Rechercher
Rechercher

À La Une - Coups D’Épingle

Lumière de Syrie

Il est de bon ton, lorsqu’on veut s’en prendre, sans trop se mouiller, à quelqu’un qui pose des conditions rédhibitoires et met des entraves à un processus quelconque, comme par exemple la formation du gouvernement, de paraître critiquer également le vis-à-vis de ce récalcitrant, à qui on attribue des « conditions contraires » tout aussi paralysantes.
C’est assez souvent avec une pareille symétrie simpliste que l’on se définit comme « centriste » dans ce pays, ou alors de la catégorie des « ni ni ». Le problème, c’est que de tels procédés faussent la réalité et n’aident pas à la compréhension des enjeux, pourtant limpides.
Le conflit syrien fut à l’origine de la chute du gouvernement Mikati, qui s’était révélé incapable de mettre en œuvre avec un minimum de sérieux sa propre politique de « distanciation » à l’égard de cette guerre. Et c’est encore ce conflit qui empêche la mise en place d’un nouveau cabinet sous l’égide de Tammam Salam. Pourquoi ? Précisément parce que la politique de distanciation a été un flop total.
Le gouvernement sortant n’a donc pas explosé sous les coups de l’opposition. Il a implosé parce que l’une des parties prenantes en son sein, en l’occurrence la plus puissante, a décidé de s’impliquer officiellement, stratégiquement, massivement et ouvertement dans les combats en Syrie. Cette implication n’allait pas seulement bien au-delà du contrat gouvernemental, elle le violait frontalement.
Accessoirement, on peut aussi pointer du doigt l’action du ministre Adnane Mansour à la tête de ce qui était à une époque, il y a très longtemps, le ministère libanais des Affaires étrangères. Mais il est vrai que celui-ci avait perdu par la suite son qualificatif de libanais.
Dans le but de justifier son attitude et de faire passer la pilule, le Hezbollah s’efforce alors de mettre en avant une parade : « Allons tous guerroyer en Syrie et sauvegardons la paix au Liban », propose-t-il aux autres Libanais, sans paraître réaliser un seul instant ce qu’une telle proposition a d’arrogant et de méprisant à l’égard du peuple syrien, invité ainsi à accepter la règle du jeu imposée par le parti de Dieu à ses dépens sans même avoir son mot à dire.
On sait ce qu’il est advenu par la suite : brusque dégradation de l’état de la sécurité, montée des tensions, notamment entre l’armée et certaines catégories de la population, attentats à l’explosif, rapts, etc. Et davantage de récession économique, de blocage institutionnel et de... conditions rédhibitoires à la mise en place d’un nouveau gouvernement.
En réalité et vu dans la perspective de la stratégie du Hezbollah, tout cela paraît anecdotique. Car l’affaire syrienne est venue montrer à quel point la scène libanaise, le « Liban-message » et le Liban tout court sont absolument secondaires dans la hiérarchie des priorités iraniennes, et donc dans celle du parti de Dieu.
Le jour où le secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah, annonça publiquement la participation de son parti à la guerre en Syrie fut un moment de vérité comme il y en a peu dans l’histoire des États et des peuples. Jamais jusqu’ici, même au plus fort de la guerre civile libanaise, une telle lumière n’avait éclairé la primauté de l’engagement extérieur sur les enjeux intérieurs chez l’un des principaux protagonistes libanais. Il aura fallu que l’acteur régional autrefois le plus influent au Liban, c’est-à-dire le régime syrien, soit lui-même en grande difficulté pour que cette vérité éclate avec autant d’évidence.
Ou peut-être n’est-ce pas encore le cas chez les « ni ni » où l’on se laisse toujours aller au confort de la symétrie facile ? « Tiers de blocage » contre « exclusion », Iran contre Arabie saoudite, Renseignements des FSI contre SR de l’armée, et ainsi de suite... tous les arguments sont bons pour rester à l’abri.
S’il est à l’heure actuelle extrêmement difficile de former un gouvernement au Liban, ce n’est pas parce qu’il y a des conditions et des « conditions contraires », c’est parce que le Hezbollah n’est intéressé que par un cabinet qui soit susceptible de lui fournir une couverture politique pour la besogne qu’il accomplit en Syrie. Et cela est impossible. Point.
Aujourd’hui, à la veille d’une probable frappe occidentale en Syrie dont on ne sait pas, à ce stade, quelles pourraient être les retombées globales, les Libanais ne sont pas en mesure de décider de ce qu’il faudrait qu’il advienne de leur pays. Non pas parce qu’ils sont prêts à la guerre et ses affres : ils ne le sont pas du tout ! Simplement parce que, en raison de l’engagement stratégique, matériel et concret d’un puissant parti libanais à l’extérieur, ils ne sont toujours pas maîtres de leur destin...
Il est de bon ton, lorsqu’on veut s’en prendre, sans trop se mouiller, à quelqu’un qui pose des conditions rédhibitoires et met des entraves à un processus quelconque, comme par exemple la formation du gouvernement, de paraître critiquer également le vis-à-vis de ce récalcitrant, à qui on attribue des « conditions contraires » tout aussi paralysantes.C’est assez souvent avec une pareille symétrie simpliste que l’on se définit comme « centriste » dans ce pays, ou alors de la catégorie des « ni ni ». Le problème, c’est que de tels procédés faussent la réalité et n’aident pas à la compréhension des enjeux, pourtant limpides.Le conflit syrien fut à l’origine de la chute du gouvernement Mikati, qui s’était révélé incapable de mettre en œuvre avec un minimum de sérieux sa propre politique...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut