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Nos lecteurs ont la parole

Les mères de nos futures générations

Ana LARRIU
12 septembre, 7h55 du matin. Premier jour d’école pour ma fille de 5 ans. Après l’avoir déposée dans sa classe, je me retrouve dans un petit dépôt pour acquérir sa tenue de sport.
Je suis la quatrième maman à rentrer dans la chambre. L’énergie de la rentrée me ramène vers ma propre enfance, et resurgissent instinctivement les valeurs de ces bonnes écoles européennes que j’ai eu la chance de fréquenter, avec leur amour du respect et de l’ordre. L’éducation reçue de mes parents me dicte aussi de me tenir sagement en rang. Mais mon instinct de survie développé depuis mes dix ans au Liban me conseille de rester «en garde» et de bien me coller au comptoir.
Surgit derrière moi un troupeau de femelles. Soudain, elles nous encerclent et se mettent en position d’attaque. Des Louboutin à leurs pattes, des diamants sur leurs griffes et des Louis Vuitton sur leurs flancs. L’agression débute par leurs cris. C’est la technique des babouins pour effrayer leur proie. «Je veux pas attendre bil fadé! Fi ou ma fi taille 6 ans?» «Pleaaaaaase, 2 tailles 8 ans. Dakhillik!» C’est un travail d’intimidation finement synchronisé par cette meute. Elles ont réussi à devancer tout le monde et programment sans honte et à tue-tête chez qui elles vont prendre le «ahwé», tout en insultant le chauffeur au téléphone. Telles des hyènes elles ricanent derrière leurs crocs, se félicitant de leur ruse par des clins d’œil. Je tente d’élever ma voix qui s’étouffe derrière leurs grognements. Mon «Excusez moi mesdames, j’étais là avant» est écrasé par une brusque agression, une épaule puis un coup de reins me poussent en arrière. «Yallah, bas daiaaaaaaaaa!» Après qu’elles aient empoché leur butin, elles quittent en piétinant, poussant et griffant.
Décoiffée, la mine défaite, arrive enfin mon tour et on me répond qu’il ne reste plus de vêtements disponibles... Si j’avais été chez le poissonnier (et encore il est très gentil, mon poissonnier) j’aurais peut-être su me défendre. Mais dans ce cadre scolaire, complètement prise au dépourvu et avec la ruée des fauves déguisés, je suis complètement déroutée.
Je quitte les lieux, outrée par cette agression, par ce manque de politesse, par cette absence totale de respect. Mais surtout sans plus aucun espoir (s’il m’en restait...) pour le futur de mon pays d’adoption. Car ces créatures sont les mères des enfants qui entourent le mien. Celles qui donnent l’exemple aux générations à venir, celles qui élèvent les futures générations de la classe haute libanaise, de la future classe dirigeante, qui leur transmettent leur (non) éducation et (non) valeurs. Passe encore, mais qu’en est-il lorsqu’elles délaissent leur progéniture aux bons (ou mauvais) soins des employées de maison?...
Le plus triste de ma matinée, c’est que je ne me trouve pas dans un quartier malfamé, mais dans une des écoles parmi les plus prisées et plus chères du Liban.
Le soir, je panse mes plaies autour d’un verre chez des amis autochtones. Ils m’expliquent que dans ce pays, le civisme va à l’encontre de toute efficacité. Politesse, bonnes manières ou civisme sont des valeurs totalement obsolètes parmi cette classe émergeante de nouveaux riches qui menace de se propager comme la peste.
La détresse m’envahit en imaginant le Liban dans trente ans...

Ana LARRIU
Une Espagnole au Liban
12 septembre, 7h55 du matin. Premier jour d’école pour ma fille de 5 ans. Après l’avoir déposée dans sa classe, je me retrouve dans un petit dépôt pour acquérir sa tenue de sport.Je suis la quatrième maman à rentrer dans la chambre. L’énergie de la rentrée me ramène vers ma propre enfance, et resurgissent instinctivement les valeurs de ces bonnes écoles européennes que j’ai eu la chance de fréquenter, avec leur amour du respect et de l’ordre. L’éducation reçue de mes parents me dicte aussi de me tenir sagement en rang. Mais mon instinct de survie développé depuis mes dix ans au Liban me conseille de rester «en garde» et de bien me coller au comptoir.Surgit derrière moi un troupeau de femelles. Soudain, elles nous encerclent et se mettent en position d’attaque. Des Louboutin à leurs pattes, des...
commentaires (1)

Comme je vous comprends !! Je suis une libanaise qui vit au Canada et il m'est arrivé de me battre avec des libanais (au Canada!) à l'épicerie libanaise parce qu'ils essayaient de passer sans prendre de numéro! J'ai appris le truc: du haut de mes 156cm je crie haut et fort, que je sois au Liban ou au Canada, dès que je suis en présence de ''sauvages'' de ce genre et leur impose la loi du respect ! Et en général, je réussi à me faire entendre ;) Tenez bon Mme Larriu et défendez vos droits allègrement où que vous soyez, vous n'en sortirez que plus satisfaite :)

Tueni Myriam

23 h 09, le 26 septembre 2013

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Commentaires (1)

  • Comme je vous comprends !! Je suis une libanaise qui vit au Canada et il m'est arrivé de me battre avec des libanais (au Canada!) à l'épicerie libanaise parce qu'ils essayaient de passer sans prendre de numéro! J'ai appris le truc: du haut de mes 156cm je crie haut et fort, que je sois au Liban ou au Canada, dès que je suis en présence de ''sauvages'' de ce genre et leur impose la loi du respect ! Et en général, je réussi à me faire entendre ;) Tenez bon Mme Larriu et défendez vos droits allègrement où que vous soyez, vous n'en sortirez que plus satisfaite :)

    Tueni Myriam

    23 h 09, le 26 septembre 2013

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