Une affiche montrant Yasser Arafat. AFP/MOHAMMED ABED
La direction palestinienne était sous pression jeudi pour saisir la justice internationale de la mort de Yasser Arafat après la publication d'un rapport médical confortant la thèse d'un empoisonnement, une voie semée d'obstacles politiques et juridiques.
"Nos résultats soutiennent raisonnablement la thèse de l'empoisonnement", a résumé jeudi le Dr François Bochud, directeur de l'Institut de radio-physique appliquée de Lausanne, un des auteurs du rapport diffusé mercredi par la chaîne qatarie al-Jazeera.
L'équipe médicale suisse a mesuré sur les échantillons biologiques du dirigeant historique palestinien des doses de polonium jusqu'à 20 fois supérieures à la normale, a-t-il souligné lors d'une conférence de presse, précisant néanmoins ne pas pouvoir déterminer avec certitude si telle était la cause de la mort.
Les raisons de la mort de Arafat le 11 novembre 2004 dans un hôpital militaire français n'ont pas été élucidées, et nombre de Palestiniens soupçonnent Israël, qui a toujours nié, de l'avoir empoisonné.
"De la même manière qu'une commission d'enquête internationale a été formée sur le meurtre de (l'ex-Premier ministre libanais) Rafic Hariri, il doit y avoir une commission internationale pour enquêter sur le meurtre du président Arafat", a déclaré à l'AFP Wassel Abou Youssef, membre du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
"Les résultats ont montré que Arafat avait été empoisonné au polonium, une substance qui est détenue uniquement par des États", a-t-il souligné.
Une conférence de presse de la commission d'enquête sur la mort de Arafat est prévue vendredi à 08H00 GMT à Ramallah (Cisjordanie).
"Ariel Sharon avait ordonné de tout faire pour éviter que Arafat -- alors encerclé par l'armée israélienne dans la Mouqataa, siège de la présidence palestinienne à Ramallah -- ne soit pas tué par nos soldats", a affirmé à l'AFP Raanan Gissin, porte-parole et conseiller du Premier ministre de l'époque, Ariel Sharon.
"C'est aussi pour cette raison que Sharon a permis l'évacuation vers un hôpital en France de Arafat lorsqu'il s'est avéré qu'il était mourant", a-t-il assuré, qualifiant ses propos de l'époque déplorant que Arafat soit encore en vie de "déclarations politiques qui n'ont pas eu de suites opérationnelles".
"Faire émerger des dirigeants plus conciliants"
Mais pour les Palestiniens, le rapport médical suisse, qui évoque le précédent d'Alexandre Litvinenko, un ancien membre des services secrets russes réfugié à Londres et assassiné au polonium en 2006, ne fait que confirmer une conviction bien ancrée de l'implication d'Israël.
"Le but d'Israël en tuant Arafat était de chambouler la scène palestinienne et de faire émerger une direction politique plus conciliante, pour parvenir à un accord aux termes d'Israël", explique le politologue Abdelmajid Souilem, en allusion à l'actuel président Mahmoud Abbas.
La publication des résultats tombe à un moment très délicat pour la direction palestinienne, engagée dans des négociations de paix difficiles avec Israël, souligne l'analyste Hani al-Masri.
"Les Palestiniens attendent maintenant des mesures de leurs dirigeants pour suivre ces résultats", estime-t-il, rappelant l'engagement pris par M. Abbas de suspendre toute démarche auprès des organisations internationales pendant les neuf mois impartis aux pourparlers.
Le Hamas, au pouvoir à Gaza, a appelé mercredi tous les mouvements à faire pression sur la direction palestinienne pour "arrêter les négociations avec l'occupation, compte tenu des graves résultats de l'analyse de la dépouille de Arafat et prendre des mesures concrètes afin de découvrir ceux qui sont impliqués dans le crime".
Lors des prélèvements sur la dépouille mortelle, le 27 novembre 2012, le président de la commission d'enquête palestinienne Tawfiq Tiraoui avait annoncé que si les résultats confirmaient la thèse de l'empoisonnement, les dirigeants palestiniens saisiraient la Cour pénale internationale (CPI).
Cette démarche paraît désormais compromise dans l'immédiat, à la fois par l'engagement de s'abstenir de tout recours aux juridictions internationales et par une procédure juridique déjà lancée en France.
Dans des interviews télévisées, la veuve du dirigeant palestinien, Souha Arafat, qui a déposé plainte en 2012 en France, déclenchant une information judiciaire pour assassinat, a affirmé que le polonium lui avait sans douté été administré par un membre de son entourage.
Une soixantaine d'échantillons biologiques avaient été prélevés dans la tombe de Yasser Arafat à Ramallah, puis répartis pour analyse entre les trois équipes d'enquêteurs, suisse, française et russe, les conclusions des deux dernières n'étant pas encore connues.
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L'équipe médicale suisse a mesuré sur les échantillons biologiques du dirigeant historique palestinien des doses de polonium jusqu'à 20 fois supérieures à la normale, a-t-il souligné lors d'une conférence de presse, précisant néanmoins ne pas pouvoir déterminer avec certitude si telle était la cause de la...



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