Le remplacement en juin de Julia Gillard au poste de Premier ministre travailliste par Kevin Rudd, chef du gouvernement de 2007 à 2010, a ravivé à gauche l’espoir d’une victoire surprise face à la droite de Tony Abbott (Parti libéral), donné aisément gagnant aux législatives du 7 septembre. M. Murdoch, dont les journaux s’écoulent à plus de 17 millions d’exemplaires chaque jour (59 % de la circulation nationale), a aussitôt mis sa
puissance de feu au service de M. Abbott. Dès le lendemain de l’annonce de la date du srutin, The Daily Telegraph, quotidien à grand tirage de Sydney appartenant à News Corp., publiait en une une photo de M. Rudd en uniforme d’officier nazi, titrant : « Mettez ce gang à la porte. » Les autres publications de News Corp. à travers le pays ont embrayé. Sur Twitter, M. Murdoch a, en son nom, multiplié les attaques contre le Labor et apporté sa voix à M. Abbott tandis que le Sunday Telegraph écrivait, toujours en première page, à moins d’une semaine de l’élection : « L’Australie a besoin de Tony ».
Pour l’universitaire David McKnight, auteur de l’essai Rupert Murdoch : enquête sur le pouvoir politique, « l’humeur et les convictions (de Murdoch) constituent un facteur important dans les élections en Australie ». « Les Premiers ministres et les leaders d’opposition cherchent à s’attirer ses faveurs mais ils se contentent de sa neutralité » dans le débat le cas échéant, observe-t-il.
Pragmatique et intéressé
Kevin Rudd, que le milliardaire australo-britannique avait soutenu en 2007, rappelle que M. Murdoch s’est opposé au déploiement du réseau national de télécommunications à bande large promu par les travaillistes pour apporter Internet à haut débit sur l’ensemble du territoire australien. Selon le responsable travailliste, News Corp. y voit un concurrent à sa chaîne de télévision à péage Foxtel qui génère de confortables revenus dans un marché médiatique par ailleurs déprimé.
David McKnight met toutefois en garde contre une lecture caricaturale de M. Murdoch qui « a aussi de profondes convictions dans certaines philosophies politiques ». « Le paysage médiatique australien est l’un des plus concentrés dans le monde et il n’est pas du tout anodin qu’il soit contrôlé par un homme d’affaires très politique », relève-t-il.
Le député britannique Tom Watson (travailliste), qui a joué un rôle majeur dans la révélation du scandale des écoutes ayant conduit à la fermeture en 2011 du tabloïd News of the World, dénonce « une insulte faite aux Australiens », au sujet de la campagne lancée par News Corp. contre les travaillistes, comparés parfois à des clowns et des nazis. « Mais ils le font à dessein (...). Ça marche. »
L’autre grand acteur de la presse australienne, Fairfax, se montre plus équilibré dans son traitement de la campagne, même si lui aussi a pris fait et cause pour l’opposition, note Margaret Simon, professeure de journalisme à l’Université de Melbourne. « La couverture de News Corp. va faire des dégâts (pour les travaillistes). Il ne s’agit pas seulement de ce qu’ils (News Corp.) disent, mais aussi de ce qu’ils ne disent pas. Ils sont notoirement opposés à M. Rudd et ne rendent pas compte équitablement du programme du Labor », affirme-t-elle. Les électeurs en quête d’information en Australie, s’ils ne vivent pas à Sydney, Melbourne et Perth, n’ont guère d’autre choix que de lire les titres de M. Murdoch. « C’est ainsi : Murdoch aime choisir les vainqueurs et influencer les scrutins », dit-elle.
(Source : AFP)

