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Liban - Liberté d’expression

La censure et le cinéma libanais, un mariage « sans plaisir » qui n’a que trop duré

La censure (comme à son habitude) a interdit un thriller français sur l’homosexualité ainsi qu’un court-métrage libanais sur le mariage temporaire chez les chiites, a annoncé jeudi le Festival international du film de Beyrouth.

« L’inconnu du lac » est condamné à le rester... au Liban !

Non, rien n’est définitif. Le ministre Marwan Charbel n’a pas encore validé l’interdiction de diffuser sur le territoire libanais le film français L’inconnu du lac et le court-métrage libanais Wahabtouka al-Moutaa (Je t’ai offert le plaisir), comme le lui a expressément recommandé la commission de surveillance des films, mais c’est pratiquement chose faite, selon la Sûreté générale.

 

En effet, le ministre sortant de l’Intérieur a l’habitude de valider les épisodes de censure qui se font de plus en plus récurrents. En 2011 déjà, M. Charbel n’avait pas bronché quand l’ambassadeur iranien à Beyrouth, Ghadanfar Roken Abadi, avait « requis » l’interdiction du film iranien Green Days, qui décrit les manifestations de rue en 2009 contre le président Ahmadinejad, et qui avait finalement été retiré du Festival international du film de Beyrouth (BIFF). Pour tout dire aussi, le ministre Charbel n’a jamais contesté les recommandations de cette commission, mis à part une seule exception en 2012, et qui ne plaide pas vraiment en sa faveur. À l’époque, en effet, notre bon ministre avait décidé de passer aux ciseaux le film libanais Tannoura Maxi, malgré un avis favorable de la commisssion.

 

(Pour mémoire : Un musée virtuel pour la censure libanaise)


Ainsi, tout donne à penser que L’inconnu du lac et Wahabtouka al-Moutaa ne seront malheureusement jamais accessibles au grand public à Beyrouth, après avoir été retirés de l’édition 2013 du festival qui est en cours.

Sorti en France cet été, L’inconnu du lac est un thriller d’Alain Guiraudie sur l’homosexualité, qui a reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2013, et qui tourne autour d’un lieu de drague pour hommes, caché au bord d’un lac.

 

De son côté, le court-métrage Wahabtouka al-Moutaa porte sur le mariage temporaire dit « de plaisir », une tradition chez certains chiites au Liban et en Iran, mais sans scènes scabreuses. Il relate ainsi l’histoire d’une veuve chiite conservatrice qui use de son droit légal d’effectuer des « mariages de plaisir » pour collecter des grâces pour son défunt mari. Un adolescent découvre alors ses activités secrètes et lui demande, en contrepartie de son silence, une leçon de sexualité. 

 

"Je t'ai offert le plaisir" est notamment passé par la Turquie, le Maroc, et la Corée du Sud.



« Mon court-métrage a suscité une vive polémique dans mon entourage parmi les gens très conservateurs, et j’ai reçu de nombreuses critiques et menaces », explique Farah Shaer, la réalisatrice et scénariste du film qui a été choisi dans la sélection officielle du Festival de courts-métrages de Clermont-Ferrand parmi plus de 6 000 films, et dans de nombreux festivals internationaux. « Le film ne vise pourtant pas à attaquer le mariage temporaire “de plaisir” mais à exposer des histoires que j’ai puisées de mon entourage et à critiquer les gens qui se permettent de juger les autres parce qu’ils sont moins religieux qu’eux », dit-elle, affirmant que le film traite de plusieurs autres sujets. Et de marteler : « Non seulement nous ne sommes pas soutenus financièrement et moralement par l’État, mais nous n’avons même pas le droit d’exposer nos travaux aussi ! » 


La directrice du BIFF, Colette Naufal, a expliqué pour sa part que « les deux films n’ont d’abord pas reçu de licence pour faire partie du festival ». « Nous avons plus tard su qu’il y avait un problème avec ces deux travaux, avant que la commission de supervision ne recommande au ministre de l’Intérieur de ne pas permettre leur visionnage », a-t-elle raconté. 

