Je rêve.
Il faut mettre un terme au mandat présidentiel de M. Assad ; la voie de la répression à outrance, à la surprise générale, n’arrive plus à susciter une terreur paralysante. Les résultats de ses deux mandats, en 14 ans, illustrent cet échec ;
c’est l’anarchie sanglante sur tout le territoire. Certes, il reste le centre-ville de Damas pour l’apparence télévisée. Mais comment oublier la triste réalité des 4 millions de déplacés, intérieur et extérieur ? La France ne doit pas envoyer des armes mais des gendarmes. Les troupes au sol doivent s’établir entre différentes lignes de fracture de cette mosaïque sanglante. Alors, une vraie trêve et un réel cessez-le-feu se créeront. Seule une force compétente et juste peut faire cet office. Je vous signale qu’actuellement, même les ambulances et les hôpitaux gouvernementaux n’ont pas la confiance de tous les Syriens. Plus de 55 médecins ont été exécutés, parce qu’ils soignaient des opposants ! Les hélicoptères cherchent, repèrent et envoient leurs missiles sur les hôpitaux clandestins. Alors, imaginons comment le citoyen moyen regarde les gendarmes et la police. Car il y a toujours une justice en Syrie, avec son ministre et le reste du gouvernement.
Je veux, je rêve, que dans les carrefours de bataille, nos soldats s’exposent et maîtrisent les lieux d’affrontements afin de dissiper le chaos sanglant. Je suis sûr que l’armée française peut triompher de l’anarchie perverse. Évidemment, il y aura des morts. Dans cette épreuve terrible, que le destin impose à la Syrie, il y aura nécessairement du sang. On peut dire aussi que cela ne nous concerne pas. C’est une attitude. Cette distanciation est-elle tenable depuis la France ? Depuis le Liban ? Cependant, si l’on veut rentrer pour agir dans ce cercle rouge, il faut en accepter les risques. Dans ce cas-là, je préfère le sang des militaires que celui des civils. C’est l’honneur des armes.
Je me réveille.
Je suis sûr que l’armée de Bachar el-Assad ne fera jamais ce devoir-là. Regardez, comment elle qualifie et traite ses adversaires. Avez-vous vu des prisonniers ? Comment elle a libéré Qousseir. On sent, on voit, parfaitement un cynisme destructeur. Les deux parties opposées participent à un concours à qui fera le plus peur par des atrocités. Il faut terroriser en diabolisant l’adversaire.
J’ai oublié de parler des missiles, frappes chirurgicales, avions, drones, radars, porte-avions et autres merveilles technologiques. Il est vrai qu’on tire depuis 600 kilomètres vers la cible pour les plus riches et les plus puissants. D’autres moins riches et moins puissants devront s’approcher à 300 kilomètres du but. On dit même que pour les forces moins bien fournies, certains pilotes courageux devraient s’approcher à moins de 200 kilomètres de l’objectif, faute d’avoir le top du missile. Voit-on alors le visage humain de son adversaire ?
Avec ou sans barbe ?
Oui, il faut la paix, mais sûrement pas celle de la résignation ; trop d’atrocités. On ne rétablira une paix herculéenne qu’après en avoir chassé les monstres désolant ces contrées. Il faudra leur faire face. Sur l’un nous croyons voir un agressif, vous y découvrirez la crainte. Derrière l’arrogance de l’autre, il n’y avait que de la fierté. Il y aura aussi de vrais monstres. Ils sont rares mais redoutables. Ils sont faciles à deviner car ils s’affichent.
Les peuples de Syrie sont meilleurs que la réputation que l’on veut leur faire.
Michel ROUVIÈRE

