Du Hezbollah nul n’attend sérieusement qu’il se désengage de Syrie, comme l’exige le 14 Mars en préalable à toute cohabitation au sein d’un même gouvernement ; la milice vient au contraire de doubler sa mise en participant activement à l’actuelle offensive du régime Assad dans la région de Qalamoun, limitrophe du Liban. Mais on ne saurait se résoudre pour autant à l’idée d’un Liban taillé au goût et à la mesure du Hezbollah, au lieu d’une milice adaptant elle-même son slogan de résistance à Israël aux impératifs de sécurité, intérêts et capacités du Liban.

Comme après chaque catastrophe se sont multipliés hier les appels à la reprise du dialogue national. Or c’est au frigo qu’il faut le reléguer, pour un temps, ce fantomatique dialogue qui n’est en réalité qu’un consternant échange d’invectives, d’aucuns en venant même à menacer de trancher les mains de l’adversaire ! Il y a mieux et plus urgent à faire, et c’est renoncer de part et d’autre aux conditions et exclusives ; c’est doter enfin le pays d’un gouvernement apolitique, neutre, formé d’hommes et de femmes de bonne volonté voués au service des citoyens à l’abandon.

Loin des vociférations et du dérisoire vedettariat idéologique, c’est de tels maçons qu’il faut pour
rebâtir ne serait-ce que des pans de murs. Qu’une ébauche de toiture.

Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb

Nul pays au monde, aussi organisé et policé soit-il, n’est totalement à l’abri du terrorisme, surtout quand celui-ci est l’œuvre d’illuminés suicidaires qui ne donnent pas plus cher de leur propre vie que de celle de leurs victimes. Il est des pays cependant que tout désigne implacablement aux coups du terrorisme ; en perdant leur unité nationale, c’est de déficience immunitaire, ce sida des États faillis, qu’ils souffrent en effet. En l’absence d’une autorité réellement fédératrice, leurs peuples sont livrés aux divisions, sinon à l’éparpillement. De paille et de brindilles sont de tels édifices ; sans toit, sans murs, ils sont ouverts à toutes les...