Certes, ce n’est pas la détente, mais c’est plutôt calme en ce moment. Un calme morose entrecoupé de nouvelles lassantes, de Tripoli par exemple. Plus personne, à part les riverains, ne prend d’ailleurs au sérieux les « événements » de Tripoli. Les choses prennent une tournure de guerre de gangs, de règlements de comptes privés entre pro et anti-Assad, sunnites et alaouites. On finit par en rire, tant c’est tragi-comique. Ailleurs au Liban, on voudrait croire que les gens sont trop occupés à tenter de vivre pour se soucier de telles vétilles. Sauf que la loi tribale tient lieu de démocratie à une bonne moitié du pays. Il faudra donc continuer à faire avec, faute de choix. Et s’attendre sans cesse à ces incidents d’un autre âge en se disant qu’un jour nous finirons par trouver le moyen de vivre à la même époque – civilisée, avec un peu de chance.
C’est plutôt calme, disions-nous, et ce genre de redoux n’est pas propice aux médias sauvages qui se nourrissent de nos angoisses et vendent de la pub en s’infiltrant dans notre courrier électronique. Ils savent bien que pour obtenir votre clic fatidique, il leur faut se présenter avec du sang sur la manchette. Pas d’attentats cette saison ? Rassurez-vous – ils vous rassurent – si ce n’est pas pour tout de suite, ce sera pour plus tard. Une spirite est même prête à vous le jurer sur son compte en banque. Nous sommes au Liban, que voulez-vous. Pas d’embuscades, de prises d’otages, de tirs de roquettes ? Ils vous sortent un petit suicide de derrière le boisseau, en couleur et même bien « bleu » pour vous aider à tenir. Pas d’assassinats, de scandales, de massacres à l’horizon ? Tenez-vous bien, c’est le joker : nous aurons un tremblement de terre !
La surface de l’eau a frémi sur le lac de Tibériade. Le lac de Tibériade est un point névralgique de la faille de Yammouné, laquelle traverse presque tout le Liban, du Sud au Nord. Le Liban a toujours tremblé, et pas que de peur. La voyance ne peut rien contre l’imprévoyance, et nous savons que nous ne sommes pas équipés pour faire face aux catastrophes, encore moins quand elles se piquent d’être naturelles. Les Israéliens qu’on a beau haïr par principe, c’est fou comme on les respecte quand ils se préparent au pire, comme on leur envie par exemple leurs masques à gaz, leurs vaccins contre les guerres biologiques, leurs boucliers antimissiles et, en l’occurrence, leurs constructions antisismiques. Et comme nous leur sommes gré d’être, quand il le faut, tellement plus intelligents que nous. Les Israéliens prévoient notre « Big one » dans 25 ans. Ce n’était pas vraiment la peine de l’annoncer tout de suite, juste pour occuper le vide entre deux déclarations éculées sur l’urgence de former un gouvernement. Mais tout de même, il serait peut-être bon que nous nous recentrions sur ces détails futiles, aussitôt résolue la question de savoir s’il faut ou non aimer Assad.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef