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À La Une - Tragédie De L'immigration

Lampedusa : le "massacre de la honte"

Sur les 450 à 500 migrants à bord de l'embarcation qui a fait naufrage, seuls 155 environ ont été sauvés.

Les corps des victimes du naufrage d'une embarcation de migrants, disposés dans le hangar de l'aéroport de Lampedusa le 3 octobre 2013. REUTERS/Antonio Parrinello

"Le massacre de la honte". Tel est le titre qu'affichait en une la Repubblica (gauche), vendredi matin, après le naufrage au large de l'île de Lampedusa d'un bateau de migrant qui a fait au moins 130 morts et 200 disparus. Le quotidien italien qualifie le naufrage de "plus grande tragédie en mer des clandestins", avec des enfants et des femmes enceintes parmi les victimes.

Au dessus d'une photo montrant les dizaines de cadavres recouverts de linceuls verts, le quotidien consacre huit pages à la tragédie que le pape François, en visite vendredi à Assise (centre), a qualifiée de "honte".

 

"Le massacre des migrants, l'Italie en deuil", titre également le Corriere della Sera, qui a choisi de ne pas mettre de photos de cadavres en une mais celle des survivants - quelque 150 - parmi les 450 à 500 Eyrthréens et Somaliens qui se trouvaient à bord de l'embarcation ayant pris feu au large des côtes de la petite île, située au sud de la Sicile (sud).

 

De nombreux témoignages des pêcheurs ayant réussi à secourir les migrants parsèment les pages des quotidiens italiens, ainsi que celui de cette jeune Erythréenne donnée pour morte et sauvée par un garde-côte qui a entendu qu'elle respirait encore.

 

"Aujourd'hui est un jour pour penser aux secours, un jour de pitié et de deuil. Mais une fois séchées les larmes, et montrés du doigt ces criminels qui vivent de la traite de tels désespérés, entassant 500 personnes dans une embarcation de quelques mètres de long, il sera temps de dire +assez+", écrit l'éditorialiste du quotidien, Gian Antonio Stella.

 

 

Pas d'espoir de retrouver des survivants

Vendredi matin, les recherches devaient reprendre pour tenter de trouver les disparus. "Nous n'avons plus d'espoir de retrouver des survivants", a toutefois déclaré à l'AFP un membre de la Garde des finances, la police financière qui opère aussi dans le secteur.

 

111 corps ont été ramenés sur la terre ferme. Mais les plongeurs qui ont exploré l'épave ont affirmé avoir vu des dizaines de corps aux alentours et les secouristes craignent que plusieurs aient été emportés au large par les forts courants. Les recherches se concentrent autour de l'épave du bateau qui gît retournée par 40 mètres de fond à 0,3 mille nautique (550 mètres) des côtes.

 

Jeudi, la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, n' pu contenir son émotion face à l'ampleur du drame. "On n'a plus de place, ni pour les vivants ni pour les morts. C'est une horreur, une horreur; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps", avait-elle lancé, effondrée.

 

"C'était tragique de voir les corps des enfants", a renchéri Pietro Bartolo, un responsable sanitaire de l'île. Selon lui, Lampedusa "n'(ayant) pas assez de cercueils", des dizaines doivent être acheminés vendredi matin par bateau depuis le port sicilien de Port Empédocle.

 

"On passait la nuit à bord de notre bateau. On a entendu des cris et on s'est précipité pour voir ce qui se passait, et là, nous avons trouvé une situation de cauchemar", a également raconté à l'AFP un commerçant de Lampedusa, Alessandro Marino, parmi les premiers arrivés sur place. "Il y avait entre 150 et 200 personnes dans l'eau. On a réussi à en sauver 47. Plus, et on risquait de couler nous aussi", a-t-il ajouté.

"Beaucoup d'entre eux criaient. Ils étaient nus pour tenter de flotter le plus longtemps possible", a ajouté son amie, Sharanna Buonocorso, les traits tirés par la fatigue.

Un pêcheur, Rafaele Colapinto, venu lui aussi en aide à des migrants, a évoqué "un océan de têtes".

 

Rome a décrété vendredi "deuil national": les drapeaux sont en berne et une minute de silence a été observée dans toutes les écoles. Il en sera de même avant chaque compétition sportive.

 

 

"Trafic criminel"

Le vice-Premier ministre Angelino Alfano, dépêché sur place, a confirmé à l'AFP que le skipper du bateau avait été arrêté. "C'est un Tunisien de 35 ans qui avait été expulsé d'Italie en avril", a-t-il précisé.

Les migrants, en majorité des Somaliens et Erythréens, étaient partis des côtes libyennes, depuis le port de Misrata.

"Il faut agir, en Europe et en Afrique", a martelé vendredi M. Alfano, devant la chambre des députés. En Europe, le ministre entend changer des règles "qui font trop peser sur les pays d'entrée la charge de l'immigration clandestine", a-t-il dit.

Jeudi, il avait déjà réclamé que l'Italie, où ont afflué 25.000 migrants cette année (trois fois plus qu'en 2012), puisse étendre ses patrouilles "au-delà de ses eaux territoriales".

 

La ministre de l'Intégration Cécile Kyenge, première Noire dans un gouvernement italien, a, pour sa part, réclamé l'instauration de "couloirs humanitaires pour rendre plus sûres ces traversées sur lesquelles spéculent des organisations criminelles".

 

Le président Giorgio Napolitano a, de son côté, demandé à "l'Europe de stopper le trafic criminel d'êtres humains en coopération avec les pays de provenance" et réclamé "la surveillance des côtes d'où partent ces voyages du désespoir et de la mort".

 

Selon le réseau d'ONG Migreurop à Paris, en vingt ans, 17.000 migrants sont morts en tentant de rallier l'Europe. La dernière tragédie la plus meurtrière remonte à juin 2011, quand 200 à 270 migrants originaires d'Afrique subsaharienne et fuyant la Libye s'étaient noyés en tentant de gagner Lampedusa.

 

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Choquant et triste , dans un Liban ou ministres et députés sont quasi absents . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

14 h 01, le 04 octobre 2013

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  • Choquant et triste , dans un Liban ou ministres et députés sont quasi absents . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    14 h 01, le 04 octobre 2013

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