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À La Une - L’éditorial de Issa GORAIEB

La raison du plus mort

Il y a déjà longtemps qu’au Liban le ridicule ne tue plus, comme maints dirigeants politiques, virtuoses de l’outrance, en sont la preuve vivante et bien portante. De nos jours, c’est en revanche l’absurde qui tue, dans ce qui fut un pays de cocagne et qui se trouve livré aujourd’hui à la déraison armée.

 

Il est partout, l’absurde, et la place manque ici pour en inventorier les ravages en termes de sécheresse politique, de déliquescence de l’État et d’appauvrissement du gros de la population. Mais c’est sans doute dans l’infortunée ville de Tripoli, théâtre d’affrontements endémiques entre sunnites et alaouites, qu’il se décline dans sa forme la plus concentrée.

 

Du quartier de Bab el-Tebbaneh ou de celui, contigu, de Jabal Mohsen, on serait en peine de dire lequel abrite la population la plus pauvre et donc la plus affectée par un conflit qui paralyse petits commerces comme humbles métiers. La peur et la faim sont le seul dénominateur commun de ces familles, ici sunnites et là alaouites, que sépare tout juste la bien nommée rue de Syrie. Comme si les vieilles tensions intercommunautaires n’étaient pas encore assez, c’est pour ou contre Bachar el-Assad qu’entre deux fausses trêves, deux déploiements de routine de la force publique, on se canarde presque à bout portant. On le clame même, sans fausse honte.

 

C’est au contraire avec la plus grande fierté qu’un Ali Eid, père du chef de la milice alaouite, se disait, dans une conférence de presse jeudi, soldat – et même petit soldat – sous les ordres de Bachar el-Assad. Convoqué par le parquet pour avoir organisé la fuite en Syrie de l’un des auteurs d’un sanglant et double attentat à la bombe, l’ancien député a vertement décliné l’invitation, soutenu dans son défi par le clergé de sa communauté.

 

Le plus tristement aberrant est qu’à Tripoli, les vivants ne sont guère seuls à subir les avanies de l’absurde. C’est pour fuir l’insécurité, le chômage, la misère et la désespérance que des familles entières s’arrachaient il y a quelques semaines à leur Akkar natal pour tenter de gagner clandestinement l’eldorado australien à bord d’un rafiot qui a fait naufrage. Et c’est à Tripoli encore que le convoi d’ambulances transportant les 34 dépouilles mortelles rapatriées jeudi a été rattrapé par une soudaine éruption du volcan qui le contraignait à un prudent arrêt, en attendant le retour au calme.

 

Ce n’est certes pas sur fond de guerre permanente, de guerre sans issue que les malheureux candidats au rêve de dignité et de prospérité imaginaient leur retour un jour, fortune faite, dans la mère-patrie.

Issa GORAIEB
[email protected]


Il y a déjà longtemps qu’au Liban le ridicule ne tue plus, comme maints dirigeants politiques, virtuoses de l’outrance, en sont la preuve vivante et bien portante. De nos jours, c’est en revanche l’absurde qui tue, dans ce qui fut un pays de cocagne et qui se trouve livré aujourd’hui à la déraison armée.
 
Il est partout, l’absurde, et la place manque ici pour en inventorier...

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