 


Les Libanais « pas encore assez mûrs »
Il semblerait pourtant que la Sûreté générale ne soit pas l’unique responsable de ce « délit ». Contacté par L’Orient-Le Jour, le bureau de presse de la SG a affirmé que « l’institution encourage les festivals de cinéma importants pour la vie culturelle au pays, mais qu’elle ne fait qu’appliquer la loi ». « La loi, qui remonte à des lustres et qu’il faudrait peut-être réviser, nous oblige à présenter à la commission de supervision des films tous les travaux qui pourraient faire polémique. La commission, formée de six représentants venant des ministères des Affaires sociales, de l’Information, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Économie et de l’Éducation, juge ces films et émet une recommandation au ministre de l’Intérieur à qui revient la décision finale », assure le bureau qui estime que « la société n’est pas encore assez mûre pour regarder ce genre de films qui pourraient créer des troubles dans certains milieux ».

 

(Pour mémoire : Quand une critique de la censure est ... censurée par la SG)

 

Le président de la commission, André Kassas, du ministère de l’Information, a de son côté indiqué à L’Orient-Le Jour qu’« il est contre la censure en général mais que la société doit évoluer petit à petit ». L’inconnu du lac contenait tellement de scènes osées qu’il fallait couper tout le film. Tous les membres de la commission ont vu que la société libanaise ne peut pas encore accepter de telles scènes. La dose était de trop, et le problème ne concerne pas le sujet du long-métrage. Quant au film de Farah Shaer, nous y avons vu une satire claire des croyances d’une composante de la société libanaise », a-t-il enfin précisé. Et à la question de savoir pourquoi six fonctionnaires formant une commission se permettent de décider si oui ou non les Libanais sont assez matures pour suivre un film, M. Kassas répond : « Il y a toujours une personne qui, au final, doit émettre un jugement, tout comme un juge décide seul du sort d’un détenu. »
La comparaison en dit long sur le cheminement intellectuel du censeur et la balle, une fois de plus, est dans le camp de Marwan Charbel.

 

Pour mémoire

« L’Attentat » de Ziad Doueiri interdit au Liban

 

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Non, rien n’est définitif. Le ministre Marwan Charbel n’a pas encore validé l’interdiction de diffuser sur le territoire libanais le film français L’inconnu du lac et le court-métrage libanais Wahabtouka al-Moutaa (Je t’ai offert le plaisir), comme le lui a expressément recommandé la commission de surveillance des films, mais c’est pratiquement chose faite, selon la Sûreté...
commentaires (4)

UN "MARIAGE SANS PLAISIR" OBSERVÉ.... PAR LE TROU DE LA SERRURE !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

11 h 05, le 06 octobre 2013

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Commentaires (4)

  • UN "MARIAGE SANS PLAISIR" OBSERVÉ.... PAR LE TROU DE LA SERRURE !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 05, le 06 octobre 2013

  • JE DIRAIS PLUTÔT : UN DIVORCE SANS MERCI !

    SAKR LOUBNAN

    19 h 33, le 05 octobre 2013

  • Par respect aux sentiments des dix neufs confessions , et dans ce chaos d ’extrémisme il faudra préservera les valeurs humaines loin des perversions sexuelles . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    11 h 44, le 05 octobre 2013

  • Tous les ans la même sottise ! On en a marre. La société libanaise est mûre pour que des voyous y suscitent des conflits de toute espèce, notamment sectaires, comme on l'a vu la semaine dernière à Baalbeck. Elle est mûre pour digérer toutes les exactions, toutes les dérives politiques et sécuritaires, toutes les corruptions possibles et imaginables. Mais elle n'est pas mûre pour comprendre certains petits films qui décrivent une certaine réalité et qui peut-être passeraient inaperçus s'ils n'étaient pas censurés.

    Halim Abou Chacra

    04 h 33, le 05 octobre 2013

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