Le choix du mollah Fazlullah, architecte de l’invasion de Swat aujourd’hui réfugié dans l’est de l’Afghanistan, pourrait aussi envenimer les relations entre Kaboul et Islamabad au moment critique du retrait des forces de l’OTAN. Si le pouvoir à Kaboul accuse de longue date Islamabad de proximité avec les talibans afghans du mollah Omar, des responsables au Pakistan soupçonnent aujourd’hui les services de renseignements afghans d’aider des talibans pakistanais comme le mollah Fazlullah.
La promotion de Fazlullah pourrait servir de « monnaie d’échange » à Kaboul qui tente justement de faire pression sur son voisin pakistanais afin qu’il force le mollah Omar à joindre le processus de paix afghan, évoquent des analystes à Islamabad. Mais il s’agirait là d’un jeu dangereux...
Fazlullah, aussi surnommé « mollah Radio » en raison de prêches enflammés par le passé sur des antennes locales, est, de l’aveu même des talibans, « contre » des pourparlers de paix avec le gouvernement d’Islamabad qui tente, comme Kaboul, de pactiser avec sa rébellion locale. Les partis politiques pakistanais, et même la puissante armée, avaient donné récemment leur bénédiction à ces pourparlers de paix avec les talibans pakistanais alors dirigés par Hakimullah Mehsud, éliminé la semaine dernière par une frappe de drone dénoncée vendredi par des centaines de manifestants réunis dans les grandes villes du pays.
L’ennemi numéro un de l’armée
Un problème vital pour le processus de paix est que le mollah Fazlullah est « l’ennemi numéro un de l’armée », note Talat Masood, un ancien général à la retraite.
Le mollah Fazlullah avait établi en 2007 son petit émirat dans la vallée de Swat, superbe région du Nord-Ouest, avant d’en être délogé par l’armée deux ans plus tard. Dans son refuge de l’est afghan, il commandite encore des opérations contre l’armée pakistanaise, dont une attaque meurtrière contre deux haut gradés en septembre. « Sa nomination ne laisse aucune marge de manœuvre pour des négociations. L’armée devra se résoudre à une opération militaire » dans des fiefs talibans, tranche M. Masood.
Le Pakistan poussera plutôt le fragile processus de paix « à sa conclusion logique », c’est-à-dire un échec, pour ensuite lancer une offensive militaire, nuance Saifullah Khan Mahsud, directeur du Centre de recherche sur les zones tribales. « Les pourparlers de paix seront une première étape permettant d’en arriver à un consensus national nécessaire pour user de la force contre ces gens », les talibans, explique-t-il, précisant que des discussions pourraient permettre au pouvoir de se rapprocher des talibans propaix afin d’isoler, et ainsi affaiblir, des commandants, comme Fazlullah, hostiles à tout compromis.
Cette transition au sein des insurgés intervient à l’approche d’un changement de garde à la tête de l’armée pakistanaise avec le départ à la fin du mois du général Ashfaq Kayani. « La priorité sera désormais d’avoir à ce poste une personne dotée d’une expertise en contre-insurrection », prévient une source militaire requérant l’anonymat.
(Source : AFP)


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