Alix Lacloche aux fourneaux : la cuisine, « c’est pour les passionnés » ! François Guillot/AFP
Elles sont moins nombreuses, moins honorées et moins médiatisées que leurs collègues masculins, mais des femmes, la trentaine, passionnées, arrivent dans les cuisines des restaurants parisiens, bravant encore des réactions aux accents machistes.
« La cuisine a-t-elle un sexe? » interroge le guide français Fooding, dans son numéro 2014 sorti jeudi. Ce qui est sûr, c’est que les chefs les plus visibles dans les médias sont des hommes. Le Fooding, mouvement culinaire qui « lutte contre l’ennui à table », organise ce week-end trois dîners préparés par des femmes. Pas Anne-Sophie Pic, seule femme trois étoiles au Michelin, ni des chefs médiatisées de palace comme Stéphanie Le Quellec au « Prince de Galles » et Amandine Chaignot au « Raphaël », mais plutôt de restaurants connus pour leur « cuisine très personnelle », « inventive », selon le Fooding.
Ainsi Alice Di Cagno, du restaurant Chatomat, dans le populaire 20e arrondissement de Paris, a cuisiné vendredi soir dans un garage transformé en restaurant le temps des trois dîners. Elle était en charge du plat. Alice Quillet et Anna Trattles, du Bal café dans le cosmopolite 18e arrondissement, préparaient le dessert. « Il y a une nouvelle génération qui émerge : des femmes qui ont peut-être moins de codes, qui ont beaucoup voyagé, qui peuvent être autodidactes », estime Alice Quillet, 33 ans. « Elles ne sont pas encore souvent à la tête de restaurants, mais ça va arriver. Pour l’instant, elles sont numéro 2 », raconte-t-elle.
« Ça surprend encore »
« Avant, la cuisine, c’était un truc de mecs qui avaient de mauvaises notes à l’école. Ça a complètement changé : c’est pour les passionnés », aussi bien hommes que femmes, renchérit Alix Lacloche, 28 ans, qui préfère se qualifier de cuisinière plutôt que de chef.
Bertrand Grébaut, du Septime (11e arrondissement), regrette qu’il y ait « encore si peu de femmes en cuisine ». « Mais la nouvelle génération arrive », promet-il. Et si, dans son restaurant, sur sept cuisiniers, il y a quatre femmes, dont Chloé Charles, 27 ans, sa seconde, « une fille en cuisine, ça surprend encore », souligne Alice Di Cagno, qui partage les cuisines avec son compagnon, Victor Gaillard. « Une fois sur deux, les gens s’approchent, nous regardent et remercient seulement Victor! » raconte-t-elle mi-amusée, mi-lasse. « Il y a aussi les gens qui passent devant la cuisine et qui disent : “Oh ! Il y a une femme !” »
Delphine Zampetti, de la savoureuse cantine CheZaline (11e arrondissement), reste, elle, « la compagne de » (Inaki Aizpitarte, du restaurant Chateaubriand voisin). « C’est quand même un manque de respect et de politesse », déplore-t-elle. « Dans la presse, pour parler de nous, on ne met pas nos noms de famille. On nous appelle les filles, les girls, les jolis minois. Genre on joue à la dînette, alors qu’on sait désosser une tête de cochon! » ,racontent Alice Quillet et Anna Trattles.
Et quid du contenu de l’assiette ? Change-t-il selon que le chef est un homme ou une femme ? « Je défie quiconque de deviner, lors d’une dégustation à l’aveugle, le sexe d’un plat préparé par un/une chef de la nouvelle génération », s’exclame Bertrand Grébaut. « La cuisine de Bertrand (Grébaut) ou d’Inaki (Aizpitarte) est légère, créative, assez féminine pour moi », dit encore Delphine Zampetti. « Je ne pense pas que la cuisine ait un sexe, renchérit Adeline Grattard. Je n’ai pas une façon de travailler très féminine. (...) Et Pascal Barbot (dont le restaurant L’Astrance, dans le bourgeois 16e arrondissement, est aussi dans Fooding) fait une cuisine très sensible. »
Lire aussi
Un chef cuisinier d’origine libanaise en couverture du « Time »
Le chef Maroun Chédid décroche un prestigieux prix à Lyon


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
PARFOIS ELLE EST SANS SEXE ET PARFOIS... LAISSEZ-NOUS VOIR !
21 h 27, le 21 novembre 2013