Rechercher
Rechercher

À La Une - L'orient Littéraire

Ségrégation d'État et peur de l'autre

« L’État juif, peut s’assimiler à une forme réinventée de l’apartheid que l’on appelle quelquefois l’apartheid masqué »

Israël : Le nouvel apartheid, de Michel Bôle-Richard, Les liens qui libèrent, 2013, 200 p

L’ouvrage de Michel Bôle-Richard, Israël : Le nouvel apartheid, est d’une grande actualité en raison de la reprise des négociations israélo-palestiniennes, et des changements en cours dans la région.

 

L’auteur, ancien journaliste au quotidien Le Monde, connaît bien son sujet, car il a été correspondant en Afrique du Sud de 1984 à 1990, et en Israël de 2006 à 2009. Le parallèle qu’il fait entre les deux expériences sud-africaine et israélienne est saisissant.

 

« L’État juif, écrit-il, peut s’assimiler à une forme réinventée de l’apartheid que l’on appelle quelquefois l’apartheid masqué », et « cette forme de ségrégation, ajoute-t-il, a toutes les chances de s’amplifier en raison de la volonté d’Israël de maintenir le caractère juif de l’État hébreu et de son obstination à refuser de créer à ses côtés un État palestinien digne de ce nom ».

 

En juillet 2008, un groupe de vingt deux Sud-Africains, tous défenseurs des droits de l’homme et membres de l’African National Congress (ANC), ont été stupéfaits de constater en Cisjordanie l’existence de routes séparées pour les colons et les Palestiniens ainsi que la nécessité pour ces derniers d’obtenir des permis pour se déplacer. Ils ont retrouvé beaucoup de points communs entre les Afrikaners et les Juifs d’Israël, notamment en ce qui concerne le caractère sacré de la Bible et la notion de peuple élu.

 

Bôle-Richard cite la Sud-Africaine Nadine Gordimer, juive, Prix Nobel de littérature, qui n’hésite pas à affirmer au Jerusalem Post à l’issue d’une visite en Israël : « L’humiliation, l’éviction des gens de leur maison, le fait de les maintenir d’un côté du mur alors que leurs moyens de subsistance, leurs récoltes, leurs graines se trouvent de l’autre côté, c’est évidemment comparable à ce qui se passait en Afrique du Sud. »

 

L’auteur décrit longuement le processus de judaïsation de Jérusalem qui s’est fait sans considération aucune pour son passé multiculturel alors que la spiritualité de cette ville aurait dû « permettre, comme l’écrit David Grossman, à toutes les histoires d’être racontées ensemble ». Il s’attarde également sur le cas de Hébron, « une caricature du caractère outrancier des autorités israéliennes » qui, pour assurer la sécurité de quelque six cents colons installés dans le cœur historique de la ville, ont transformé la casbah en un quasi-désert. Autre exemple qu’il cite, celui des Bédouins menacés de transfert forcé pour être sédentarisés dans des townships semblables à ceux d’Afrique du Sud.

 

Bôle-Richard consacre un long chapitre aux colons, notamment aux « jeunes des collines », considérés comme le fer de lance de la colonisation, et pour lesquels « cette conquête de l’Est relève d’une mission biblique et divine ».

 

Cette politique d’apartheid a profondément modifié le comportement des Israéliens. Dans l’histoire du sionisme, il y a toujours eu un camp pacifiste qui « craint que l’imposition par la force de la domination sur l’autochtone et le refus de son identité et de son humanité ne finissent dans la tragédie pour celui qui l’impose ». Or ce camp qui aurait pu adapter le pays aux changements que connaît la région depuis plus de deux ans est aujourd’hui fortement affaibli.

 

Israël, qui pouvait se prévaloir d’être la seule démocratie dans cette partie du monde jusque-là dominée par des dictatures et des régimes autoritaires et qui bénéficiait, à ce titre, de « l’amitié aveugle de l’Occident », a perdu avec le printemps arabe son monopole. Il ne peut plus maintenir une occupation qui, depuis 1967, a entraîné l’emprisonnement de 750 000 à 800 000 Palestiniens.

 

La lecture du livre de Bôle-Richard permet d’établir un parallèle entre deux expériences radicalement opposées : l’expérience israélienne qui repose sur le rejet de l’autre et qui a conduit à faire des Israéliens des Emmurés, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Sylvain Cipel, vivant dans La prison juive que décrit Jean Daniel, et l’expérience libanaise qui est fondée sur le vivre-ensemble avec cet « autre ». À l’heure des grands changements qui s’annoncent dans notre région et dans le monde, le choix israélien ne peut conduire qu’à la violence. Le choix libanais est un choix d’avenir à la condition de tirer les leçons de la guerre pour être en mesure de jeter les bases d’un avenir de paix.

