La détente américano-iranienne et l’accord russo-américain sur les armes chimiques syriennes auront-ils des conséquences négatives sur la stabilité du Liban ? La question hante aujourd’hui les responsables, surtout après l’annonce, non officielle encore (elle n’a été annoncée que par un des adjoints du ministre iranien des AE), du report de la visite du président iranien cheikh Hassan Rohani en Arabie saoudite qui a suivi le report soudain du sommet entre le roi Abdallah et le président libanais Michel Sleiman.
Il est clair que les dirigeants saoudiens sont mécontents des derniers développements dans le dossier syrien et ne voient pas d’un bon œil la reprise de contact entre le président américain et son homologue iranien, qui les a d’ailleurs pris de court.
Alors que le chef des services de renseignements saoudiens Bandar ben Sultan avait demandé à ses interlocuteurs libanais d’attendre un peu avant de procéder à la formation d’un gouvernement parce que les rapports de force devaient changer, selon lui, rapidement en Syrie, en raison des frappes américaines suivies d’une offensive généralisée de l’opposition, ses pronostics n’ont pas été vérifiés et, au contraire, une nouvelle situation semble se préciser sur le terrain en Syrie, notamment avec les combats entre les factions de l’opposition et l’affaiblissement notable de l’Armée syrienne libre au profit des groupes islamistes affiliés à el-Qaëda.
Pour les milieux proches du 8 Mars, ces affrontements seraient encouragés par les Saoudiens, qui appuient ouvertement en armes et en fonds l’opposition syrienne, dans le but de renforcer la position de l’Arabie saoudite dans toute négociation au sujet de la Syrie, la Coalition nationale syrienne et l’Armée syrienne libre étant plutôt d’obédience turque et qatarie. L’Arabie se sentirait donc plus ou moins exclue des négociations en cours. Au point d’ailleurs que son ministre des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal, a annulé à la dernière minute le discours qu’il devait prononcer devant l’Assemblée générale des Nations unies. Dans ce contexte, il est donc probable qu’elle ne cherchera pas pour l’instant à faciliter la formation d’un nouveau gouvernement.
En tout cas, Riyad ne semble pas disposé à demander à ses interlocuteurs libanais de faire des concessions au 8 Mars et à Walid Joumblatt dans la formation du nouveau gouvernement. Le chef druze a pourtant présenté une formule qui aurait pu être acceptable car elle fait preuve de réalisme et traite les deux camps de la même façon puisqu’elle prévoit d’accorder 9 ministres au 8 Mars et alliés, 9 ministres au 14 Mars et 6 ministres au trio Sleiman-Salam-Joumblatt. De son côté, le Hezbollah estime avoir fait des concessions en renonçant à exiger une entente préalable sur la déclaration ministérielle du nouveau gouvernement qui devrait reprendre la fameuse formule « armée-peuple-résistance ». Dans son dernier discours, le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, a en effet clairement annoncé sa disposition à laisser la discussion sur la déclaration ministérielle à une étape ultérieure à la formation du gouvernement.
Dans le camp adverse, le 14 Mars continue de poser des conditions, agissant, selon la source du 8 Mars, comme s’il avait remporté une manche, alors qu’il n’en est rien. Certes, il a fini par accepter la participation du Hezbollah au gouvernement, mais du bout des lèvres et parce qu’il n’avait pas d’autre choix, un gouvernement sans le Hezbollah étant une option impossible dans le contexte actuel. Mais il refuse d’accorder le tiers de blocage au camp adverse, refusant de reconnaître que depuis la démission du gouvernement Mikati et la désignation de Tammam Salam, issu des rangs du 14 Mars, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et beaucoup de changements se sont produits, notamment au niveau de la position de Walid Joumblatt. Le courant du Futur et ses alliés, notamment les Forces libanaises, continuent de se comporter comme s’ils étaient la partie libanaise la plus forte, alors qu’ils ne sont pas en mesure d’imposer leurs conditions. En même temps, ils craignent que le Premier ministre désigné ne finisse par se lasser du blocage actuel qui est en train de miner sa crédibilité et l’élan national qui l’a désigné, et par là même décider de se récuser.
Dans ce cas, et dans le contexte régional et international actuel, le candidat qui a le plus de chances d’être désigné serait Nagib Mikati avec l’appui du 8 Mars et de ses alliés, et celui de Walid Joumblatt, mais aussi avec la bénédiction de la communauté internationale. Ce dont le courant du Futur ne veut à aucun prix, ne cachant pas l’hostilité personnelle qu’il voue à Mikati et son refus total d’un tel scénario. Il est donc coincé entre le blocage qu’il a lui-même voulu à un moment donné, dans l’espoir que la situation évolue à son avantage et permette la formation d’un gouvernement où il aurait la haute main sur toutes les décisions et la possibilité du départ de Tammam Salam, qui, vu le peu de chances du retour dans le contexte actuel de Saad Hariri, ouvrirait la voie à une nouvelle désignation de Mikati.
C’est peut-être la raison de la récente visite du chef du bloc parlementaire du Futur Fouad Siniora au président de la Chambre à Aïn el-Tiné, qui a été perçue comme une tentative d’ouverture envers le 8 Mars. Cette première rencontre devrait être suivie d’une autre dès le retour de Siniora de voyage. Si le 14 Mars continue d’affirmer que ce camp ne modifiera pas ses positions, du côté de Aïn el-Tiné, on parle quand même d’une brèche dans le mur de l’impasse... Mais, comme d’habitude, sa concrétisation reste tributaire des développements régionaux.
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Alors que le chef des services de renseignements...


Malin ce Sanioûra Foäâd au Grand Cœur.... Il finira assurément par leur faire manger leurs bérets aux "Bérets?" !
12 h 45, le 04 octobre 2013