Sayyed Hassan Nasrallah est certainement un tribun talentueux, un politicien accompli et un disciple convaincu et discipliné de la wilayet al-faqih. Cet ensemble de qualités a fait de lui le chef d’une organisation militaire et d’un parti politique qui n’ont malheureusement de libanais que la composition de leurs adhérents et leur appartenance à une de ses principales communautés confessionnelles. Son action politique intérieure s’est imposée et s’est épanouie grâce au soutien inconditionnel politique et matériel de la République islamique d’Iran et grâce à son choix stratégique de mener la résistance au Liban-Sud et de se l’approprier après l’avoir « iranisée » (et non « chiitisée »), réussissant de ce fait à déstabiliser l’État de droit et des institutions et le vider de son contenu. Il s’est ainsi imposé sur la scène politique intérieure et est devenu régionalement un passage obligé de l’axe stratégique irano-syrien parrainé par la Russie. Mû par ses aspirations religieuses, son engagement politique, son arsenal et ses moyens logistiques, il survole aujourd’hui la République et ses citoyens avec condescendance et un déni total de ses lois, de sa Constitution et de son pacte national. Mais ce qui est désolant dans la démarche de cette personnalité qui aura marqué à sa façon son temps et ses contemporains, c’est qu’il n’a jamais cessé d’exprimer dans ses discours contradictions et contre-vérités, et de mélanger, tout au long de son parcours, politique et religion, faisant fi de l’identité multiconfessionnelle du Liban. Il a de surcroît, au moment où ses marges de manœuvre politiques se réduisaient, introduit dans ses harangues populaires sa relation à Dieu, pour justifier sa conception de la résistance et des actions militaires de son parti, non seulement sur le front interne, mais aussi et surtout en Syrie. Il a de ce fait ignoré, non sans une certaine agressivité quelquefois, les positions et les droits de tous les partis politiques qui osaient s’opposer à ses options et ceux de tous les citoyens de la République qui ne partageaient pas eux aussi sa vision des choses.
Maintenant qu’il a décidé pour la deuxième fois après 2006, poussé en cela par ses commanditaires, de s’engager unilatéralement avec son parti dans la guerre intérieure de Syrie, prenant ainsi fait et cause pour le régime en place contre la volonté de la majorité du peuple syrien, il prend en otage une fois de plus toute la République, et va jusqu’à déclarer sans ambages ni détour son divorce avec les principales composantes du pacte national.
Que cherche sayyed Hassan à marquer dans cette chevauchée solitaire ? Est-ce le banco d’une partie de poker qui, en cas de victoire du régime syrien, signera la fin du Liban de 1943, auquel cas il obtiendrait l’instauration d’une République islamique ? Où alors envisage-t-il, grâce à des acquis militaires en Syrie, d’obtenir des acquis politiques au Liban et de devenir ultérieurement, dans un pays stabilisé, un partenaire fort et incontournable sur l’échiquier libanais ? Le défi politique est certainement une arme pour parvenir au changement, mais aussi faut-il en avoir tous les moyens pour le réaliser. Est-ce que la conjoncture régionale et internationale et son extrême volatilité vont servir les objectifs et les desseins de sayyed Hassan ? L’avenir le dira, mais l’histoire risque de ne pas être tendre à l’égard de ceux qui auront compromis l’identité nationale de ce pays et son existence.
En attendant l’évolution de la situation sur le terrain, les citoyens libanais, chiites indépendants inclus, vous disent : « Ya Samahet al-sayyed, trop c’est trop ! » De grâce arrêtez cette virée inutile et dangereuse, revenez vite parmi les vôtres, et tous ensemble, reconstruisons cette terre, message de tolérance et de cohabitation entre les religions et les cultures, plutôt que d’en faire une terre de haine entre les hommes, et de guerre entre les religions. Et que Dieu protège tous les fils de ce pays du Cèdre sans exception des ambitions excessives et souvent meurtrières. Que la paix soit enfin notre objectif commun, et n’oublions jamais que le « mieux peut être quelquefois l’ennemi du bien ».


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
C'EST BEAUCOUP PLUS QUE TROP !
21 h 19, le 21 novembre 2013