Le premier chef de l’État élu démocratiquement en Égypte a été destitué et arrêté par l’armée le 3 juillet, après que des millions d’Égyptiens eurent manifesté pour réclamer son départ, l’accusant de vouloir islamiser la société à marche forcée et d’accaparer les pouvoirs au profit de sa confrérie, les Frères musulmans. Depuis le 14 août, les manifestations de ses partisans sont implacablement réprimées, plus d’un millier de personnes ont été tuées et plus de 2 000 Frères musulmans ont été arrêtés, dont la quasi-totalité de leurs leaders. Le procès de M. Morsi pour « incitation au meurtre » de manifestants quand il était au pouvoir doit débuter le 4 novembre.
Après trois mois d’atermoiements, les États-Unis, qui ont toujours refusé de parler de coup d’État, ont officiellement gelé mercredi une partie de leur aide à l’Égypte, leur allié-clé dans la région, « en attendant des progrès crédibles vers un gouvernement civil démocratiquement élu ». Ce soutien est de taille : il atteignait 1,5 milliard de dollars ces dernières années, dont 1,3 pour la seule armée. « C’est une mauvaise décision », a jugé hier le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty. « L’Égypte ne cédera pas à la pression américaine et continuera son chemin vers la démocratie, tel qu’il est prévu par la feuille de route », a-t-il ajouté. De façon plus explicite, le journal Tahrir, opposé aux islamistes, a dit en une que l’aide américaine peut « aller au diable ».
Pour les experts, cette apparente mesure de rétorsion est « une demi-mesure », même si elle a un impact « symbolique » auprès de la population égyptienne, et constitue donc une illustration parfaite de la difficulté qu’éprouve Washington à adopter une stratégie claire à l’égard de cet allié qui pèse lourdement dans le processus de paix israélo-arabe et dans la « guerre contre le terrorisme » chère à Washington. D’ailleurs, le secrétaire d’État John Kerry s’est empressé d’assurer hier « qu’en aucune manière, il ne s’agit d’une rupture de l’engagement des États-Unis à aider le gouvernement » intérimaire, mis en place et dirigé de facto par les militaires. M. Kerry veut croire que la feuille de route fixée le 3 juillet par l’armée en vue d’organiser des élections législatives et présidentielle en 2014 sera « tenue ».
Pas de politique consistante au P-O
« L’impact politique de la suspension de l’aide est plus conséquent que ses conséquences effectives sur le terrain », commente Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l’université du Caire. « L’administration américaine accentue la pression sur le gouvernement égyptien pour qu’il change de politique à l’égard des pro-Morsi, mais cela n’arrivera pas », assure l’expert. De fait, le gouvernement et l’armée jouissent du soutien manifeste d’une large majorité de la population et des médias égyptiens qui soutiennent leur « guerre contre le terrorisme » des Frères musulmans, et les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, ont promis de pallier financièrement toute baisse de l’aide occidentale.
« C’est une mesure de court terme déconnectée de toute stratégie globale (...) mais symptomatique du fait que l’administration américaine manque d’une politique étrangère claire », estime Shadi Hamed, chercheur au think-tank régional Brookings Doha Centre. Pour lui, les États-Unis ne vont pas cesser du jour au lendemain de fournir l’aide militaire à leur allié crucial, mais « ce que révèle ce gel symbolique décidé par une administration américaine frileuse, c’est que Washington n’a pas de mesures consistantes à proposer au Moyen-Orient ».
« Washington fait passer le message qu’Obama ne se soucie que de la sécurité d’Israël dans la région et en aucun cas de l’Égypte », estime Hisham Kassem, politologue égyptien. Car il souligne, comme l’a confirmé le département d’État mercredi, que les États-Unis continueront à financer l’armée égyptienne dans ses efforts de lutte contre le « terrorisme » islamiste, notamment dans le Sinaï frontalier d’Israël. D’ailleurs, l’État hébreu a demandé à Washington de maintenir ce volet de son aide au Caire, selon les médias de la région, insiste l’expert.
(Sources : agences)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Je me marre...ils ont changé de circuit...c'est tout!
15 h 11, le 11 octobre 2013