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Nos lecteurs ont la parole

Le blues d’octobre

Carine CHAMOUN CHAMMAS
Voilà, l’été est fini ! Tant bien que mal, nous avons mobilisé nos énergies pour assurer aux enfants un semblant de normalité, un brin d’insouciance.
De retour dans nos pénates, c’est le blues de la rentrée. L’humeur sombre, la fatigue du petit matin, l’impression qu’on ne va pas s’en sortir...
Autour de nous, tout se ligue pour nous enfoncer la tête dans le gris.
Beyrouth la battante, dont le cœur battait au rythme de ses nuits blanches, s’enfonce dès 19 heures dans une morosité silencieuse. De petites affiches blanches se multiplient dans les devantures, nous interpellent pour aussitôt sonner le glas d’un passé plus joyeux, d’un hier où le monde n’était pas assez vaste pour nos rêves. Une peur nous saisit à la tombée de la nuit, nos doigts s’agrippent à nos sacs, notre cœur se met à courir au-devant de nous au moindre bruit de pas ou vrombissement de deux-roues. Des étrangers – bien trop nombreux –, au regard insolent, au verbe leste, qui remettent en question notre sens de l’hospitalité. Nos enfants qui ne rêvent que de partir (pourquoi ?
Leur enfance a été bien dorée par rapport à la nôtre.Tout ce dont la guerre nous a privés, nous le leur avons assuré !),qui rêvent les yeux grands ouverts de Londres et d’Amerique. D’autres, moins chanceux à la loterie de la vie, se noient dans les mers froides et sombres de l’aventure. Loin de tout regard bienveillant. Sans personne pour les bercer, leur donner un peu de cette chaleur d’Orient et les coucher dans cette terre ingrate qui n’a pas su les nourrir et les garder.
Observez-nous le matin sur le chemin du travail. Nos regards sont vides et résignés. Nos jambes rechignent à aller de l’avant. Notre seuil de tolérance au stress, à l’autre, a baissé de plusieurs crans. À la moindre contrariété, on sort les crocs, on aboie, on mord...
Qu’ont-ils fait de nous ? Ils nous ont fait marcher derrière leurs slogans puis ils nous ont lâchés au milieu du parcours parce que leur vision s’était évaporée, qu’elle n’avait pas de profondeur. Ils nous ont vendus au plus offrant, chairs à canon contre monnaies sonnantes et trébuchantes.
Qu’avons-nous fait de nous ?
Nous, nos rêves, nos ambitions, notre Liban. De lait et de miel.
Pont entre l’Orient et l’Occident. Message de Jean-Paul II.
Nous qui faisons avancer la barque au quotidien quand eux la freinent de toutes leurs forces. Nous qui la renflouons quand eux cherchent à la couler. Nous qui nous saignons pour la maintenir en vie. Nous qui n’avons pas besoin d’eux. Qu’attendons-nous ?

Carine CHAMOUN CHAMMAS
Voilà, l’été est fini ! Tant bien que mal, nous avons mobilisé nos énergies pour assurer aux enfants un semblant de normalité, un brin d’insouciance.De retour dans nos pénates, c’est le blues de la rentrée. L’humeur sombre, la fatigue du petit matin, l’impression qu’on ne va pas s’en sortir...Autour de nous, tout se ligue pour nous enfoncer la tête dans le gris.Beyrouth la battante, dont le cœur battait au rythme de ses nuits blanches, s’enfonce dès 19 heures dans une morosité silencieuse. De petites affiches blanches se multiplient dans les devantures, nous interpellent pour aussitôt sonner le glas d’un passé plus joyeux, d’un hier où le monde n’était pas assez vaste pour nos rêves. Une peur nous saisit à la tombée de la nuit, nos doigts s’agrippent à nos sacs, notre cœur se met à courir...
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