Retrouvez l’intégralité de L'Orient littéraire ici.

L’ouvrage de Michel Bôle-Richard, Israël : Le nouvel apartheid, est d’une grande actualité en raison de la reprise des négociations israélo-palestiniennes, et des changements en cours dans la région.
 
L’auteur, ancien journaliste au quotidien Le Monde, connaît bien son sujet, car il a été correspondant en Afrique du Sud de 1984 à 1990, et en Israël de 2006 à 2009. Le parallèle qu’il fait entre les deux expériences sud-africaine et israélienne est saisissant.
 
« L’État juif, écrit-il, peut s’assimiler à une forme réinventée de l’apartheid que l’on appelle quelquefois l’apartheid masqué », et « cette forme de ségrégation, ajoute-t-il, a toutes les chances de s’amplifier en raison de la volonté d’Israël de maintenir le caractère juif de l’État hébreu et de son obstination à...
commentaires (4)

UNE VRAIE COLLE....

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

10 h 53, le 09 septembre 2013

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • UNE VRAIE COLLE....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 53, le 09 septembre 2013

  • CHACUN CHEZ SOI ET TOUS ENSEMBLE !

    SAKR LOUBNAN

    10 h 32, le 09 septembre 2013

  • Les SAINS Folossttînïyéhs ne font que réagir et font de ce positionnement leur New "stratégie!". Et face à qui on vous prie ? Face à d'ingrats "israéliens" hagards en réalité, spongieux et dévastés, torves avec toute leur morgue, funèbres et funestes "juifs" Sionisés ; aux égos gonflés d'orgueil infatué pour tout ce qui peut sortir de leurs cordes vocales ! Bref, sans leurs prétentions à quatre shekels ou piastres, ils n’existeraient même pas ces "sionistes"-là. Ce faisant, les éhhh Folossttînïyéhs placent leur âge d’or dans le passé alors qu’ils sont forces de progrès, mais sont devenus malheureusement pour le moment un poids insuffisamment lourd pour, ces évolutions négatives "(Ä)israéliennes", empêcher. Et sans autre perspective que leur new "stratégie-là" ! Il faut qu’ils se réinventent plutôt une New Thâourah-Révolution, mais cette fois de la bonne Façon. Ils ne sont pas moins efficaces parce qu’ils sont dans cette "stratégie" ; ils sont moins efficaces parce qu’ils ne font qu’uniquement Réagir. D’abord Réagir, et finalement seulement Réagir face à des "Sionisés" pareils ! Ils se redoivent donc à l’Action et à l’Actif pour Agir et Remmener à la Tête d’une nouvelle Révolution-Intifâdah : pour ramener la barre à bâbord de ce "boutre" Folossttînéh éhhh Araméano-Arabisé ; à défaut de quoi il virera "Intégristo-islamisé" yâ hassértéhhh !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    09 h 19, le 09 septembre 2013

  • Michel Bole-Richard correspond de radio et ancien du "Monde", décrit une réalité mille fois ressassées, et ne suscite que rarement la polémique… seulement après un bombardement ou la publication d’un livre,mais le travail (colonisation et autre) continue son chemin… A trop vouloir dénoncer l’injustice ailleurs, on finit par oublier celle qui se fait au pays du Cèdre. Je lis souvent les publications de M. Frangié, depuis son premier article dans un hebdomadaire peu diplomatique jusqu’à nos jours, et je me pose cette question : comment se relever après s’être lourdement trompé sur le Liban. Par le projet de "libanité" et du "vivre-ensemble" ? Nous avons vécu ensemble jusqu’à ( je vous cite dans "voyage au bout de la violence") , ce 17 septembre 1975 qui "marque la décision de mettre un terme définitif au vivre ensemble des Libanais." Dans les deux cas de figure, l’échec est annoncé. "Le choix israélien ne peut conduire qu’à la violence. Le choix libanais est un choix d’avenir à la condition de tirer les leçons de la guerre pour être en mesure de jeter les bases d’un avenir de paix." Nous ne tirons jamais les leçons de la guerre… et tout se fait pour que de petites entités se formeront de Gaza au nord de l’Irak. Chacun chez soi, c’est la meilleure façon de vivre …en toute sécurité.

    Charles Fayad

    17 h 04, le 08 septembre 2013

Retour en haut